Jeudi 26 novembre 2020

TOURISME EN THAILANDE - La croissance à tout prix?

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 27/12/2016 à 23:00 | Mis à jour le 09/02/2018 à 08:16

Qualité ou quantité ou idéalement les deux ? C’est l’équation sur laquelle se penchent les autorités touristiques thaïlandaises. Comment en effet gérer la poule aux œufs d’or de l’économie thaïlandaise sans attirer le pire du tourisme mondial ?

C’est "business as usual" ou presque pour le tourisme thaïlandais, affirmait à la mi-novembre la Ministre des Sports et du Tourisme du Royaume, Kobkarn Wattanavrangkul.

"Nous ressentons une peine immense suite à la disparition de sa Majesté le Roi Bhumibol Aduljadej. Mais nous comprenons que la vie continue et c’est aussi le cas pour le tourisme. Depuis la fin du deuil officiel d’un mois pour l’ensemble de la Nation, nous recommençons à accueillir des évènements. Certes, ils auront pour quelque temps un caractère particulier, en respectant le deuil qui touche le royaume. Mais je peux assurer que nos visiteurs retrouveront le sens de l’accueil des Thaïlandais et tout ce qu’ils aiment de notre pays", indiquait-elle.

Le message est important car le tourisme thaïlandais est la vraie star d’une économie du royaume qui continue de manquer singulièrement de lustre, on estime que le PIB en 2016 n’aura progressé que de 3.2%. Certes ce sera mieux que les 2,8% de 2015 mais la croissance du PIB thaïlandais est inférieure d’un point et demi au reste de l’ASEAN selon la Banque du Développement Asiatique (ADB). Cette dernière note d’ailleurs que l’accélération du PIB en 2016 est à mettre au compte de dépenses publiques et… du tourisme.

50 millions de touristes pour 2020

Et là, tous les experts ou professionnels sont d’accord. Le tourisme est la star non seulement de l’économie du royaume mais aussi de l’ASEAN.

"Nous avons toute confiance dans la capacité de croissance du tourisme en Thaïlande. Nous estimons que le pays devrait accueillir en 2016 entre 33 et 34 millions de touristes internationaux. A ce rythme, l’objectif des 50 millions de touristes autour de 2020 n’’est plus une utopie", déclarait récemment Patrick Basset, Chief Operation Officer du groupe Accor Hotels pour le Nord Est Asiatique, la Grande Région du Mékong et les Philippines.  

La croissance s’affiche à deux chiffres depuis le début d’année. A la fin octobre, les statistiques officielles faisaient état de 27,1 millions d’arrivées internationales, une hausse de 11,27% comparée à la même période de 2015. Soit 2,5 millions de touristes en plus ! Début décembre, on fêtait le 30 millionième touriste.

L’Asie représentait à elle seule durant cette période 68% de toutes les arrivées, un volume de 18,4 millions en hausse de 12,2%. L’Europe n’est pas en reste, étant toujours le second plus gros marché émetteur pour le royaume.

En hausse de plus de 10% depuis le début de l’année, l’Europe a généré sur dix mois 4,78 millions d’arrivées. "On remarque une formidable reprise du tourisme russe après trois années de chute. Mais également une croissance remarquable du marché allemand mais aussi de l’Espagne et de l’Italie", indique encore Patrick Basset.

Marketing astucieux et grand renfort budgets com’

La Thaïlande en fait bénéficie toujours de son excellente image d’accueil et de services appuyée par des campagnes marketing astucieuses de l’office de tourisme de Thaïlande, TAT, qui vise de plus en plus des marchés de niche, ciblant pêle-mêle les golfeurs, les femmes individuelles, les familles, le segment grand luxe, les jeunes mariés, les amateurs de trekking, de gastronomie ou de découvertes ou encore les seniors.

Depuis trois ans, l’office a vu son budget grimper en flèche, pour atteindre quelques 160 millions de dollars. Il faut dire que le jeu en vaut la chandelle : en 2015, le tourisme a effectivement généré 42,5 milliards de dollars, soit 10% du PIB du pays. Et si l’on prend en compte les recettes directes et indirectes qu’induit le tourisme, on est très proche de 20% selon le WTTC (World Travel & Tourism Council). Ce dernier d’ailleurs estime que le tourisme contribue directement à générer 2,3 millions d’emplois dans le Royaume et indirectement près de 5,5 millions, soit plus de 14% de tous les emplois.

