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Grâce à cette injection, rendue nécessaire par la pression des marchés, les banques françaises vont relever leur ratio Tier-1 d'environ 50 points de base, soit une augmentation globale de 10,5 milliards d'euros de leur capital
La pression était trop forte. Lundi, l'Etat a décidé d'injecter 10,5 milliards d'euros au capital des banques françaises. Alors que les indices boursiers sont repartis à la hausse, les titres des banques françaises continuaient d'être boudés ces derniers jours, voire, pour certains, attaqués, les investisseurs jugeant les établissements hexagonaux sous-capitalisés au regard de leurs rivaux britanniques et suisses après les injections de capitaux publics de ces dernières semaines. La Société Générale a encore perdu 3 % - près de 20 % sur les quatre dernières séances. L'annonce du plan de sauvetage français en début de semaine dernière n'a pas suffi à renverser la tendance.
Du coup, lundi, la ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde, qui débattait du budget à l'Assemblée nationale, a convoqué d'urgence les six présidents des principales banques rue de Lille, à l'hôtel de Seignelay, ancien ministère des PME, à 18 h30.
Etaient présents Baudouin Prot (BNP Paribas), Philippe Dupont (Banques Populaires), Etienne Pflimlin (Crédit mutuel-CIC), Georges Pauget (Crédit Agricole SA), Frédéric Oudéa (Société Générale), Bernard Comolet (Caisses d'Epargne) ainsi que Xavier Musca (directeur du Trésor) et Christian Noyer (gouverneur de la Banque de France). Au menu des discussions, un plan de soutien au financement de l'économie.
En échange d'un apport de fonds propres par l'Etat, les six principales banques hexagonales se sont engagées sur des mesures économiques et éthiques. D'une part, elles vont faire progresser de « 3 % à 4 % » le montant total des crédits aux entreprises, aux ménages et aux collectivités locales;d'autre part, elles ont accepté d'encadrer les rémunérations des dirigeants via un plafonnement des indemnités de départ, l'abandon du cumul salarié-mandataire social et la présence d'un comité des rémunérations. Une convention sera signée entre l'Etat et chacune des banques participantes. « L'Etat ne fait pas de cadeau aux banques. Ces mesures généreront des rémunérations substantielles pour l'Etat », a souligné Christine Lagarde à l'issue de la réunion.
Titres subordonnés
Afin de renforcer leurs fonds propres, les banques françaises concernées se présenteront prochainement au guichet de la Société de prises de participation de l'Etat (SPPE), constituée pour le sauvetage de Dexia et dont l'objet est désormais de « fournir des fonds propres aux établissements qui en auront besoin pour développer leurs activités » dans la limite de 40 milliards d'euros. Le mécanisme prévoit soit des prises de participation temporaires au capital sous forme d'actions, soit la fourniture de quasi-fonds propres sous forme de titres subordonnés. C'est la deuxième option qui a été retenue lundi.
Fiers de leur modèle de banque universelle, qui leur a permis de traverser la crise financière avec beaucoup moins de casse que les banques américaines, britanniques ou suisses (23 milliards de dollars de pertes et de dépréciations sur un total mondial de 660 milliards), les établissements français avaient du mal à se résoudre à faire appel à l'Etat pour renforcer leurs fonds propres. En mêlant la nécessité de soutenir les crédits à l'économie et celle de renforcer leurs fonds propres, elles espèrent améliorer la confiance des investisseurs et celle de leurs déposants. « Le financement de l'économie, c'est la logique de ces augmentations de fonds propres », faisait ainsi observer un banquier lundi.
Très prochainement, les banques vont donc émettre des quasi-fonds propres - il s'agira de titres super subordonnés à durée indéterminée (TSSDI) - auxquels souscrira la SPPE. Ces titres seront émis à un peu plus de 400 points de base au-dessus du taux sans risque et seront assortis d'une première date de remboursement anticipé, à l'initiative de l'émetteur, à cinq ans. « Il ne s'agit en rien de capital. Cela s'apparente plutôt à des obligations. Ce n'est pas dilutif pour le bénéfice net par action des banques, donc pour les actionnaires, et cela ne coûtera rien au contribuable », précisait lundi soir un banquier.
Concrètement, le ratio Tier-1 de chaque banque française sera relevé d'environ 50 points de base. Ainsi, le ratio de BNP Paribas, actuellement de 7,6 %, devrait passer à 8,1 %, ce qui correspond à 2,55 milliards d'euros de fonds propres supplémentaires. Au total, les banques françaises devraient augmenter leur capital de 10,5 milliards d'euros (lire ci-contre). Un montant finalement modeste au regard des recapitalisations qui sont intervenues ces derniers jours chez leurs homologues européens. Pas plus tard que dimanche, les Pays-Bas ont injecté 10 milliards d'euros dans le bacassureur ING. D'ailleurs, la Banque de France a tenu à redire hier soir que « tous les groupes bancaires concernés présentent actuellement un niveau de fonds propres tout à fait satisfaisant ». De quoi, espère le secteur bancaire, rassurer déposants et actionnaires.
L. B., A. D., G. D. ET G. M..De notre partenaire www.lesechos.fr (www.lepetitjournal.com) mercredi 22 octobre 2008




































