Célébrant le contact humain, les us et coutumes d’antan et les savoir-faire locaux, ces évènements se placent à rebours d’un monde qui tend vers l’homogénéisation et idéalise l’apparence.


Chaises en plastique, boissons alcoolisées en généreuses quantités, danses traditionnelles et musique tournée à fond, voilà le programme du panygiri qui redevient aujourd’hui à la mode. De nouveaux publics, allant du jeune grec au touriste en passant par les amateurs de folklore, sont attirés chaque année par ces évènements. Mais s’agit-il une vraie renaissance ou seulement de la dernière tendance qui enflamme les réseaux sociaux ?
Selon Marinathi Kaplanoglou, professeure de folklore au Département de philologie de l’Université nationale et capodistrienne d’Athènes, « Il existe en nous un sentiment de nostalgie pour quelque chose que nous sentons avoir perdu. La tradition a aussi une dimension théâtrale et ludique, et aujourd’hui les gens participent activement à choisir de s'y engager. Parfois, la tradition naît d'une habitude non examinée ; d'autres fois, elle devient un moyen politiquement correct de construire un patrimoine local ou national. »
De Lefkada à Anogeia et Astypalea, la culture traditionnelle est devenue partie intégrante des événements culturels d'été en Grèce. « La tradition tend à être adoptée uniquement après avoir été séparée de son côté 'moins désirable' : le folklore ou la culture populaire », précise madame Kaplanoglou. « Elle est relookée, redéfinie et transformée en un produit culturel ou touristique. En même temps, de nombreuses communautés s'engagent sincèrement à préserver et à partager leur patrimoine. La culture populaire, en tout cas, continuera d'évoluer et de perdurer. » Voici donc quelques suggestions de panygiri à ne pas rater cet été, afin de contribuer à faire vivre ces célébrations qui parviennent à rassembler au-delà des clivages.
Le Festival international de folklore de Leucade
C'est lors du mois d'août 1962 que les rues de cette île ionienne se sont pour la première fois remplis de danses et de musiques du monde. Plus de six décennies plus tard, cette fête reste l'une des plus anciennes et les plus respectées de Grèce. Conçu par Antonis Tzevelekis, alors président de l'Association des Leucadiens à Athènes, elle avait pour objectif d'établir sa terre natale comme un centre culturel, d'échanges artistiques et de vie intellectuelle.
Cette vision persiste aujourd'hui : l'édition de cette année réunit plus de dix ensembles folkloriques internationaux aux côtés de six groupes venus de Grèce. « Centrés sur la paix et la coexistence, ces groupes venant de tout les coins monde présentent leurs danses, chansons et traditions, mettant en avant leur identité culturelle authentique », déclare Xenofon Verginis, qui participe à l’organisation du spectacle. Leucade se prépare à accueillir plus de 300 danseurs, musiciens et artistes pendant la dernière semaine d'août, pour un moment de liesse populaire qu’il faut absolument observer en personne.
Le Festival Hyakinthia
« Un jour, j’ai réalisé qu’il y avait une étrange incohérence dans la tradition orthodoxe », se souvient le musicien et écrivain crétois Loudovikos ton Anogeion. « Il existait un saint patron pour l’artillerie, mais pas de saint patron de l’amour. Quand j’ai demandé autour de moi, on m’a répondu qu’il s’appelait Saint Jacinthe. C’est ainsi qu’a germé l’idée du Festival Hyakinthia. » Avec le soutien de l’architecte Stavros Vidalis, il fait donc construire une petite église sur les collines au-dessus d’Anogeia, dédiée à Saint Jacinthe. Conçue pour ressembler aux huttes en pierre des bergers, connues sous le nom de mitata, la chapelle est devenue le cœur des célébrations du festival. « La première année, en 1998, la file d’attente devant la chapelle s’étendait sur deux kilomètres et demi. Nous avons su à ce moment-là que l’objectif que nous nous étions fixés était atteint », se rappelle monsieur Anogeion.
La 28ème édition de Hyakinthia, intitulée « Anyfantou » (« Non tissé »), met en lumière la tradition tisserande du village. Le festival s'ouvrira sur l’œuvre d’Ermioni, 92 ans, l'une des dernières tisseuses traditionnelles d'Anogeia. « Peu importe si quelqu'un aime la tradition ou pas », affirme Loudovikos ton Anogeion. « La tradition est ce qui a résisté à l'épreuve du temps, et notre responsabilité est de la transmettre. C’est pourquoi, avec la réouverture de l'École de tissage et le lancement du Centre de tissage d'Anogeia, nous avons estimé que ce thème était très approprié pour le festival de cette année. »
Les Festival des Routes de Marpissa
En 2010, un groupe de bénévoles s'est lancé dans l’exploration de l'histoire de Paros, une île cycladique, et en sont tombés amoureux au point de lui dédier un panygiri. Leur objectif était de célébrer Marpissa (leur village de naissance), en le transformant un week-end par an en lieu de rencontre mettant en valeur l'art, la culture, et la communauté. « Les traditions locales et le patrimoine culturel façonnent notre organisation de cet évènement », expliquent les fondateurs. « Les entretiens avec les résidents plus âgés de la communauté nous aident à comprendre son identité, et à renforcer notre lien à la fois au lieu et à ses habitants. Lorsque le savoir est transmis, nous devenons plus conscients des valeurs que nous voulons préserver du passé et emporter dans le futur.”
Seize ans plus tard, le festival des Routes de Marpissa fait l’objet de plusieurs récompenses pour sa contribution au tourisme durable. En plaçant la culture au cœur de l’activité sociale et économique, cette fête est devenu l’un des moments forts de l’été grec. Le programme de cette année comprend des ateliers éducatifs pour les enfants en collaboration avec le Musée Herakleidon et la Fondation B. & M. Theocharakis pour les Beaux-Arts et la Musique, ainsi que des ateliers pratiques, des hommages musicaux et une grande célébration traditionnelle pour clore les festivités.
Le Festival Tsoula
Le Festival Tsoula est presque né par accident. « Nous étions en vacances à Astypalaia lorsque qu’on nous a offert une réplique de la tsoula, l’amulette protectrice endémique de l’île », se souvient la cofondatrice Valia Zambara. « Quelques mois plus tard, alors que nous discutions du nom et de l’identité visuelle du festival, nous avons réalisé qu'il devait devenir notre symbole. » « Ce qui nous séduisait, » ajoute son collègue Tasos Bibisidis, « c'était qu’il s’agissait d’un objet ancré dans le folklore mais qui répondait à un désir très contemporain de connexion. ».
En effet, derrière les têtes d'affiche et la bonne ambiance se cache une philosophie plus profonde : une mise à l’honneur d’un art de vivre local qui peut facilement être asphyxié par les réseaux sociaux, parangon de la socialisation à distance. « Comme l'année dernière, le festival s'ouvrira par une fête sur le port, précédée d'un atelier de danse traditionnelle, » expliquent les cofondateurs. « Il se terminera par la Journée des locaux, une série d'événements animés par les résidents de l'île. L'année dernière, de nombreux visiteurs ont demandé où ils pouvaient acheter un tsoula, ce qui a encouragé les Astypaliens à refabriquer ces amulettes traditionnelles. » Au-delà des danses et de la musique, comme le dit l'affiche du festival, il y a toujours « une tsoula pour veiller sur nous ».


















