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INTERVIEW - L'association les Jeudis fête les 10 ans de ses afterworks

Par Lepetitjournal Zurich | Publié le 20/01/2017 à 14:00 | Mis à jour le 25/01/2017 à 04:10

L'association les Jeudis s'apprête à fêter les 10 ans de ses "afterworks" qui réunissent une fois par mois une partie de la communauté francophone de Zurich. L'occasion de partir à la rencontre de deux de ses membres, Claire et Jérôme, pour en apprendre plus sur l'association et ses activités.

Claire, présidente des Jeudis, et Jérôme, secrétaire de l'association (Jean-Baptiste Chatain)

Lepetitjournal.com Zurich : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Claire : Je m'appelle Claire et je suis présidente des Jeudis. Je suis française et suis arrivée à Zurich il y a 11 ans après avoir été embauchée par une entreprise d'audit. La ville m'a beaucoup plu et je suis donc restée. Je suis contrôleuse de gestion le jour? et je m'occupe des Jeudis le soir !

Jérôme : Moi c'est Jérôme, secrétaire de l'association. Je viens de France mais j'ai aussi la nationalité suisse par ma mère. J'habite depuis 16 ans à Zurich et je me considère toujours après tout ce temps comme un expat ! Je suis venu ici pour travailler dans l'informatique. J'ai rejoint les Jeudis assez rapidement car j'étais déjà actif dans l'association précédente qui fonctionnait un peu sur le même modèle.

LPJZ : Comment est née l'association les Jeudis ?

J : Avant les Jeudis, il y avait donc une structure préexistante, "la Liste", qui fonctionnait via une mailing liste. Elle regroupait des francophones, principalement des Romands, qui habitaient à Zurich. Et quand les deux personnes qui s'en occupaient n'ont plus eu suffisamment de temps pour continuer, une des participantes aux rencontres organisées a décidé de reprendre le concept en fondant les Jeudis, avec un premier afterwork qui a eu lieu en octobre 2006. C'est devenu assez rapidement, par l'intermédiaire de cette mailing liste et du bouche-à-oreille, quelque chose qui s'est vite institutionnalisé dans le monde de la francophonie zurichoise.

LPJZ : Quels sont les objectifs de l'association ?

C : Les objectifs sont principalement de se réunir entre francophones et faire découvrir Zurich, la ville, ses communautés, ses quartiers et donner aux gens l'envie de sortir et de retourner dans les endroits que nous leur faisons découvrir. En fait, on cherche à créer une sorte de pont culturel entre les francophones, les Zurichois et la ville. Nous essayons aussi d'intégrer les nouveaux arrivants à Zurich, en orientant ceux qui se tournent vers nous avec leurs questions.

LPJZ : L'association est particulièrement connue pour ses afterworks, les Jeudis francophones?

C : On est effectivement connus pour nos afterworks. Nous organisons un par mois, le dernier jeudi du mois, toujours dans un bar différent, en essayant de faire le tour des quartiers de la ville. Mais on a aussi d'autres activités, comme des visites d'entreprises, des visites culturelles au musée, des soirées mamans, des soirées filles, des ateliers de coaching. On a vraiment essayé de diversifier l'offre pour ne pas se limiter aux afterworks et pouvoir toucher un public plus large. Que chacun puisse y trouver son compte. Il y a des gens qui veulent juste venir boire un verre après le travail, et qui sont donc contents de venir aux afterworks. Et d'autres que ça n'intéresse pas et qui préfèreront aller faire une visite dans un musée. On essaye d'avoir un public assez varié et de faire découvrir la ville sous tous ses aspects.

J : A Zurich l'afterwork est quelque chose d'assez populaire et courant, en particulier le jeudi soir, c'est un des jours où les Zurichois sortent avec leurs collègues de bureau. Donc ce thème des afterworks et le jour choisi pour les organiser, jour qui a donné son nom à l'association, se prêtent assez bien à la ville. Et c'est pour ça que les Jeudis francophones ont bien marché. Car en termes d'activités, les afterwork correspondent à ce qui se fait à Zurich. De ce point de vue là on reste dans quelque chose que les gens connaissent. C'est un phénomène qui fonctionne beaucoup sur le bouche-à-oreille au niveau des entreprises. La plupart des personnes qui viennent aux Jeudis francophones sont en effet des jeunes actifs qui se retrouvent là le soir après le travail. Ils viennent souvent d'entreprises qui ont un noyau de francophones assez important. Ça peut être des grands groupes suisses, comme les banques UBS ou Crédit Suisse, ou des entreprises françaises comme Alstom. "Je vais ce soir aux jeudis, est-ce que tu viens ?" : c'est un peu comme ça que ça a grandi.

LPJZ : Combien l'association compte-t-elle de membres ?

C : 5.000 personnes sont inscrites sur le site et environ 1.000 ouvrent la newsletter tous les mois.

