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Istanbul ou Constantinople, une question que les Grecs prennent très au sérieux

De nos jours, les relations entre Turquie et Grèce restent tendues, même si elles restent bien plus apaisées qu’il y a cent ans. Cependant, Istanbul reste au cœur des préoccupations, en témoigne les tensions émergeant de la transformation de la cathédrale Sainte Sophie en mosquée en 2020.

Vue de la cathédrale Sainte Sophie à IstanbulVue de la cathédrale Sainte Sophie à Istanbul
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 24 juillet 2026

 

Commençons par replacer la situation dans son contexte : la ville que l’on connaît sous le nom d’Istanbul fut fondée sous le nom de Byzance en 657 avant notre ère, par les Grecs anciens. Elle devint par la suite capitale de l’Empire romain d’Orient en -330 sur décision de Constantin, lui donnant ainsi son nom d’Empire byzantin (à noter qu’il s’agit d’une convention établie à la Renaissance, ses habitants se qualifiant toujours de romains).

En 1453, elle fut conquise par l'Empire ottoman sous le sultan Mehmed II et rebaptisée Istanbul. Cependant, ce nom est d'origine grecque : plus précisément, « Istanbul » (prononcé Is-tan-bul) dérive de l'expression grecque « is tin poli », qui signifie « à la ville ». Elle a par la suite été déformée pour mieux coller à la prononciation turque, et progressivement adoptée au quotidien.

 

D’où vient Constantinople ?

En réalité, durant son existence, les Grecs appelaient la ville Constantinople, « la cité de Constantin ». Le terme grec pour ville, « poli », qui a donné en français le suffixe « pole », est particulièrement visible dans l’appellation grecque : « Constantinoupoli ».

Du point de vue extérieur, le parti pris fut de conserver le nom byzantin, qui évoquait la grandeur passée du lieu. Même au sein de l’Empire ottoman, le nom turcisé « Kostantiniyye » était régulièrement utilisé, notamment dans les relations diplomatiques. Le changement de nom officiel n’eut lieu qu’en 1930 sous l’impulsion de Mustafa Kemal, 7 ans après la proclamation de la République turque moderne. Le reste du monde a par la suite adopté le nom Istanbul.

 

Une histoire fascinante

Il n’existe que peu d’endroits au monde au passé plus riche qu’Istanbul : après sa fondation par le roi Byzas, la ville se développa en un port florissant grâce à sa situation géographique privilégiée entre l'Europe et l'Asie, ainsi qu'à son port naturel. En 330 après J.-C., elle devint le siège de la « Nouvelle Rome » conçue par l'empereur romain Constantin, et connut une période de prospérité sans précédent.

Cette époque faste coïncida avec l’établissement du christianisme comme religion d’État de l’Empire byzantin, ainsi que du grec comme langue officielle. Aujourd’hui encore, les hellènes sont fiers de cet héritage, car Constantinople va devenir le symbole de leur culture et de la chrétienté dans le monde.

 

Après la gloire vient le déclin

Constantinople sera la capitale de l'Empire byzantin pendant plus de 1100 ans, connaissant des fortunes assez diverses : si Justinien 1er, régnant de 527 à 565, parvient presque à reconstituer l’Empire romain, les incursions de peuples venus d’Anatolie et d’Europe de l’Est vont affaiblir le pays. La splendeur de Byzance est ternie à jamais en 1204, lorsque les armées de la Quatrième croisade, au lieu de rallier Jérusalem sous contrôle musulman, pillèrent la cité et la placèrent sous leur contrôle.

En 1261, Michel VIII Paléologue libère la ville. Ainsi restauré, l'Empire byzantin retrouve une partie de sa gloire passée jusqu'au 29 mai 1453, date à laquelle, après un siège de 53 jours, Constantinople tombe aux mains des Ottomans. Durant l’époque byzantine, le Grand schisme de 1054 séparant l’Église d’Orient de celle d’Occident fait de la cité le siège de la première. C’est toujours le cas de nos jours, cette église étant maintenant connue sous le nom d’orthodoxe : Bartholomée 1er en est le Patriarche depuis 1991.

 

Constantinople chevillée au corps

Aujourd’hui, les Grecs préfèrent nommer la ville Constantinople plutôt qu’Istanbul. Cela s'explique en partie par le fait que sa chute a signifié la fin de Byzance et de l'hellénisme en Orient, ouvrant la voie à près de 400 ans d'occupation ottomane. De La nostalgie d’une entité ayant contribué à la diffusion de l'orthodoxie à travers la Russie et les Balkans joue également un rôle. Enfin, bien que l’étymologie d’Istanbul soit grecque, le mot est une invention turque et n’a jamais été utilisé par la communauté grecque sur la place.

Or la Turquie moderne, que Mustafa Kemal a pensé comme un État-nation malgré les nombreuses minorités habitant sur son territoire, s’est montrée très hostile envers Athènes depuis les années 1920. La destruction de Smyrne en 1922 durant la guerre gréco-turque, l'incendie des quartiers grecs de Constantinople, les persécutions subies par les hellènes en 1955, et l'occupation du nord de Chypre en 1974 n’ont pas été oubliées. La prochaine que vous mentionnez votre séjour à « Istanbul » à un hellène, ne vous étonnez donc pas s’il vous corrige avec un brin d’agacement.

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