Du 6 février au 3 mai 2026, le musée Carmen-Thyssen de Málaga propose une plongée dans l’univers de Mariano Fortuny. Réalisée en collaboration avec le musée Goya de Castres, l’exposition réunit 30 œuvres prêtées pour l’occasion. Joëlle Arches est la directrice du musée Goya et conservatrice du patrimoine.


LePetitJournal.com : Parlez-nous de ce cette exposition, de cet artiste incroyable ?
Joëlle Arches : L'exposition est une présentation d'œuvres graphiques de Mariano Fortuny, un artiste espagnol génial, dont on a la chance, au musée Goya de Castres, de posséder un fond de plus de 80 pièces. Le musée Goya de Castres dispose en effet de l'une des plus importantes collections d'œuvres graphiques de Fortuny, composée de plus de 80 dessins et gravures, fruit du généreux don d'Henriette Fortuny, belle-fille de l'artiste, en 1950, ainsi que d'achats ultérieurs effectués par le musée.
Nous mettons régulièrement à l'honneur ce grand artiste de l'école espagnole du XIXe siècle à travers des expositions temporaires. La plus récente, « Visions d'Orient », en 2025, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort, était consacrée à ses œuvres de jeunesse, notamment celles réalisées lors de son séjour au Maroc, entre 1860 et 1862, et à la forte empreinte que ce voyage a laissée sur l'ensemble de sa production
Ici, au musée Carmen Thyssen de Malaga, une sélection de 30 pièces a été réalisée par Francesc Quílez, commissaire de l’exposition et conservateur au Musée national d’art de Catalogne. L'idée, c'est de montrer tout le génie de Fortuny autour du dessin et de sa capacité à représenter à la fois les anatomies, les paysages, les scènes de guerre... le tout dans une lecture très intime de la réalité

Hombre vestido con un trapo, c. 1869
Acuarela sobre papel, 328 × 232 mm
Musée Goya, Castres, inv. 50-6-50
©Ville de Castres-Musée Goya – B. Nicaise
Comment s'est faite cette sélection de dessins ?
Assez simplement en fait, en regardant, en observant les œuvres avec attention. Francesc Quílez est venu à Castres, et il a essayé de créer des ensembles en choisissant le meilleur de Fortuny.
Le problème, c’est qu’en réalité, tout est beau chez lui. aussi, cela n’a pas été chose aisée de faire des choix
Je crois qu'il a réussi à retenir les dessins les plus intéressants. Les aquarelles, bien sûr, et également quelques gravures.
En regardant justement, on aperçoit énormément de détails. Ce sont des œuvres qui demandent une certaine attention.
Exactement ! 30 œuvres, ça permet quand même de passer du temps sur chacune d'entre elles. Et chez Fortuny, c'est le goût du détail, c'est le raffinement poussé à l'extrême. Ce ne sont pas des esquisses, ce sont de vrais travaux préparatoires, souvent en vue de grandes peintures, dans la recherche de l'absolue perfection.
Je lui trouve d’ailleurs un raffinement plutôt inégalé chez les artistes.
Un raffinement qu'il doit en partie à sa formation à Rome ?
Tout à fait. D'abord, c'est un très bon dessinateur à la base. Il commence à l'École des Beaux-Arts de Barcelone, et obtient ensuite une bourse pour Rome. Là-bas, il se forme dans des ateliers d'artistes espagnols regroupés sur place. À ce moment-là, c’est une formation très classique, et ensuite, il s'exerce en extérieur et couvre la guerre d'Afrique. Il travaille à partir de son carnet, et ça se voit dans l’exposition : les œuvres sont de petits formats, issues de carnets de croquis, d’images pris sur le vif.
Parmi ces œuvres, y’en a-t-il une plus emblématique que les autres ?
Toutes ces œuvres sont à voir. Moi, j'ai un goût très particulier pour deux aquarelles de jeunesse. Il faut replacer dans le contexte, il a 21 ans, il n'a alors quasiment pas quitté sa Catalogne natale, mais il se retrouve au Maroc.
Dans une culture complètement différente de la sienne, il est fasciné par ce qu'il voit, la culture, la lumière de l'Orient. Fortuny, on peut le rattacher au romantisme bien sûr, mais aussi à l'orientalisme.
Et donc, j'aime son « Campement arabe » et sa « Rue commerçante au Maroc », où on retrouve cette lumière marocaine qu'il a su capter.

Campamento árabe, c. 1862
Acuarela y lápiz grafito sobre papel, 127 × 180 mm
Musée Goya, Castres, inv. 50-6-52
©Ville de Castres-Musée Goya – B. Nicaise
Comment est née cette collaboration avec le musée Thyssen de Malaga ?
Le musée Thyssen nous a contacté, et nous a exprimé sa volonté d'emprunter certaines œuvres de notre fond. Le projet m'a semblé tout de suite pertinent parce qu'ici, à Malaga, il y a déjà deux peintures de Fortuny. Et à partir de là, on a travaillé entre musées, c'est-à-dire dans des conditions de prêts, de conservation, d'expositions classiques... et quand je vois le résultat, je suis très fière.
Et donc, cette collaboration est à double sens, c'est cela ?
Bien sûr. On prépare, nous aussi, une exposition pour l'été : « Lumière d'Espagne ». Et on a besoin d'œuvres du XIXe siècle. Et donc, le musée Thyssen, avec un fond aussi riche que le sien, va pouvoir nous prêter quatre œuvres de Beruete, de Sorolla, de Muñoz Degrain et le dernier m’échappe, pardon... il faudra venir pour le savoir !
Cette exposition, prêtée par le Musée Goya de Castres, visible jusqu’au 3 mai 2026, examine en détail les œuvres de dessinateur du peintre Mariano Fortuny y Marsal (1838-1874), reconnu comme l'artiste espagnol le plus international du XIXe siècle.
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