Samedi 4 juillet 2020

De France en Thaïlande, l’impressionnant retour au vélo de Peter Pouly

Par Catherine Vanesse | Publié le 07/01/2020 à 00:00 | Mis à jour le 07/01/2020 à 04:54
Photo : courtoisie Peter Pouly
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Cycliste professionnel en France de 1994 à 2005, Peter Pouly pensait ne jamais plus remonter sur un vélo, c’était sans compter son arrivée en Thaïlande. Aujourd’hui le quadragénaire entraîne 70 personnes à Bangkok et son épouse est l’un des espoirs féminins du cyclisme thaïlandais.  

Né à Saint-Étienne en 1977, le Français Peter Pouly a commencé le vélo à l’âge de 7 ans avec quelques compétitions en BMX. A l’age de 15 ans, il se lance dans le VTT et démarre deux ans plus tard une carrière professionnelle. En 2001, il termine troisième du Roc d’Azur, une compétition de VTT d’envergure internationale sur quatre jours dans le Var. L’année suivante, il remporte le titre de champion sur cette course, l’un des meilleurs souvenirs de sa carrière. 

C’est également à cette période que sa carrière prend un tournant, alors qu’il fait partie des coureurs attendus pour participer aux Jeux olympiques de 2004, il est contrôlé positif aux corticoïdes, un produit considéré comme dopant à l’époque et suspendu pour un an. Une faute qui continue de le suivre, même si aujourd’hui le cycliste voit cela comme quelque chose de positif. 

En 2005, il arrête le vélo, dégoûté par un milieu qui ne lui a pas fait de cadeau et par le dopage. Il pense alors ne jamais remettre le pied à l’étrier. Mais c’est sans compter sur un premier séjour en Thaïlande et la rencontre un peu plus tard d’un groupe de cyclistes à Pattaya. Aujourd’hui, Peter Pouly entraîne des athlètes à Bangkok, il a créé une marque de vêtements de vélo “Login”, et son épouse Chairin Kulacha est actuellement 969ème du Classement UCI (Union Cycliste Internationale) Femmes. La jeune femme de 30 ans a démarré une carrière professionnelle il y a deux ans, après être montée pour la première fois sur un vélo à l’âge de 26 ans. Mère de deux enfants, elle a remporté L’Étape by Le Tour de France à Phang Nga en octobre 2019. 

Lepetitjournal.com a rencontré Peter Pouly entre deux entraînements pour discuter de son parcours, de l’évolution du vélo en Thaïlande et du dopage. 

Lepetitjournal.com : Comment êtes-vous arrivé en Thaïlande ?

Peter Pouly : J’ai arrêté les compétitions en 2005, j’estimais avoir fait le tour : j’avais gagné un championnat du monde, de France,... regagner les mêmes courses encore et encore, je n’en avais pas envie et ma carrière a fait que j’avais loupé le coche pour participer aux Jeux olympiques. Je me suis dit qu’il était temps de me reconvertir. 

La marque pour qui je courais, MBK, m’a proposé un boulot. En 2006, ils m’ont envoyé en Thaïlande pour un shooting photo dans la région de Chiang Mai. J’ai adoré et, dès mon retour, j’ai posé 15 jours de congé pour y passer mes vacances! Je suis tombé amoureux du pays, des gens et d’une fille. Pendant 3 ans, j’ai fait des aller-retour avant de m’installer ici en 2009. 

C’est à ce moment-là que vous avez repris le vélo ?

Venir en vacances ce n’est pas la même chose que d’y vivre et au bout de 15 jours j’ai commencé à m’ennuyer : les massages et faire la fête, ça va pendant un moment, mais c’est vite lassant. J’habitais à Pattaya et un jour, un Français m’a reconnu et m’a proposé de me joindre à lui pour faire du vélo. Je n’imaginais pas qu’il y avait des gens pour faire des randonnées vélo à Pattaya! En fait, c’est génial, les routes du bord de mer sont magnifiques et très vite je me suis retrouvé à faire 1.000 km de vélo par semaine. En deux mois, j’avais perdu 10 kilos et je me suis dit qu’il fallait faire connaître ce coin aux cyclistes français. 

