Édition internationale

La Grèce attend avec impatience l’adaptation de l’Odyssée par Christopher Nolan

Le film n’est pas exempte de polémique aux États-Unis, où plusieurs milieux critiquent la direction prise par le réalisateur. La Grèce, cependant, n’a pas le même avis sur la question.

Vue d'une plage de l'île d'IthaqueVue d'une plage de l'île d'Ithaque
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 15 juillet 2026

 

« L'Odyssée » de Christopher Nolan sort vendredi, suscitant une anticipation mondiale mais aussi certaines controverses sur ses choix de casting. Les discussions sur les adaptations tournent souvent autour de leur fidélité à un texte source ; mais dans un pays où l’histoire d’Homère est enseignée et racontée dans toutes les écoles, beaucoup soulignent que si cette histoire est toujours vivante après plus de 3 000 ans, c’est grâce à sa réinvention et non malgré elle.

« Ce que nous voulons que les enfants comprennent, c’est que chaque nouvelle création est exactement cela : une nouvelle création », a déclaré Filippos Mantzaris, enseignant à des élèves de cinquième. Sur ce point, le film, comprenant Matt Damon dans le rôle d’Ulysse et un certain nombre de stars hollywoodiennes, suit le fil narratif d’Homère : un roi retourne à sa maison après la guerre, bravant dieux et monstres pour retrouver une île envahie par ses rivaux.

Homère au cœur du cursus scolaire grec

Encore aujourd’hui, « L'Odyssée » est enseignée dans toutes les classes hellènes. Dans la classe de monsieur Mantzaris, les élèves débattent avec enthousiasme des rencontres d’Ulysse avec les monstres, ainsi ses autres aventures. On leur apprend à comparer l’intelligence du héros à sa force, à se demander si la vengeance est morale, si le roi aguerri par les batailles est vraiment un modèle, et si le meurtre des prétendants de sa femme est justifié.

Les exercices de jeu de rôle encouragent les enfants à imaginer ce qu’ils feraient à la place d’Ulysse. « C’est un texte littéraire incroyable, auquel les enfants peuvent s’identifier, peut-être voir Ulysse en eux-mêmes, mais aussi voir leur propre patrie », ajoute l’enseignant. Kyriakos Agapiou, 12 ans, a dit qu’étudier le poème dans la classe de monsieur Mantzaris lui avait enseigné « que tout est possible et qu’on ne doit jamais abandonner. »

L’agronome Nikos Varelas a assisté à une adaptation théâtrale avec son fils de 4 ans, après que le duo ait lu ensemble les versions pour jeunes de « L’Iliade » et « L’Odyssée ». Il considère que c’est son « devoir en tant que parent, en tant que Grec ». Manos Pintzis, qui incarne Ulysse dans cette production, pense que le théâtre aide les enfants à découvrir la mythologie sous un angle que les livres d’écoles ne peuvent aborder. « Vous ne dites pas à un enfant de connaître l’histoire parce qu’il le doit, car l’enfant refusera qu’on lui impose quelque chose », a déclaré Pintzis. « Lorsque l’enfant voit tout cela se dérouler sous ses yeux, cela devient une manière pour lui d’apprendre volontairement ce qu’on attend de lui. »

 

Trop woke pour certains américains

Dans les milieux conservateurs aux États-Unis, les choix de casting de Christopher Nolan ont plus posé question que son adaptation de l’histoire d’Homère ; Elon Musk a notamment affirmé que Nolan avait profané “L’Odyssée” après que l’actrice noire Lupita Nyong’o ait été choisie pour incarner Hélène de Troie, sans avoir vu le film. Des commentateurs affiliés à cette mouvance, comme Matt Walsh, ont soutenu que le film donnait la priorité à une idéologie identitaire qui ne reflète pas la réalité de l’époque.

Dans une interview accordée à The Telegraph, Christopher Nolan a déclaré que les réactions négatives « font partie du métier », ajoutant que « ces conversations ayant lieu avant que les gens ne voient le film sont toujours sans importance, car personne ne sait encore ce qu'il est réellement. » Le réalisateur a déclaré qu'il voulait « remettre en question les suppositions des gens sur la manière le cinéma représente les choses à l’écran, et sur ce sur quoi elles se basent. Cela comporte un défi et un risque également. Mais mon espoir s’appuie sur le fait qu'en créant un monde cohérent, les gens le comprennent à travers le film, et sentent qu'ils le comprennent. »

 

Les Grecs restent de marbre

La controverse n'a pas trouvé beaucoup d'écho en Grèce, où les gens sont habitués à ce que des étrangers jouent des Grecs anciens. L'Écossais Gerard Butler a hurlé « Ceci est Sparte ! » en tant que roi Léonidas dans « 300 », et Brad Pitt, né en Oklahoma, a joué Achille dans « Troie ». La performance d'Anthony Quinn dans « Zorba le Grec », en 1964, reste d’ailleurs l'une des représentations favorites d'un personnage grec au cinéma en Grèce. La version de Christopher Nolan poursuit cette tradition, avec un casting étoilé incluant Nyong’o, Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Zendaya et Charlize Theron, ainsi qu’une narration du rappeur Travis Scott.

En Grèce, le petit parti nationaliste « Niki » s'est opposé au casting et à la décision du gouvernement grec de fournir 6 millions d'euros, soit 6,9 millions de dollars, pour soutenir la production partiellement réalisée en Grèce. Citant Elon Musk, ses responsables ont déclaré que les contribuables grecs finançaient l'imposition d'une « idéologie de type woke » sur l'histoire et l'identité culturelle grecques. La ministre de la Culture, Lina Mendoni, a offert une réplique franche dans le magazine grec Lifo : « ce n'est pas à un État de dicter à un créateur comment il doit interpréter une œuvre ou un mythe. Avons-nous sérieusement une conversation sur le fait que l'État devrait censurer Christopher  Nolan ? »

 

La retransmission, clé de la survie de l’histoire

Christos Tsagalis, professeur de littérature grecque ancienne à l'Université Aristote de Thessalonique, ne laisse pas de place au doute : il revient aux spectateurs de juger si la dernière interprétation de « L’Odyssée » fonctionne. Ce qui importe selon lui, « c’est de savoir si elle capture l’essence fondamentale d’un des plus grands récits de l’Histoire. »

« Les œuvres d’Homère, retransmises et réinterprétées à travers les générations, ont perduré en devenant universelles », élabore-t-il. « Je trouve merveilleux que quelque chose qui est créé à un moment précis par un peuple donné soit partagé par tant de gens à travers le monde. C’est une culture partagée...c’est une histoire fascinante...c’est comme un film. »

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