Pendant trois semaines, le désert de Tabernas, dans la province d'Almería, est devenu un morceau de Mars. L'Agence spatiale européenne (ESA), Airbus et leurs partenaires y ont testé Charlie, un prototype à six roues qui reproduit le comportement du futur rover Rosalind Franklin, chargé de forer le sol martien à la recherche de traces de vie. La campagne s'est conclue le jeudi 1er octobre sur un bilan jugé très positif.


Pourquoi le désert de Tabernas ressemble à Mars
Le désert de Tabernas n'en est pas à son premier rôle d'exception. Le Coto de las Lomillas, sur la commune de Gádor, a servi de décor à la célèbre poursuite de chars d'« Indiana Jones et la dernière croisade » de Steven Spielberg. Il troque aujourd'hui la magie du cinéma contre la course spatiale européenne.
Ce paysage de ravins et de terrains argileux est considéré par les experts comme l'un des environnements terrestres les plus proches d'Oxia Planum, la région de Mars où doit se poser le rover. Les géologues y voient un analogue martien par ses argiles et ses carbonates. L'Agence Spatiale Européenne (ESA) avait déjà utilisé Charlie à Tabernas lors de la campagne ExoFiT de 2018.
Charlie, le prototype du rover Rosalind Franklin
Charlie n'ira pas sur Mars : c'est un banc d'essai terrestre. Ce robot de six roues autonomes, d'environ 200 kilos, réplique la mobilité et le comportement du rover de vol européen. Il avance à un centimètre par seconde, un « explorateur très lent », plaisante l'ingénieur en chef de l'ESA Benoît Pouffary : moins il bouge, plus il peut recueillir d'informations.
Quinze personnes ont été déployées sur le terrain pour cette campagne. Charlie embarque des instruments représentatifs, des caméras en haut du mât pour cartographier en 3D jusqu'au système CLUPI, placé sous le châssis. Plateforme d'ingénierie conçue pour pousser ses limites, il s'use vite : l'équipe sur place assure entretien et réparations au quotidien.
Piloter un rover à 200 millions de kilomètres : le défi de l'autonomie
Sur Mars, impossible de conduire le rover comme une voiture télécommandée. À cause de la vitesse de la lumière, les ordres mettront environ vingt minutes à arriver. La mission s'appuiera sur l'orbiteur européen TGO (Trace Gas Orbiter), qui servira de relais entre Mars et les stations terrestres.
À Tabernas, l'équipe a appliqué le même protocole strict. Chaque matin, le centre de contrôle de Turin conçoit un plan d'activités et l'envoie à Almería. Les techniciens sur place se contentent de le charger dans Charlie, qui se déplace et opère seul. En fin de journée, images et données repartent vers l'Italie pour préparer le lendemain.
La journée de travail, appelée « Sol », se limite à une fenêtre utile de quatre à cinq heures : alimenté par panneaux solaires, le rover a besoin d'un temps pour allumer ses systèmes et d'un autre pour s'éteindre avant la nuit. Après neuf jours de simulations enchaînées sans panne grave, Vincent Schaeffer, chef de l'équipe d'essais d'Airbus, résume : les plans envoyés depuis Turin sont « parfaits ». Le plus long trajet effectué a été de 70 mètres.
ExoMars : forer deux mètres sous la surface pour trouver des traces de vie
L'objectif d'ExoMars Rosalind Franklin est de déterminer si la vie a existé, ou existe, sur Mars. Le rover sera le premier à forer jusqu'à deux mètres de profondeur. Les missions précédentes se sont limitées aux premiers centimètres du sol, exposés au rayonnement cosmique et aux perchlorates qui détruisent la matière organique. Plus bas, les couches sont protégées : elles offrent, selon l'ESA, la meilleure chance de découvrir des traces de vie à l'échelle moléculaire.
Les échantillons seront analysés directement par les instruments du rover. Une découverte, souligne Benoît Pouffary, changerait notre façon de voir l'univers. La géologue du projet Susanne Schwenzer va plus loin : la vie martienne aurait-elle un lien avec celle apparue sur Terre ?
Calendrier d'ExoMars : lancement en 2028, arrivée en 2030
Lancement prévu en 2028, arrivée sur Mars vers 2030. Prévue à l'origine pour 2022 avec un lanceur et un atterrisseur russes, la mission a été bouleversée par l'invasion de l'Ukraine, qui a rompu la coopération entre l'ESA et Roscosmos. En mai 2024, un accord avec la NASA a pris le relais : les États-Unis fournissent le lanceur Falcon Heavy, des éléments de propulsion pour la descente et les unités de chauffage radioactives indispensables à la survie du rover dans le froid martien.
Charlie a déjà opéré au Royaume-Uni et en Espagne. De nouveaux essais « un peu plus difficiles » sont annoncés l'an prochain, dans un lieu encore inconnu.
Ces essais ne prouvent rien sur la vie martienne : ils sont avant tout un entraînement d'ingénierie. Mais en préparant les équipes à piloter un rover autonome à distance, Tabernas pèse sur la réussite d'une mission majeure de l'ESA. Avant que l'humanité n'imprime ses traces dans la poussière rouge, les premiers pas auront été faits sur un terrain andalou.
— Radio Intereconomía (@rintereconomia) October 2, 2026
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