J : Pour préciser, notre structure associative comprend une dizaine de personnes. Et à côté nous avons notre plateforme internet qui regroupe ce qu'on peut appeler les "membres des jeudis", mais qui ne sont pas membres de l'association à proprement parler. Donc nous avons une plateforme avec 5.000 inscrits, et une association de 10 membres.

LPJZ : Quel serait le portrait type du membre de la communauté ?

C : Ce serait un ou une trentenaire, arrivé(e) à Zurich il y a un an ou deux. La majorité sont Français mais il y a aussi des Romands. Certains Français viennent seuls, d'autres s'expatrient en famille, l'épouse suivant le mari ou l'inverse. Il y a également des Romands qui ont fait leurs études en Suisse romande et qui viennent travailler à Zurich. En général ils restent une année ou deux puis ils repartent. C'est assez rare de voir les Romands rester longtemps. Pour les Français nous avons les deux cas : soit des gens qui s'installent vraiment à Zurich, soit des gens qui repartent au bout de deux ou trois ans en France ou dans un autre pays dans le cadre de leur travail.

J : Il y a environ 75% de Français, 15% de Romands et le reste venant d'autres pays francophones ou francophiles.

C : Des Canadiens, des Belges, et même des Allemands ou Suisses-allemands qui viennent parce qu'ils aiment bien parler français.

LPJZ : Les Jeudis, association francophone donc, plus qu'association française ?

J : On a de très bonnes relations avec les associations françaises de Zurich et également avec le Consulat de France. Mais on aimerait éviter qu'on nous voie comme une association française, car on veut rester une association francophone et indépendante. C'est vrai qu'on a un public majoritairement français, peut-être parce qu'on s'est plus orientés vers les expatriés, mais ce n'est pas le but. On veut être une porte d'entrée pour tous les francophones sur Zurich.

C : Certaines personnes nous appellent à tort les "Jeudis français", j'ai beaucoup entendu ça. On est vraiment francophones, et pas un groupe de Français qui se retrouvent.

J : Nous ne sommes pas là non plus pour faire la promotion de la France ou de la culture française à Zurich. C'est tout l'inverse, on fait la promotion de la ville et de sa culture auprès des Français et des Romands.

LPJZ : Vous m'avez confié qu'il y a une autre image qu'on vous attribue, celle d'une association exclusivement destinée aux banquiers et aux assureurs.

C : Oui, c'est une image qui nous colle à la peau. Mais quand on discute avec les personnes présentes aux afterworks, on se rend compte qu'elles viennent d'univers très différents. Certains sont enseignants, au Lycée Français par exemple, d'autres travaillent dans l'industrie, dans la recherche ou dans l'informatique. Evidemment il y a une population de banquiers et d'assureurs, et ça fait partie de  la ville, c'est Zurich. Tout dépend aussi du lieu choisi pour l'afterwork. Dans un bar près de Paradeplatz, on verra beaucoup de personnes sortant du travail en costume-cravate, près de la Langstrasse ce sera différent. Mais quand on regarde les profils des personnes inscrites chez nous, on a vraiment tous les univers qui sont représentés.

J : Le concept d'afterwork colle aussi beaucoup à une population de jeunes actifs dynamiques. Et à Zurich, la communauté qui tire tout ça c'est celle de la finance. Des afterworks dans le monde de l'informatique ça n'existe pas par exemple. Les banquiers sont plus extravertis et ils vont sortir pour rencontrer des gens. Ça fait partie de la sociologie de la ville.

LPJZ : Parlons d'actualité. Les Jeudis s'apprêtent à fêter les 10 ans des afterworks. Qu'avez-vous prévu à cette occasion ?

C : Nous organisons le 3 février une soirée à la Papiersaal, un club situé à Sihlcity. Ce sera un vendredi soir pour changer ! En fait on voudrait que la soirée se poursuive assez loin dans la nuit. Il y aura un DJ francophone qui passera de la musique francophone de 10h00 jusqu'à 3h00 ou 4h00 du matin. L'objectif c'est de célébrer les 10 ans des afterworks. Le premier a eu lieu en octobre 2006 mais nous n'avons pas pu faire cet anniversaire en octobre 2016, nous l'avons donc décalé de quelques mois.

J : Nous avons prévu quelques évènements, le plus gros d'entre eux étant effectivement cette soirée. Pour à la fois revenir sur ce qu'on a fait depuis 10 ans, car dans le monde actuel c'est assez impressionnant de tenir si longtemps sur une activité sans interruption, et aussi pour nous donner l'envie et la motivation de poursuivre ces prochaines années. C'est aussi comme ça que ça marche.

