Prisca Del Corso, militante de la vie et de la générosité, nous a quittés

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 03/05/2022 à 00:00 | Mis à jour le 04/05/2022 à 01:25
Photo : NeoJack - Prisca Del Corso avec son époux Didier lors d'une soirée dans la Villa Yenakart devenue aujourd'hui le restaurant Clara tenu par leur fille et son mari Christian Martena
Prisca-Didier-Del-Corso

Prisca Del Corso, personnage hors pair du carré français de Sathorn, s’en est allée samedi 30 avril, à l’âge de 62 ans, emportée par une longue maladie contre laquelle elle aura vaillamment lutté sans jamais laisser l’ombre de la mort obscurcir sa générosité et sa rayonnante joie de vivre.

Arrivée en Thaïlande avec son mari et leurs deux enfants le 25 décembre 2004, la veille du tsunami, Prisca faisait partie de ces expatriés qui savent prendre le meilleur de ce que peut offrir leur pays d’accueil tout en prenant bien soin de le lui rendre. 

Et si elle n’était pas de ces personnalités publiques de la communauté qui prennent le micro lors de networkings ou de galas, dieu sait qu’elle était une figure connue et appréciée dans le carré français de Sathorn et au-delà.

Elle était connue surtout des bons vivants et appréciée de ceux qui placent haut dans l’échelle des valeurs des notions telles que la liberté, la simplicité, la sincérité, la générosité, l’entraide et le partage en toute circonstance, etc.

Son côté exubérant était d’ailleurs sans doute le reflet d’une sorte d’ivresse de tant de valeurs rafraichissantes qui vivaient en elle, et bouillonnaient telle une fontaine de jouvence à laquelle elle aimait inviter à boire, famille, amis, voisins de table ou simples passants. Quiconque était capable de plonger dans son regard azur à l’appel de son large sourire.

Son mari Didier s’en est enivré pendant 37 ans. Du matin au soir. Sans jamais un bris de vaisselle ni même un mot qui blesse.

Dans un monde normatif où le conformisme agressif est règle d’or, où sont récitées à l’envi les grandes messes de la réussite prônant d’écraser son prochain, Prisca aura démontré toute sa vie que l’on peut vivre heureux en étant soi-même et en aidant l’autre à construire son bonheur, aussi différent soit-il.

Ce n’est sans doute pas un hasard si le très novice couple Del Corso a pu diriger avec succès pendant une quinzaine d’année une fabrique d’étuis d’instruments de musique en Thaïlande avec un taux de turn-over quasi nul qui aurait pu faire pâlir nombre de capitaines d’industrie pour qui fidéliser du personnel thaïlandais relève de la quadrature du cercle.

"La générosité était sa priorité, il fallait qu’elle donne. Et quand on lui donnait, elle voulait rendre au centuple", répond immédiatement Didier Del Corso, lorsqu’on lui demande de citer une qualité caractéristique de celle avec qui il a partagé plus de la moitié de sa vie. Celle qui l’a invité il y a 37 ans à partager une vie exaltante faite de plaisirs simples, une vie sans filets dédiée tout simplement à l’amour.

Lorsqu’ils ont décidé de démarrer leur vie commune, Prisca a déboulonné son futur mari d’un emploi pépère de semi-fonctionnaire à l’aéroport de Marseille Provence. "Elle m’a dit qu’elle était prête à passer le reste de sa vie avec moi, mais pas s’il fallait vivre ce genre de vie, à attendre la fin de la journée pour se voir, etc. Alors elle m’a demandé de lâcher mon boulot pour partir à l’aventure avec elle", se souvient-il.

Une aventure de 37 années pavée d’expériences diverses et variées. Le couple Del Corso a notamment été pionnier du télémarketing, gérant d’une maison d’hôtes en Provence, créateur d’un théâtre d’enfants, chef d’usine en Thaïlande... et parents de deux beaux enfants. 

Trente-sept années de vie commune du matin au soir. "Nous avons toujours tout fait ensemble, le travail, le sport, le théâtre, tout ! Et cela avec très peu de tension entre nous", explique Didier.

L’expansive Prisca avait beau être une militante de la bonne humeur, elle était sensible à toutes sortes d’émotions et il pouvait lui arriver de laisser la tristesse l’envahir ou de lâcher un bon coup de gueule. Mais seulement pour lever son verre le moment d'après et repartir à l’abordage de la vie en lançant un grand "Mai pen rai". 

Le fameux cri d’insouciance des Thaïlandais, elle l’a fait sien toutes ces années qu’elle a passées dans le royaume, jusque dans les tous derniers instants de sa vie.

Alors que la maladie la torturait dans sa chair jour après jour cherchant à imposer le masque terrifiant de la souffrance à son entourage, Prisca continuait de rayonner de bonheur, d’aimer son mari, de chérir ses enfants et ses petites filles, de gratifier ses amis de son sourire et son humour. Elle a regardé la mort dans les yeux en chantant l’hymne à la vie, renvoyant plus d’une fois l’immonde faucheuse à ses études.

Une magnifique leçon de vie et de courage qui mériterait bien un livre.

La réussite de son couple, l’exemplarité de son parcours, la fidélité de ses amis reflètent la grandeur d’âme de Prisca Del Corso. Et par bonheur celle-ci se perpétue aujourd’hui au travers de ses enfants Tim et Clara. Cette dernière a d’ailleurs elle-même déjà fondé sa propre famille avec un beau et brillant chef italien. Elle porte le sourire envoûtant de sa maman et l’a elle-même transmis à ses enfants. La relève est assurée…

Une cérémonie religieuse suivie de la crémation est prévue le 4 mai à 16h au temple (Wat) Chonglom sur l’avenue Rama 3 

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Pierre QUEFFELEC

Originaire du sud de la France, il fait ses premières armes dans le journalisme avec la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il est en charge des opérations du bureau de Bangkok depuis janvier 2006.
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