Alors que l’Espagne du XIXᵉ siècle traverse une période marquée par la répression et les tensions politiques, certaines personnalités s’imposent comme des figures révolutionnaires. Parmi elles, Mariana Pineda demeure l’une des plus célèbres. Son engagement en faveur des libertés individuelles et constitutionnelles lui coûtera la vie, mais fera d’elle une héroïne de l’histoire andalouse.


Mariana Pineda, une vie sous le signe de la liberté
Née à Grenade le 1er septembre 1804, Mariana Pineda grandit dans une famille marquée par les drames et les conflits. Son père, capitaine de marine et chevalier de l’ordre de Calatrava, appartient à une famille aisée, tandis que sa mère est issue d’un milieu plus modeste. Après l’emprisonnement de cette dernière, Mariana est élevée par son père avant de passer de tutelle en tutelle après sa mort. C’est au sein de son dernier foyer qu’elle découvre un environnement influencé par les idées libérales. À seulement quinze ans, elle épouse Manuel Peralta y Valle, avec qui elle aura deux enfants. Devenue veuve en 1822, elle vit alors en pleine période du Triennat libéral (1820-1823), lorsque le roi Ferdinand VII est contraint de restaurer la Constitution et d’abolir l’Inquisition.
Influencée par les convictions politiques de son mari, Mariana commence à accueillir chez elle des opposants libéraux persécutés par le pouvoir. Lorsque Ferdinand VII rétablit ensuite l’absolutisme durant la Décennie inquiétante (1823-1833), la répression s’intensifie et Mariana poursuit clandestinement son soutien aux militants libéraux recherchés. Durant cette période, elle rencontre le militaire libéral Casimiro Brodett y Carbone, qu’elle projette d’épouser. Leur union ne verra jamais le jour en raison des poursuites politiques visant le jeune officier. En 1828, Mariana revient à Grenade après un temps d’éloignement afin d’aider son cousin Fernando Álvarez de Sotomayor Ramírez, général d’artillerie condamné à mort, à s’évader de prison.
Le drapeau qui lui coûta la vie
Au début des années 1830, le climat révolutionnaire gagne une partie de l’Espagne et inquiète fortement les autorités absolutistes. Soupçonnée d’entretenir des liens avec les libéraux réfugiés à Gibraltar, Mariana Pineda est placée sous surveillance à son domicile du 19 Calle del Águila, à Grenade.

Vmsantamaria- Wikimedia Commons
En 1831, une dénonciation conduit la police à découvrir chez elle un drapeau de taffetas violet brodé des mots : «Égalité, Liberté, Loi». Pour les autorités, cette bannière constitue la preuve de son implication dans une conspiration libérale.
Assignée à résidence, Mariana tente d’échapper à la police mais son projet est rapidement découvert.
Elle est alors emprisonnée dans le couvent des Recogidas de Santa María Egipcíaca, réservé aux « femmes de mauvaise vie ». Accusée de rébellion contre le roi et l’ordre établi, elle reçoit une proposition des autorités : dénoncer ses compagnons pour sauver sa vie. Mariana refuse catégoriquement
Jamais un mot indiscret ne sortira de mes lèvres
Le 26 mai 1831, elle est exécutée par garrot sur l’actuelle Plaza de la Libertad, à Grenade. Selon les récits de l’époque, la pluie commença à tomber au moment où le bourreau lui posa le collier de fer fatal.
Mariana Pineda, une martyre devenue symbole
Après sa mort, Mariana Pineda devient rapidement une figure emblématique de la lutte pour les libertés en Espagne. Elle s’impose comme l’une des rares figures féminines présentes dans le panthéon espagnol des martyrs de la liberté.

Son histoire inspire de nombreuses œuvres littéraires et artistiques, notamment la célèbre pièce Mariana Pineda de Federico García Lorca, écrite à partir d’un roman populaire retraçant sa vie. Aujourd’hui encore, son souvenir demeure très présent à Grenade.
Depuis 2010, un buste à son effigie est installé au Parlement européen.
Son ancienne résidence de la Calle del Águila abrite désormais le Centre Européen des Femmes « Mariana Pineda ». Elle repose dans la crypte de la cathédrale de Grenade sous une pierre tombale volontairement sobre.
Chaque année, le 26 mai, Grenade organise une cérémonie commémorative devant la statue de Mariana Pineda, sur la place du centre-ville qui porte aujourd’hui son nom. Habitants, représentants institutionnels et associations se réunissent pour rendre hommage à celle qui est devenue l’un des plus puissants symboles andalous de la liberté et de la résistance politique. Cette année marquera le 195ᵉ anniversaire de son exécution.
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