Quand j’étais professionnel, souvent l’hiver, j’allais dans le sud de la France ou en Espagne pour trouver du soleil et continuer à m’entraîner. La saison sportive, elle s’arrête en octobre et reprend au printemps. J’ai monté une société qui s’appelle “Peter Pouly Training Camp” pour inciter les cyclistes français à rouler ici. Peu de Français sont venus par contre des Thaïlandais m’ont sollicité pour les emmener rouler en France… 

Qu’est-ce qui attire les Thaïlandais à venir en France pour faire du vélo ?

La réputation du Tour de France, les montagnes, la météo. La France est un pays unique avec une grande variété de paysages et de terrains et il ne fait pas aussi chaud qu’en Thaïlande.

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Photo courtoisie Peter Pouly - Un entraînement sur la Skylane à Bangkok

Vous entraînez combien de personnes ?

Je fais beaucoup de coaching online, j’ai une centaine de clients au total et près de 70 que j’entraîne en direct sur la Skylane (NDLR : Piste cycliste gratuite de 25 km aux abords de l’aéroport de Suvarnabhumi). Une fois par semaine, nous faisons un entraînement de groupe où nous sommes environ 60 et j’ai souvent une dizaine d’élèves le matin. 

J’ai à peu près autant d’hommes que de femmes, un public entre 35 et 45 ans, par contre lors des entraînements de groupe, j’ai 70% de femmes. Je pense que le fait que ma femme, Chairin Kulacha, qui fait partie de l’équipe nationale et qui a déjà gagné plusieurs courses dont l’Étape by Le Tour de France qui s’est déroulé à Phang Nga le 27 octobre 2019, ça doit les influencer. 

En fait, vu qu’il y a moins de femmes cyclistes en Thaïlande, elles sont de manière générale plus assidues, elles progressent vite et gagnent des courses, et cela motive les autres. 

Votre épouse Chairin Kulacha est devenue coureuse professionnelle assez tard, comment l’expliquez-vous ?

En fait, comparé à l’Europe, le niveau des Thaïlandais qui sont considérés ici comme “professionnels”, c’est l’équivalent d’un niveau amateur. Mon épouse a déjà fait des compétitions en France, en Belgique, en Italie. Elle vient de terminer le Tour de l’Ardèche, une course en sept jours, mais même là, elle faisait 30 km dans le peloton et puis elle faisait le reste de la course toute seule, loin derrière. En France, elle ne serait pas sélectionnée, elle n’a pas le niveau. 

Mais sa progression est impressionnante, elle a commencé le vélo il y a seulement 4 ans et cela ne fait que deux ans qu’elle est passée dans la catégorie professionnelle. 

Quel est le niveau de difficulté d’une course comme L’Etape by Le Tour de France ?

L’Étape by Le Tour de France en Thaïlande n’est pas une course très exigeante. Bien sûr, il faut rouler un peu, il ne faut pas arriver en n’ayant jamais fait de vélo. Cette année en Thaïlande, il n’y avait que 1.000 mètres de dénivelés cumulés, loin des 4.000 que l’on peut avoir sur certaines étapes en France. Sur le parcours à Phang Nga, il y a 2 ou 3 côtes sur 3 km, après c’est plat, il faut juste être capable de rouler à une moyenne de 20 km/h. 

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Photo courtoisie L'Etape by Le Tour de France - Peter Pouly et son épouse Chairin Kulacha sur la ligne d'arrivée

Il y a des événements beaucoup plus difficiles en Thaïlande tels que l’ascension de Doi Inthanon qui attire plus de 10.000 participants. Longue de 46 km avec 2.800 mètres de dénivelés, les 10 derniers kilomètres sont à 17% de moyenne! La course du Doi Inthanon est un véritable défi. En partant d’un bas niveau, il faut compter 2 ou 3 ans pour arriver au sommet sans poser un pied à terre, c’est une course technique qui nécessite d’avoir un bon équilibre, car il y a des moments où l’on se retrouve à rouler à 4 km/h! Il y a des gens qui terminent la course en 8 heures alors qu’il me faut 2 heures.

Quels sont vos conseils pour faire du vélo en Thaïlande ?

Ici c’est super facile, il fait beau tout le temps, il faut juste un cuissard court, un maillot court, des lunettes, un casque et 200 bahts en poche, pour le reste il y a des 7/11 ou des petites échoppes partout. 

La seule difficulté est de connaître les routes secondaires pour éviter le trafic. Il faut éviter les grands axes autant que possible et si vous devez les emprunter, il faut suivre le flux de la circulation. 

