

Le Cambodge tire 34% de ses ressources de l'agriculture. Le Dr. Yang Saing Koma, 46 ans, est le Président du Centre d'Etude et de Développement Agricole Cambodgien (CEDAC). Il est également l'un des lauréats 2012 de l'équivalent asiatique du Prix Nobel de la Paix, le Ramon Magsaysay Award, pour avoir ''mis la science au service de l'agriculture cambodgienne''. La cérémonie aura lieu le 31 août aux Philippines.
Le CEDAC a été développé en 1997 à l'initiative de la France. Fraîchement diplômé de l'Université de Leipzig depuis 1995, Yang Saing Koma y a contribué dès sa création. Ces 15 dernières années, le CEDAC a aidé plus de 140 000 agriculteurs cambodgiens à changer leur système de production et leurs pratiques. Le Dr. Koma se rend toutes les semaines sur le terrain pour rencontrer les agriculteurs que le CEDAC aide et observer les nouveaux défis auxquels ils sont confrontés. C'est de cette manière qu'il a acquis cette expérience aujourd'hui récompensée, même si, selon lui, ''recevoir ce prix ne change rien''.
Le changement climatique au Cambodge a-t-il un impact sur vos projets ?
Le changement ne vient pas du climat mais des agriculteurs eux-mêmes. Le changement climatique n'a pas d'effet particulier sur nos projets. Certes, on observe des sécheresses ou des inondations auxquelles nous ne sommes pas très habitués. Mais la nature même de notre activité est de montrer aux agriculteurs le besoin de s'adapter et de se démarquer en étant plus réactifs et efficaces. Je suis honnêtement persuadé qu'il y a largement assez d'eau au Cambodge pour pouvoir cultiver du riz et qu'il s'agit simplement d'opter pour une attitude plus prudente face aux ressources disponibles. Cela passe par l'anticipation et une gestion réelle des besoins.
Quelle est votre plus grande fierté concernant le CEDAC ?
Le CEDAC est à l'origine du développement d'un système d'intensification de la culture du riz (System of Rice Intensification, SRI) émanant du Père Henri de Laulanié dans les années 1980. C'est nous qui avons fait en sorte que la production de riz augmente au Cambodge grâce à ce système, ce qui nous a valu le soutien du Ministère de l'Agriculture, qui a décidé d'en faire un standard pour la riziculture au Cambodge. Nous avons rendu cette technique accessible à beaucoup de riziculteurs car en augmentant leur production, nous avons également observé que cela leur donnait confiance en ce qu'ils faisaient et qu'ils commençaient à monter leurs propres affaires.
Aujourd'hui, la plupart d'entre eux ont une vision à long terme et c'est peut-être cela dont je suis le plus fier. Le CEDAC ne développe pas seulement leur agriculture mais également leur esprit, qui devient plus entrepreneurial.
Quels sont vos projets pour le CEDAC ?
Quand les agriculteurs se sont sentis assez confiants pour entrer le marché, nous leur avons demandé de coopérer plutôt que d'essayer d'avoir le monopole. La tendance de la nature humaine étant de dominer, ce n'était pas chose aisée. Mais cela s'est révélé fructueux. Aujourd'hui je voudrais voir une coopérative de riz se déployer dans le pays pour permettre aux riziculteurs de s'autogérer. Nous prévoyons également d'exporter le riz bio de nos riziculteurs au Etats-Unis et en Europe. Nous obéissons déjà à leurs standards.
Depuis 2010, nous avons également développé un projet en coopération avec une ONG régionale afin de soutenir les apiculteurs du pays. Cela ne concerne qu'entre 200 et 300 familles mais il s'agit aussi de protégé la forêt qui les entoure pour en permettre la production. Depuis quelques années au Cambodge, le miel sauvage a une mauvaise image en raison du ''faux'' qui se vendait sur le marché. Nous voudrions exporter ce miel au Japon et au Vietnam et contribuer à redorer son image.
Le CEDAC a ouvert 10 boutiques à Phnom Penh dans lesquelles il est possible de trouver des produits de leurs agriculteurs.
Clothilde Le Coz (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) mercredi 29 août 2012




































