Jeudi 26 novembre 2020

La plaque saisie à Bangkok devenue l’emblème des espoirs démocratiques

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 02/10/2020 à 03:00 | Mis à jour le 05/10/2020 à 03:11
Photo : REUTERS / Soe Zeya Tun - Panupong Jadnok, l’un des chefs de file de la manifestation étudiante place un autocollant de la plaque déclarant que "ce pays appartient au peuple" lors d'un rassemblement le 24 septembre 2020
Plaque-Democratie-Thailande

Les autorités l'ont promptement retirée, mais la plaque en laiton proclamant que la Thaïlande appartient au peuple et non au roi est aussitôt devenue l'emblème du mouvement pro-démocratie, apparaissant partout, des t-shirts aux porte-clés en passant par les tatouages.

La plaque de 28 cm avait été retirée dans la nuit qui a suivi sa pose, près du Grand Palais à Bangkok le 20 septembre, par des militants qui exigent des réformes en vue de réduire les pouvoirs de la monarchie du roi Maha Vajiralongkorn, un sujet extrêmement tabou jusqu'à récemment.

Mais depuis, des myriades de reproductions de la plaque essaiment sur l’Internet et dans la vie réelle.

"Si vous pensiez que vous pouviez simplement faire disparaître la plaque, vous vous êtes trompé", s’exclame Anchalee Suebsang-in, 27 ans, une employée de bureau qui a posté des patrons de t-shirts portant la fameuse plaque sur une page Facebook quelques heures après avoir entendu qu'elle avait disparu. Elle n’a pas tardé a recevoir plus d’un millier de commandes.

"Elle peut apparaître n'importe où, comme sur des T-shirts, posée directement sur nos cœurs", a déclaré Anchalee à Reuters.

Plaque posee par les manifestants thailandais pour souligner la souverainete du peuple
La plaque originale posée le 20 septembre 2020 stipule notamment que "... ce pays appartient au peuple et n'est pas la propriété du monarque comme ils nous l’ont fait croire." Photo REUTERS/Jorge Silva

La plaque dit "... ce pays appartient au peuple et n'est pas la propriété du monarque comme ils nous l’ont fait croire."

Elle ressemble à une autre plaque commémorant la fin de la monarchie absolue en 1932 qui avait été retirée de son réceptacle situé à même le sol devant la salle du trône en 2017.

Le palais n'a pas fait de commentaire concernant la plaque et ni sur les manifestations anti-gouvernementales qui ont démarré il y a plus de deux mois, demandant la démission du Premier ministre, de nouvelles élections et une nouvelle Constitution.

Certains manifestants ont également proposé de réduire les pouvoirs du roi, notamment son contrôle direct acquis récemment sur les finances du palais et des unités clés de l'armée.

Le porte-parole du gouvernement, Anucha Burapachaisri, a refusé réagir sur la circulation de la plaque à travers divers objets et accessoires.

Plaque symbolique des manifestants thailandais anti-gouvernement
On pouvait déjà trouver le 23 septembre à Bangkok des porte-clés représentant la plaque qui stipule que la Thaïlande appartient au peuple. Photo REUTERS / Patpicha Tanakasempipat

Dans le coeur des gens

Anchalee vend chaque T-shirt pour 247,50 bahts, un clin d'œil à l'année 1932 qui correspond à l’année 2475 dans le calendrier bouddhique.

Les petits bibelots comme les porte-clés coûtent 112 bahts, faisant référence à l'article 112 du code pénal qui interdit d'insulter le roi et que les manifestants veulent mettre au rebut.

La plaque, qui avait été posée dans le ciment au sol près du Grand palais sur l’esplanade connue sous le nom de Sanam Luang - champ royal - était l'œuvre du groupe de protestation Front uni de Thammasat et Manifestation (UFTD). Ils ont refusé d'identifier un artiste en particulier.

Plaque symbolique des manifestants thailandais anti-gouvernement
Des manifestants ont posé un peu partout devant le parlement le 24 septembre des autocollants représentant la plaque lors d’un rassemblement appelant à des réformes. Photo REUTERS / Soe Zeya Tun

Avant même que la plaque ne soit enlevée, ils avaient déjà diffusé des versions numériques sur Internet afin que tout le monde puisse la reproduire.

"La plaque n'a pas seulement été posée sur Sanam Luang, mais aussi dans le cœur des gens, il n'est donc pas surprenant qu'elle réapparaisse un peu partout", a déclaré à Reuters le chef de l'UFTD, Parit "Penguin" Chiwarak.

Des militants thaïlandais en Allemagne, où roi Maha Vajiralongkorn passe le plus clair de son temps, ont placé une réplique de plaque devant la résidence du monarque.

Plaque symbolique des manifestants thailandais anti-gouvernement
Des étuis de téléphone imprimés avec la plaque vendus dans un magasin de la province de Nonthaburi au nord de Bangkok. Photo REUTERS / Jiraporn Kuhakan

Filtres Instagram

Des revendeurs ont fait savoir qu'ils reverseraient les bénéfices à l’UFTD, et certains ont dit vouloir également contribuer à un fonds séparé mis en place pour aider à payer les frais de justice en perspectives. Plusieurs dirigeants du mouvement ont déjà été inculpés en lien avec des manifestations ces derniers mois.

Les manifestants contestent la légitimité du Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha, affirmant que les élections de l'année dernière ont été taillées sur mesure pour lui permettre de se maintenir au pouvoir. Lui, soutient que le scrutin respectait les principes démocratiques.

La plaque essaime également sur Instagram sous forme de filtres qui permettent aux utilisateurs de la placer n'importe où sur leurs photos.

"Ils ont essayé de censurer l'histoire et de l'enlever au peuple, mais ils ne peuvent pas aller plus vite que nous", lance Tarathorn Boonngamanong, 22 ans, étudiant en conception de jeux vidéo et dont les filtres qu’il a réalisés ont été visionnés plus de 4 millions de fois.

Plaque symbolique des manifestants thailandais anti-gouvernement
Un étudiant tient le 20 septembre 2020 une réplique de la fameuse plaque installée le jour même par les manifestants près du Grand Palais. Photo REUTERS / Jorge Silva

Tabous brisés

Le phénomène de prolifération de la plaque reflète l'ampleur du défi face auquel se trouve l’establishment pro-royaliste maintenant que les tabous ont été brisés par les manifestants, estime James Buchanan, enseignant au Mahidol University International College de Bangkok.

"Ils ont le sentiment qu’ils sont en train d’ouvrir la voie pour réellement contester ou limiter le pouvoir de la monarchie", dit-il.

Pour Mai et Berm, deux amis qui ont vendu plus de 2.500 porte-clés avec la plaque sur Facebook, la plaque symbolise une promesse de changement.

"Nous ne pouvons pas y parvenir maintenant, mais cela montre que nous sommes déterminés à y arriver", souligne Mai, 24 ans, sans donner son nom complet par crainte de représailles.

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