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Tandis que la campagne espagnole se vide, ses habitants lèvent la voix

Par Céline Bergeron | Publié le 02/04/2019 à 09:00 | Mis à jour le 02/04/2019 à 17:16
Photo : Le village abandonné de Marmellar, en Catalogne / Creative Commons 2.0 Mike McBey https://www.flickr.com/photos/158652122@N02/39195266505
village abandonné espagne

Dimanche 31 mars, la "Révolte de l’Espagne vidée" (La revuelta de la España vaciada) a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes à Madrid pour interpeller le gouvernement et les citoyens sur la question de la désertification rurale.

 

La marche a commencé place Colón pour se terminer place Cánovas del Castillo. Elle a rassemblé 50.000 personnes selon le Gouvernement et 100.000 selon les organisateurs. 
A l’origine de cet événement, deux collectifs citoyens : "Soria ¡Ya!" et "Teruel Existe". Il y a presque 20 ans, ces deux mouvements sont nés à l’initiative de citoyens qui souhaitaient déjà alerter sur la situation inquiétante de leur région respective, Soria et Teruel. La manifestation de dimanche a également reçu le soutien de 80 autres collectifs répartis sur tout le territoire espagnol.
Une des revendications majeures de cette marche est la mise en place de solutions efficaces et de moyens concrets pour endiguer cette crise rurale. La marche s’est d’ailleurs clôturée par la lecture d’un manifeste et la demande d’un "Grand Pacte d’Etat" pour l’Espagne rurale et contre l’exode rural.

 

 


90 % de la population espagnole occupe seulement 30 % du territoire 

Le manque d’équilibre territorial et les inégalités d’opportunité ont créé une situation de désertification des zones rurales qui s’est développée voire accélérée ces dernières années. Selon "Soria ¡Ya !" et "Teruel Existe", cette situation concerne désormais tout le monde, que ce soit les personnes vivant dans des régions dépeuplées ou les personnes vivant dans des villes surpeuplées. Dans leur manifeste de dimanche dernier, les collectifs ont précisé qu’au-delà de l’exode rural, 26 capitales de province perdent aussi leur population et ont ajouté que "le dépeuplement est l’antichambre de la désertification".
Selon les chiffres du Gouvernement, 90 % de la population espagnole occupe seulement 30 % du territoire. L’Institut Nacional de Estadisticas (INE) rapporte également que la ville de Soria a vu sa population diminuer de 23 % depuis 1975 alors que celle de Madrid a augmenté de 73 %. 


Castille-et-Léon, Asturies et Estrémadure les plus affectées

Toujours selon l’INE, les Communautés Autonomes les plus affectées par la diminution de population entre 1998 et 2018 sont Castille-et-Léon, les Asturies et l’Estrémadure. Certaines régions connaissent actuellement un état de désertification. Cela concerne une partie de la zone frontalière avec le Portugal et le cercle que forment les villes de Teruel, Cuenca et Guadalajara, aussi surnommé la "Laponie espagnole". La densité de population de ces territoires est parfois inférieure à 12,5 habitants/km² ce qui signifie qu’ils encourent un risque de dépeuplement.

 

 

 

Des réclamations qui rappellent celles des Gilets jaunes

La désertification que connait aujourd’hui l’Espagne est le résultat de plusieurs facteurs. Tout d’abord, certaines villes désindustrialisées ont supprimé de nombreux emplois sans pour autant parvenir à en créer de nouveaux. Les habitants se sont donc rapprochés de villes plus grandes à la recherche d’un emploi. 
Outre le manque de d’opportunités de travail, les collectifs de citoyens comme "Soria ¡Ya !" et "Teruel Existe" veulent pointer du doigt le manque d’infrastructures et de services publics dans ces régions dépeuplées. En effet, l’accès à Internet, les routes, les écoles ou encore l’accès aux soins doivent être développés ou redéveloppés dans ces zones. Cette carence de services publics se fait d’autant plus ressentir face au vieillissement de la population. C’est pourquoi des mesures concrètes sont réclamées par les collectifs citoyens afin de trouver des solutions à l’absence de services de proximité et ainsi mettre un terme à l’exode rural et permettre aux citoyens de s’installer de nouveau dans ces zones désertées. Des réclamations qui rappellent celles des Gilets jaunes, qui manifestent tous les samedis depuis le 17 novembre 2018, mais aussi de l’ensemble des Français qui ont pris part au Grand débat national entre le 15 janvier et le 15 mars dernier. De nombreuses doléances sollicitent un retour du service public de proximité et demandent des solutions pour stopper le malaise général du monde rural en France.


Rééquilibrer le territoire espagnol

D’après les propos recueillis par Europa press, le ministre de l’Agriculture, la pêche et l’alimentation, Luis Planas, a réagit en confirmant que "l’exode rural est un des plus grands défis que doit affronter l’Espagne". Selon le ministre, le futur monde rural passera notamment par un changement de génération et une réduction de la brèche digitale dans les campagnes. 

celine bergeron

Céline Bergeron

Journaliste passionnée! Spécialisée dans le journalisme de proximité et le journalisme de solutions pour transmettre, raconter et informer. Exploratrice du monde et de ses cultures, toujours à la recherche de défis inexplorés et d'expériences insolites.
1 Commentaire (s)Réagir
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Pascal PILET mer 03/04/2019 - 08:34

La problématique est un peu la même dans bon nombre de pays européens et en particulier la France. La métropolisation a pour conséquence d'achever le mouvement d'exode rural débuté dès la première révolution industrielle en Grande-Bretagne, au 19 ème siècle en France, et qui a été plus tardif en Espagne, dont le développement industriel est survenu également plus tard. Des villes démesurées d'un côté, des déserts ruraux de l'autre. Dans les deux cas, la transition écologie impose de repenser les problématiques en termes d'aménagement du territoire, car ce modèle participe des problèmes globaux que rencontre notre planète. Une réflexion singulièrement absente des débats et des programmes politiques. Il y a pourtant là -probablement- la possibilité et l'opportunité d'économiser des millions de litres de gazole en déplacements, en réimplantant de l'activité locale et une agriculture extensive de qualité.

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