L’économie thaïlandaise marche sur des œufs en 2020

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 06/01/2020 à 01:14 | Mis à jour le 06/01/2020 à 04:26
Photo : Reuters
Economie-Thailande

La Thaïlande affiche en 2019 son plus faible taux de croissance en cinq ans et les perspectives pour 2020 sont à peine meilleures, entre tensions commerciales mondiales, un baht fort et un risque politique croissant.

Particulièrement tributaire des exportations, le royaume a été durement affecté par le conflit commercial sino-américain auquel s’est ajoutée la forte appréciation du baht. La Banque de Thaïlande (BOT) s’attend à ce que les exportations enregistrent une baisse de 3,3% sur 2019 et n'augmentent que de 0,5% en 2020.

La monnaie thaïlandaise, qui a pris près de 9% par rapport au dollar en 2019 est la monnaie d'Asie ayant connu la plus forte appréciation ces douze derniers mois, et les analystes estiment que cela a également un impact sur la fréquentation touristique - la devise s'échangeait à 30,15 bahts pour un dollar américain vendredi, après avoir atteint 29,91 le 30 décembre, le plus haut depuis plus de six ans.

La croissance thaïlandaise est à la traine par rapport aux pays voisin depuis plusieurs années déjà. Et la banque centrale, après avoir sans cesse revu ses prévisions à la baisse, estime qu'elle ne sera finalement que de 2,5% en 2019 -le taux le plus faible depuis 2014, année du dernier coup d'État- et de 2,8% en 2020.

Et certains analystes sont encore plus pessimistes.

"Nous tablons sur une croissance de seulement 2,4% [en 2019] et de 2,5% en [2020]", a déclaré la semaine dernière Somprawin Manprasert, économiste en chef de la Bank of Ayudhya. "L'économie est toujours en phase de ralentissement", a-t-il souligné, ajoutant que les faibles exportations nuisent désormais à l'activité intérieure.

Charnon Boonnuch, économiste chez Nomura à Singapour, dit ne s’attendre à rien de mieux qu’une reprise économique atone en 2020.

La Thaïlande est une base régionale de production et d'export pour les grands constructeurs automobiles, mais les exportations de voitures ont chuté de 6% au cours des 11 premiers mois de 2019, incitant certaines usines à réduire les heures de travail, a indiqué Surapong Paisitpattanapong, porte-parole de la division auto de la Fédération des industries thaïlandaises.

"La marge dans la fabrication d'une voiture ne dépasse pas 5%, mais le baht a gagné 7% -8%. Par conséquent, plus ils exportent, plus ils subissent des pertes", a-t-il ajouté.

Pour contrer l’appréciation de la monnaie thaïlandaise, la BOT a mis en place un certain nombre de mesures et a réajusté son taux directeur à deux reprises en 2019, l’abaissant au niveau record de 1,25%. Mais le baht reste fort, poussé par un fort excédent de compte courant.

La banque centrale a fait savoir qu’elle disposait encore d’une certaine marge de manœuvre pour mettre en place de nouvelles mesures, précisant cependant qu’une intervention sur les marchés s’annonçait difficile, la Thaïlande risquant d'être placée sur la liste américaine de surveillance des pays manipulateurs de monnaie. 

Le gouvernement a essayé de stimuler la croissance avec notamment un plan de relance de 10 milliards de dollars, mais avec peu de résultats.

Autre facteur aggravant, le retard de quatre mois -jusqu'en février- pris sur le budget 2020 en raison de la formation tardive du cabinet à l’issue des élections de mars 2019 qui avaient permis à l'ancien chef de la junte, Prayuth Chan-ocha, d’être reconduit dans ses fonctions de Premier ministre avec une faible majorité au Parlement.

La question de l'incertitude politique devrait peser en 2020. Des milliers de personnes ont participé le mois dernier à la plus grande manifestation organisée depuis le coup d'État de Prayuth en 2014. Une mobilisation spontanée intervenue après une décision des autorités de faire interdire l’un des principaux partis d'opposition au gouvernement.

