Du nouveau dans l’affaire du meurtre d’Eric Dremeau

Par Ghislain Poissonnier  | Publié le 19/12/2012 à 00:00 | Mis à jour le 06/01/2020 à 18:34
Photo : Le juge Bongrand et sa greffière devant la prison de Nonthaburi en mars dernier (photo DR)
Affaire dremeau

L'affaire du meurtre d'Eric Dremeau, un Français de 42 ans tué à Nonthaburi le 31 août 2011, entre maintenant dans sa phase judiciaire. Le procès du complice présumé des faits, Kamolpat "Mark" Sukkharom, se tient actuellement devant la Cour criminelle de Nonthaburi. Le procès se tient toutefois en l'absence de Jim Verschueren, l'auteur présumé actuellement détenu en France. Une situation judiciaire qui, sans être exceptionnelle, n'en est tout de même pas banale

A la suite d'une dispute portant sur l'acquisition d'une moto, Eric Dremeau, qui travaillait depuis 2009 pour la société Eurocopter en Thaïlande, aurait été abattu de trois balles dans la tête par Jim Verschueren, un Belgo-thaïlandais âgé de 23 ans, assisté par un complice Irano-thaïlandais, Kamolpat "Mark" Sukkharom, âgé de 22 ans. Les deux hommes avaient été arrêtés par la police de Nonthaburi le 2 septembre 2011 puis présentés à la justice thaïlandaise. Après avoir payé une caution, Jim Verschueren avait pu prendre la fuite, quitter la Thaïlande le 6 septembre 2011 et rentrer en Belgique. Son complice, lui, incapable de réunir la somme réclamée (4 fois supérieure à celle de Jim), est, depuis, toujours emprisonné en Thaïlande.

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La fuite de Jim avait pris fin le 19 septembre 2011, lorsqu'il avait été arrêté par les autorités belges. En effet, à la suite de la plainte déposée par l'épouse française d'Eric Dremeau, une information judiciaire pour homicide volontaire avait été ouverte en France. Le juge d'instruction parisien saisi, Jean-Luc Bongrand, avait alors émis d'un mandat d'arrêt européen à l'encontre de Jim Verschueren, permettant son arrestation. Il est détenu depuis novembre 2011 à la maison d'arrêt de la Santé, à Paris. En France, l'information judiciaire suit son cours. Le juge, accompagné de sa greffière, s'était déplacé en Thaïlande en mars 2012, après l'autorisation donnée par le bureau du procureur général de Bangkok. Une commission rogatoire internationale a été adressée à cette occasion par le juge français aux autorités judiciaires thaïlandaises. A ce jour, ces dernières n'ont adressé au juge français qu'une partie des éléments sollicités, une situation qui n'est pas anormale s'agissant d'une demande adressée il y a moins d'un an. Jim, chez qui a été retrouvée une arme qui serait celle utilisée lors du crime, exerce depuis le début de la procédure son droit à garder le silence : interrogé régulièrement par le juge d'instruction, il refuse toujours de s'exprimer sur les faits.

De son côté, son complice présumé, Kamolpat "Mark" Sukkharom, apparemment le seul témoin direct des faits, est beaucoup plus loquace. Il n'a pas varié dans ses déclarations depuis le début de l'affaire. Il maintient que Jim, à la suite d'une dispute, a abattu Eric Dremeau de trois balles et reconnait qu'il a dû l'aider à placer le corps du Français dans le coffre du véhicule puis à le jeter dans le canal. Depuis la fin du mois de novembre 2012, le procès de Mark a commencé devant la Cour criminelle de Nonthaburi, en l'absence de Jim. Le procès en cours à Nonthaburi a été suspendu quelques jours mais la décision finale sera sans doute prise avant la fin de l'année. On peut s'étonner que le procureur thaïlandais n'ait pas demandé aux autorités françaises le transfèrement de l'auteur présumé des coups de feu en vue de participer à l'audience. Il aurait été en effet intéressant que Jim soit confronté à Mark au cours du procès. Mais un tel transfert aurait été difficile à organiser. Car s'il existe bien une convention bilatérale d'entraide pénale internationale entre la Thaïlande et la France, l'accord ne prévoit pas la remise d'un accusé en détention préventive. En tout état de cause, l'enquête réalisée par la police de Nonthaburi semble contenir suffisamment d'éléments de preuve pour permettre au procureur d'obtenir la condamnation de Mark.

La situation judiciaire particulière des accusés résulte de la relative complexité procédurale de cette affaire. Jim Verschueren est un binational : il possède à la nationalité thaïlandaise et la nationale belge. La Belgique et a fortiori la Thaïlande, où les faits de nature criminelle qui lui sont reprochés se sont déroulés, ont donc vocation à le juger. Mais la France a aussi une compétence légitime pour le juger, puisque la victime, Eric Dremeau, est de nationalité française. La Thaïlande n'a pas renoncé à sa compétence judiciaire, n'envisageant pas à ce stade de se dessaisir de l'affaire. Pas plus que la France d'ailleurs qui entend que l'information judiciaire aille jusqu'à son terme, compte tenu de la fuite initiale de Jim Verschueren et de la gravité des faits. Une règle juridique de droit international interdit toutefois de juger une personne deux fois pour les mêmes faits. Si au terme de l'information judiciaire conduite par le juge Bongrand, Jim est jugé en France par une Cour d'assises, compétente en matière criminelle, la Thaïlande pourrait être contrainte de renoncer à le juger.

Ghislain POISSONNIER mercredi 19 décembre 2012
 

Ghislain-POISSONNIER

Ghislain Poissonnier 

Ghislain Poissonnier est magistrat français. Il a été juge et vice-procureur à Béthune, Lille et Paris. Il a travaillé comme juriste au Kosovo, en Palestine, en République démocratique du Congo, en Thaïlande, en Afghanistan, en Guinée et en Côte d'Ivoire.
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