Dimanche 24 octobre 2021
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Emmanuel Guigon : Il y a une nécessité de musée

Par Francis Mateo | Publié le 24/03/2021 à 11:10 | Mis à jour le 26/03/2021 à 10:58
Photo : Emmanuel Guigon, directeur du musée Picasso de Barcelone / Photo Francis Mateo
Emmanuel Guigon barcelone

Emmanuel Guigon, directeur du musée Picasso de Barcelone, continue d'accueillir le public malgré la crise sanitaire et une fréquentation divisée par dix, faute de touristes. Car les musées sont "nécessaires à la vie sociale et à la transmission des valeurs". Interview.


Quel est le bilan de cette dernière "année Covid" ?

En termes de fréquentation, nous avons à peine reçu 90.000 personnes, contre 1 million de visiteurs en temps normal, pour un budget de près de 10 millions d'euros. Mais lorsque nous avons rouvert le 12 juin dernier, nous n'avions pas de doute sur notre volonté de continuer à recevoir le public malgré les restrictions sanitaires. Parce que c'était d’abord une joie immense de pouvoir à nouveau ouvrir nos portes. Il y a une véritable nécessité de fréquenter les musées. Bien sûr, nous avons développé des activités virtuelles, mais rien ne remplace la relation humaine. D'ailleurs, nous atteignons pratiquement notre capacité maximum autorisée de 1.000 personnes chaque premier dimanche du mois, jour de gratuité des visites. Et ces dernières semaines, nous voyons revenir beaucoup de touristes, notamment des Français, Allemands et Anglais.


Comment expliquez vous alors la fermeture des musées en France pour "raisons sanitaires" ?

Je ne l’explique pas, car le musée est un lieu où il est facile d'appliquer des mesures de contrôle et d'hygiène strictes. Nous sommes ici en parfaite sécurité, avec une capacité d'accueil qui a été divisée par quatre : au lieu d'avoir 400 visiteurs à l'heure, on n’en avons plus que 100 ; les réservations sur Internet garantissent les gestes barrière à l'entrée, nous invitons les visiteurs à s'essuyer les pieds sur les tapis désinfectant et à se laver les mains avec du gel hydroalcoolique. Enfin, le personnel est spécialement formé pour veiller au respect du port du masque et des gestes barrières comme pour gérer les flux dans les salles. Il n'y a donc aucune possibilité de contamination dans l'enceinte du musée.


L'important c'est de partager


Le musée devrait-il être considéré comme une "activité essentielle" ?

Les musées jouent un rôle social fondamental. Dans ma présentation des dernières actualités du Musée Picasso (1), je rappelle le concept de "sculpture sociale" de Joseph Beuys, en référence à l’importance des œuvres d'art et des musées dans notre société. Bien sûr, nous avons d'abord un devoir patrimonial : nous devons conserver, restaurer et étudier, organiser des colloques sur les œuvres que nous accueillons... Mais nous ne devons pas être auto-centrés sur les initiés. Si le musée n'est pas là pour partager, il ne sert pas à grand-chose. Nous avons bien évidemment vocation à transmettre, nous avons un devoir scientifique et éducatif, mais au-delà, l'important c'est de partager. C'est une question de respect : si on n'est pas capable de respecter une œuvre d'art, on ne respecte pas les individus. Ce n'est absolument pas de la rhétorique, car le musée a véritablement une fonction morale dans sa mission de transmission. Nous partageons des œuvres d'art, et nous partageons des valeurs.


Quels seront les grands rendez-vous au Musée Picasso de Barcelone au-delà de la pandémie ? 

Nous allons évidemment nous préparer pour cet événement culturel mondial que représentera la célébration des 50 ans de la mort de Picasso, en 2023. Le musée Picasso de Barcelone aura un rôle primordial. Ce sera l'occasion, entre autres, de mettre l'accent sur la fusion entre ce grand peintre et Barcelone. N'oublions pas que ce musée est le seul qui ait été créé à l'initiative de Pablo Picasso. Par ailleurs, nous avons prévu une grande exposition dédiée Picasso et Miro, deux amis intimes qui partageaient beaucoup d’intérêts communs, dont une passion pour les ballets qui justifie leur première rencontre à l'opéra du Liceu en 1917. Mais ils avaient beaucoup d'autres points communs, au-delà d'une admiration mutuelle : une fascination pour la transformation des objets, la Méditerranée, les collages, la lutte contre le franquisme,... et bien sûr Barcelone !


(1) voir ici la conférence de présentation des actualités du Musée Picasso de Barcelone : 


 

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Francis Mateo

Journaliste spécialisé en économie et tourisme, correspondant pour lepetitjournal.com en Catalogne, Francis Mateo est également directeur des éditions Barnanews.com (Barcelone).
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