Le 21 janvier, la Cour constitutionnelle, qui a déjà dissous plusieurs partis anti-establishment ces dernières années, statuera sur la dissolution du parti Anakot Mai (Future Forward Party), ce qui risque de déclencher à nouveau des mouvements de protestation.

Le 12 janvier, le parti d'opposition organisera une "Course contre la dictature" ("Run Against Dictatorship") à Bangkok et le même jour les partisans du gouvernement thaïlandais une marche en soutien au Premier ministre Prayuth.

Un récent sondage relayé par le journal The Nation indique une importante réduction ces dernières semaines de la majorité politiquement silencieuse, portant en janvier la part des partisans au gouvernement à 34%, contre 36,6% pour leurs adversaires.

"L'économie pourrait s’améliorer [en 2020], quoique légèrement, s'il n'y a pas de nouveau chaos politique", a déclaré Sanan Angubolkul, vice-président de la Chambre de commerce de Thaïlande.

3 Commentaire (s) Réagir
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JACK lun 06/01/2020 - 10:52

L'économie thaïlandaise et le monde politique vont mal... et l'un est lié à l'autre. Pour faire repartir les exportations et faire revenir les touristes, attirés par des vacances bon marché par rapport au coût de la vie aux EU, en Australie et en Europe en général, les responsables politiques et économiques ont cru bon de soutenir les entreprises exportatrices en injectant des milliards de baths sous forme de prêts commerciaux à taux réduit... mais ils ne s'attaquent pas à la cause de l'effondrement des exportations en 2019 et qui va se prolonger en 2020 si des mesures plus drastiques ne sont pas prises.... La plus simple à mettre en place et celle qui aura des effets immédiats et à long terme est malheureusement celle qui n'est pas appliquée parce qu'elle ne favorise pas les sphères politico-économiques de l'establishment conservateur thaïlandais : la dévaluation contrôlée du bath par les instances financières pour le ramener à une valeur entre 38 et 40 baths pour 1 euro (37 à 38 baths /$). Cela relancerait aussi la consommation intérieure des ménages et permettraient aux agriculteurs qui exportent leur production de latex, de riz, de maïs de voir leurs récoltes à nouveau en concurrence avec les prix de leurs voisins asiatiques... Relancer l'économie par la base et pas par les gros consortiums industriels donc les capitaux sont pour la plupart gérés par des multinationales ayant leur siège hors du pays

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bangkok 2020 lun 06/01/2020 - 04:56

Bonjour, Combien d'expatrié ont quitté la Thaïlande? 39 millions de touristes en Thaïlande, où sont-ils pas Pattaya, pas Phuket, pas Bangkok. Quelles sont les entreprises qui pensent quitter la Thaïlande? Si un pays n'est pas maître de sa monnaie, il n'est maître nulle part.Etc.

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DoLu lun 27/01/2020 - 11:49

tout à fait d'accord, la Thaïlande joue un jeu dangereux et même mène une "drôle de guerre" contre les "farangs" résidents voir les touristes en plus de les assommer avec un Bath qui n'en fini pas de grimper. . Cela se ressent aussi fortement sur l'économie locale et la population. Ceci sert bien sur des intérêts très particuliers de ceux qui ont pris le pouvoir par la force et le gardent avec des moyens très critiquables. Tout à une fin Ce pays initialement phare de l'Asie du Sud Est risque de souffrir avec les pays voisins. Mais ne nous y trompons pas c'est avant tout une incompétence politique des dirigeants principalement issus de l'armée Le réveil sera sans doute douloureux mais le rebond possible Loin de la sempiternelle opposition Ville Vs Campagne la division sera bientôt d'ordre générationnelle. Interdire le jeune et performant parti d'opposition sera sans doute un des éléments de déclenchement….

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