Le parti de la junte thaïlandaise a besoin d’alliés pour gouverner

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 09/05/2019 à 00:00 | Mis à jour le 09/05/2019 à 04:49
Photo : LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP
Election-Thailande-Prayuth

Le parti de la junte n'a besoin que d'un petit nombre d'alliés pour permettre à Prayuth Chan-O-Cha de rester chef du gouvernement, mais il va lui en falloir davantage s’il veut mener sa politique librement

Le parti de la junte thaïlandaise n'a besoin que d'un petit nombre d'alliés pour atteindre le nombre de voix suffisant permettant au meneur du coup d'Etat Prayuth Chan-O-Cha de rester au pouvoir en tant que chef de gouvernement civil, selon les résultats des élections officiels définitifs publiés mercredi soir, et immédiatement contestés par ses rivaux.

Le parti Palang Pracharat dispose en effet désormais de 115 sièges à la Chambre basse. Bien que ce chiffre soit largement inférieur au nombre totalisé par ses adversaires rassemblés en coalition anti-junte, il faut compter avec les 250 sénateurs qui sont nommés par l'armée selon la nouvelle Constitution, le plaçant à seulement 11 voix d’une majorité au Parlement.

Les résultats, mercredi, ont été annoncés plus d'un mois après le vote du 24 mars, la première élection depuis la prise du pouvoir par l'armée lors d'un coup d'État en 2014. 

Le scrutin s’est tenu en vertu de nouvelles règles élaborées par les généraux, prevoyant un Sénat entièrement nommé et pouvant voter pour désigner le Premier ministre.

Malgré cet avantage de taille, le nombre de sièges obtenus à la Chambre basse met le parti dans l’obligation de chercher le soutien de partenaires de coalition. Mais cela ne devrait pas être difficile compte tenu du nombre de petits partis se disant encore indécis.

Le chef du parti Palang Pracharat, Uttama Savanayana, a déclaré sur Facebook, après les résultats, qu'il était "prêt à travailler et à aller de l'avant avec les politiques que nous avons promises au peuple".

Les alliés potentiels les plus évidents sont le Bhumjaithai et le Parti Démocrate, qui occupent chacun respectivement 51 et 52 sièges à la Chambre basse. Des responsables des deux formations ont déclaré mercredi qu'ils n'avaient pas encore pris de décision. "Le parti est divisé", a déclaré à l'AFP Sirichok Sopha, du Parti Démocrate.

Ces élections étaient largement perçues comme un choix entre le régime de la junte et celui de l'ancien milliardaire Thaksin Shinawatra.

Les sièges du Parlement, qui se réunira sous 15 jours, seront pourvus par quelque 27 partis au total.

'Abus de la loi'

Le parti Puea Thai, lié au clan Shinawatra, qui a remporté le plus grand nombre de sièges (136) à la Chambre basse, a menacé d'engager des poursuites en lien avec la formule utilisée pour calculer les sièges, qualifiant l'action de la Commission électorale "d'abus intentionnel de la loi et contre la Constitution".

Le Puea Thai a formé avec six autres partis une coalition à la Chambre basse qui rassemble 245 sièges à la Chambre basse qui totalise 500 sièges. Parmi les principaux partenaires de cette coalition, le parti axé sur la jeunesse Anakot Mai (Nouvel Avenir), dirigé par le télégénique milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit, qui a obtenu 80 sièges, arrivant en troisième position du vote populaire.

Thanathorn fait toutefois l'objet de plusieurs plaintes qu’il qualifie de "sabotage politique".

Il a déclaré mercredi lors d'une conférence de presse qu’Anakot Mai était prêt à disccuter avec tout parti "qui ne soutient pas Prayuth au poste de Premier ministre afin que notre démocratie puisse aller de l’avant".

Quoiqu’il en soit, même si Prayuth parvient à décrocher le poste de Premier ministre grâce à son avantage au Sénat, le Palang Pracharat pourrait ne pas réunir suffisamment de sièges à la Chambre basse pour faire adopter une loi.

"Cela signifierait une impasse dans la formulation de toute politique", a déclaré le politologue Napisa Waitoolkiat de l'Université Naresuan.

La Commission électorale a été critiquée pour son décompte initial truffé d’erreurs et d’incohérences, pour quelque 2,1 millions de bulletins de vote invalidés et la divulgation échelonnée des résultats complets.

Elle a été inondée de plaintes depuis le scrutin et il a fallu procéder à de nouveaux décomptes et de nouveaux votes dans de nombreux bureaux de vote.

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