De la Giralda à l’Alcázar, en passant par les azulejos, Séville conserve les empreintes d’un passé andalou-musulman qui structure encore son identité urbaine. Loin d’avoir effacé les traces de son histoire, la ville les a intégrées au fil des siècles. Cet héritage n’est pas figé : il fait partie du paysage, de l’architecture et de l’atmosphère de Séville. Une continuité historique qui explique pourquoi certains visiteurs ont parfois le sentiment de retrouver, au cœur de l’Andalousie, des échos du Maghreb.


Une ville construite sur plusieurs héritages
Dans la capitale andalouse, l’histoire se lit à chaque coin de rue. Les différentes civilisations qui ont marqué Séville ne se sont pas succédé en effaçant les précédentes : elles se sont superposées. Ce qui a donné par la suite naissance à une identité architecturale unique.
La Giralda en est l’un des exemples les plus emblématiques. Ancien minaret de la grande mosquée almohade construit au XIIᵉ siècle, elle domine aujourd’hui la cathédrale de Séville. Sa silhouette rappelle celle de la Koutoubia de Marrakech, avec laquelle elle partage une origine commune liée à la dynastie almohade. Transformée après la conquête chrétienne de 1248, elle illustre la capacité de la ville à réutiliser son patrimoine plutôt qu’à le faire disparaître.
Quelques rues plus loin, l’Alcázar prolonge ce dialogue entre les époques. D’abord palais musulman, il est ensuite transformé et enrichi par les souverains chrétiens, qui conservent une grande partie des codes esthétiques hérités d’Al-Andalus.
Cet héritage dépasse largement les monuments les plus connus. Les ruelles étroites du centre historique, pensées pour préserver la fraîcheur en période de fortes chaleurs, les patios organisés autour de l’eau et de la végétation, ou encore les azulejos qui décorent façades et cours intérieures témoignent d’une manière de construire profondément marquée par plusieurs siècles d’influence musulmane.

Les azulejos et leur similitude avec le zellige marocain
Impossible de parcourir Séville sans remarquer les azulejos qui habillent les façades, monuments et les patios de la ville.
Emblématiques de l’architecture andalouse, ces carreaux de céramique trouvent leurs racines dans l’art développé durant la période d’Al-Andalus.
Contrairement à une idée répandue, leur nom ne vient pas du mot espagnol azul (bleu), mais de l’arabe al-zulayj, à l’origine du terme zellige utilisé au Maroc. Un lien linguistique qui reflète une histoire commune entre les deux rives de la Méditerranée.
Introduites dans la péninsule Ibérique à partir du VIIIᵉ siècle, ces techniques décoratives se développent dans des villes comme Séville, Cordoue ou Grenade. Les artisans privilégient alors les motifs géométriques, les arabesques et les compositions colorées, caractéristiques de l’art islamique médiéval.
Après la Reconquista, cet héritage ne disparaît pas. Les souverains chrétiens continuent à les développer, avant que les styles Renaissance puis baroque ne viennent progressivement les enrichir.
Si les azulejos espagnols et le zellige marocain ne sont pas identiques, ils partagent une origine artistique commune. Le premier étant souvent un carreau peint ou émaillé tandis que le second une mosaïque composée de petites pièces taillées à la main. Un héritage qui explique pourquoi, en levant les yeux dans les rues de Séville, certains visiteurs perçoivent un peu du Maghreb.

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