Ce que je conseille sur ces routes, c’est de ne pas rouler trop à gauche ni trop au milieu, mais garder une bonne distance entre la gauche et la droite. Il ne faut surtout pas rouler sur “la voie d’urgence”, cette voie où il y a des vendeurs ambulants, des chiens, des mobylettes… Il faut la garder au cas où vous devez vous décaler sur la gauche quand vous entendez un camion approcher, mais ne pas y rester en permanence. 

Il vaut mieux aussi rouler le matin que le soir, le soir, il y a les sorties d’écoles, les gens qui veulent rentrer du boulot et les conducteurs qui ont commencé à boire de l’alcool. 

En montagne, je recommande d’y aller doucement. En France, les côtes sont entre 5 et 10%, en Thaïlande on est plutôt entre 20 et 25%! Avec des routes qui par moment sont des billards et qui l’instant d’après sont remplies de trous, ou encore avec des flaques d’huiles ou des ruissellements d’eau ou de boues. Si vous lâchez les freins dans une pente à 20%, en 100 mètres vous atteignez 80 km/h: à cette vitesse, un casque de vélo ne protège pas!

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Photo courtoisie Peter Pouly - Le champion lors de la course "The Tour of Chiang Rai"

Entre France et Thaïlande, quel pays est le moins dangereux ?

En France, les conducteurs de voitures sont beaucoup plus agressifs vis-à-vis des cyclistes. En Thaïlande, les conducteurs font de nombreuses mauvaises manoeuvres, mais ce n’est pas intentionnel. En un sens, on se sent plus en sécurité ici, mais cela peut vite tourner au drame si on ne fait pas attention. Ils manquent d’anticipation. Quand je vois un danger devant, mon premier réflexe est de regarder derrière s’il y a des voitures ou non et puis je prends une décision. En fait, pour nous, le danger il vient de derrière parce que quand il y a un danger devant, nous on le voit, mais pas eux et ils ne ralentissent pas. C’est le bouddhisme! Même le futur à 10 secondes, ils n’y pensent pas. 

Aujourd’hui, peut-on encore dire que le vélo est en plein boom ?

Le vélo a connu une explosion il y a 5 ans, aujourd’hui c’est plutôt la course à pied. La population qui est en mesure de s’acheter des vélos est concentrée sur Bangkok et les grandes villes comme Chiang Mai et Phuket. En France, elle est beaucoup plus éparpillée. Du coup, au niveau logistique, cela veut dire qu’il faut prendre la voiture pour aller faire du vélo, pour sortir de la ville ou se rendre sur la Skylane. C’est aussi plus coûteux de faire du vélo, cela demande plus d’équipement alors que la course à pied, il faut juste une paire de chaussures.

Les événements cyclistes ont également diminué, il y en a peut-être 2 par week-end qui vont attirer 100 ou 200 personnes alors que la course à pied, c’est 30 événements par week-end avec un minimum de 1.500 participants. Même ici sur la Skylane on voit l’évolution, avant il n’y avait que des cyclistes qui venaient s’entraîner, maintenant il y a autant de cyclistes que de personnes qui font de la course à pied. 

Pourrait-on imaginer un jour voir les gens utiliser le vélo comme un moyen de transport au quotidien ?

Je ne pense pas. C’est déjà compliqué de marcher sur les trottoirs alors faire du vélo… Il y a un réel manque d’infrastructures, sans compter la chaleur et la circulation. 

Le dopage dans le cyclisme en Thaïlande est-il présent ?

Je ne sais pas trop, je n’y ai jamais été confronté avec des athlètes, mais je suppose que ça doit exister. C’est sans doute pour cela qu’ils se prennent des déculottées en Europe, il n’y a pas la même culture du dopage!

En 2002, j’ai été suspendu pour dopage et je n’ai pu participer aux Jeux olympiques de 2004. Avec le recul, cela m’a rendu service, je peux en parler librement aujourd’hui. Oui, le dopage a fait partie de ma carrière à un moment donné, en tant que professionnel, on ne pouvait pas y échapper. C’était la période de l’EPO, des transfusions sanguines… J’aurais pu continuer et mettre ma santé en danger. 

De pouvoir en parler librement, j’ai participé en 2016 à une enquête pour “Cash Investigation” sur France 2 dans laquelle j’ai piégé le docteur Bernard Sainz aussi appelé docteur Mabuse, c’est entre autres grâce à moi si aujourd’hui il est en prison. 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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