Pas question donc de marginaliser le tourisme, même si le gouvernement souffle souvent le chaud et le froid sur l’activité. Il faut dire que ce dernier est face à un dilemme : quantité ou qualité ?

Idéalement les deux mon capitaine ! Mais, dans la vraie vie, on sait que cela ne se passe jamais comme cela. Une grande partie des visiteurs du royaume sont loin de faire l’unanimité parmi la population locale. Comme ces touristes ventripotents- sans distinction de nationalité car ce type de visiteur est malheureusement global-  qui errent principalement dans les quartiers chauds de Bangkok, Pattaya, Phuket ou Chiang Mai… Ou encore ces groupes de Chinois dont la présence massive agit comme un véritable repoussoir pour d’autres nationalités sur certaines attractions. Il suffit par exemple de se rendre au Palais royal à Bangkok pour voir les dégâts générés par un tourisme de masse bas de gamme.

Fin du tourisme "Zéro Dollar"

Justement, le tourisme chinois est à lui seul un vrai problème délicat à gérer. "Nous estimons que la Thaïlande va accueillir cette année plus de 10 millions de touristes de Chine, soit un tiers de tous les visiteurs du royaume. Et je ne vois pas réellement d’inversion de la tendance", analyse Patrick Basset d’Accor Hotels. Les Chinois représentent pour Accor 17% de toutes les nuitées du groupe en Thaïlande.

Sauf que ces dix millions ne sont pas toujours le top qualité que souhaite avoir le gouvernement. Lequel a décidé en août dernier de mettre un terme à la pratique des forfaits à "Zéro Dollar", une offre très ciblée sur le marché chinois qui permet pour un prix dérisoire à des vacanciers du pays de se rendre en Thaïlande en ne payant pratiquement que le billet d’avion et le visa. L’hébergement et les repas sont offerts contre des heures passées à faire des achats dans des magasins ou à visiter certaines activités obligatoires et payantes à des prix défiant tout entendement. Une pratique que dénoncent les tour-opérateurs traditionnels et certains acteurs touristiques.

Du coup, le gouvernement a déclaré ce type d’activité illégal et traqué depuis la fin août les pourvoyeurs des forfaits "Zéro Dollar". Ce qui s’est immédiatement traduit par une baisse du nombre de visiteurs chinois, "amplifiée par l’augmentation du coût du visa", explique Patrick Basset.

"On ne peut vraiment parler de baisse aussi longtemps que l’on n’a pas des chiffres sur le long terme", tentait pourtant de minimiser le gouverneur du TAT, Yuthasak Supasorn devant les média locaux.

Mesures incitatives sur les visas

Malheureusement, pour l’instant, les effets sont plutôt négatifs. Selon les statistiques officielles, en octobre, le nombre de Chinois en Thaïlande a chuté de plus de 16%. La Banque de Thaïlande, dans sa dernière note de conjoncture, table désormais sur un chiffre de 8,8 millions de touristes en provenance de Chine, soit 12% de moins que les prévisions initiales. Ce qui représente tout de même un million de chinois de plus qu’en 2015.

Accor Hotels rapporte pour sa part une diminution des réservations chinoises de 9% à 10%. Et certains tour-opérateurs très liés au tourisme en provenance de Chine parlent de baisse d’activité de 40%. Chez la low cost Nok Air, on a même repoussé à février 2017 l’ouverture de nouvelles lignes vers Guangzhou (Canton) et Kunming, prévues initialement en décembre, en raison de la fin des forfaits “Zéro Dollar”.

Du coup, le gouvernement vient d’opérer un nouveau virage à 180°. Les forfaits "Zéro Dollars" ne seront certes pas réactivés mais il a décidé d’exempter 19 pays –dont la Chine- jusqu’à la fin février du paiement du visa lorsque celui-ci est demandé à l’avance dans les représentations diplomatiques de la Thaïlande à l’étranger, et de réduire de 50% son coût pour le visa à l’arrivée. Une mesure qui pourrait faire venir 350.000 touristes de plus durant ces trois mois de "grâce". Et d’apporter 28 milliards de bahts -800 millions de dollars- dans les caisses de l’Etat. Le gouvernement a aussi approuvé l’octroi d’un visa de 10 ans pour les seniors souhaitant rester à long terme en Thaïlande afin de renforcer les activités liés au tourisme médical et de bien-être.

Le tourisme : une priorité absolue pour le gouvernement, qui, dans ce domaine, fait plutôt montre de pragmatisme…
Luc CITRINOT () mardi 20 décembre 2016
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