C : On sera très heureux de voir, on l'espère, des personnes qui étaient là au tout début. Ça nous ferait vraiment plaisir. De voir pendant cette soirée le mélange de ceux qui étaient présents il y a 10 ans, ceux qui sont arrivés entre temps et des nouveaux, de toutes ces personnes qui nous ont suivis et qui nous suivent encore.  

J : Voir ce qu'ils sont devenus, ce que Zurich, la Suisse ou éventuellement les Jeudis leurs ont apporté.

LPJZ : Quel sera le thème de la soirée ?

C : Le voyage. Le voyage dans le temps, sur ces 10 dernières années. Le voyage dans l'espace, entre la Suisse, la Suisse romande et la France. Et aussi le voyage au bout de la nuit ! Avec cette soirée qui commencera le 3 février et qui se terminera le 4 et où on jouera bien entendu la chanson "Voyage, voyage" !

Soirée 10 ans des Jeudis

La soirée aura lieu le 3 février à partir de 22h00 au Papiersaal, à Sihlcity.

Ambiance musicale assurée par Salut Les Copains.

Prix : 20 CHF en prévente sur le site des Jeudis ; 25 CHF sur place


LPJZ : Faire partie des Jeudis, c'est être au c?ur de la communauté francophone de Zurich. Comment cette communauté a-t-elle évolué ces 10 dernières années ?

J : C'est une communauté qui a subi plusieurs transformations. Il y a eu en 2008-2009, après la crise bancaire, pas mal de changements en Suisse et à Zurich qui ont forcément impacté les francophones. Pour parler de la communauté française, on s'est aperçu qu'après ces années-là, il y avait plus de familles et moins de jeunes actifs qui venaient à Zurich. On l'a ressenti car cela correspond un peu moins à la sociologie de nos inscrits, et il y avait moins de monde aux afterworks. Mais depuis quelques temps c'est de nouveau un retour aux expatriations de jeunes actifs. Peut-être notamment parce que la situation actuelle économique et sociale en France n'est pas fabuleuse et aussi parce que les Français savent s'expatrier de plus en plus. En tout cas, la communauté française augmente de nouveau et est assez dynamique à Zurich. En ce qui concerne la communauté romande, elle est assez stable et ne connaît pas de gros changements.

LPJZ : Et en ce qui concerne Zurich, la ville a-t-elle changé ?

J : J'ai l'habitude de dire que rien ne change radicalement d'une année sur l'autre à Zurich. Quand on connait les évènements ou les endroits où il faut être à telle ou telle saison, l'année suivante on sait qu'on les retrouvera tels quels.  C'est à la fois une bonne chose, de pouvoir vraiment connaître la ville et savoir où aller, mais ça manque parfois un petit peu de remise en question. Une certaine routine peut se mettre en place.

C : Ça a aussi un côté rassurant. Quand on est expatrié, il faut du temps à Zurich pour comprendre le mode de vie local et la façon dont la ville fonctionne. Il faut quelques années déjà pour s'intégrer et à partir de ce moment on est content de pouvoir retrouver ces évènements qui reviennent régulièrement. On peut se dire qu'après avoir fait tous ces efforts, on a enfin trouvé nos marques et qu'on peut en profiter. Ça donne aussi l'impression de se sentir chez soi. Ça concerne surtout les personnes qui restent assez longtemps. Et avec l'expérience acquise, ça nous donne la possibilité d'aider les autres. Ça a un côté très positif dans ce sens-là. C'est vrai aussi que Zurich manque parfois d'un aspect plus fou ou créatif pour les Français qui sont peut-être un peu plus délurés. Mais de temps en temps on retrouve ce grain de folie, par exemple pendant la Street Parade, où on voit la ville sans dessus dessous. Ces moments assez uniques et qui reviennent tous les ans, on sait que l'été prochain on pourra les revivre, et on a le temps de s'y préparer et de s'en réjouir.  

LPJZ : Après 10 ans d'afterworks et des dizaines de bars visités, pensez-vous avoir fait le tour de la ville ?

C : Il y a toujours quelque chose à découvrir à Zurich. Les bars changement beaucoup. Certains ne restent que quelques années avant d'être repris et changer de concept. Ça nous permet à nous de renouveler notre offre. Par exemple, il y a quelques années il y avait un restaurant japonais à la place du Moudi. On pourra toujours trouver un nouvel endroit à faire découvrir.

J : Oui, il y a 10 ans, la Papiersaal n'existait pas. En fait on n'a pas vu toute la ville et on ne peut pas non plus organiser des évènements dans tous les quartiers, notamment ceux qui sont trop excentrés. Nous sommes obligés de rester dans les quartiers qui bougent vraiment, c'est-à-dire le centre-ville, la City, le Kreis 1, les bords du lac ou Zurich West. Mais on ne peut pas vraiment aller dans les endroits périphériques parce que les gens ne viennent pas.

LPJZ : Et pour finir, quel est votre coup de c?ur à Zurich ?

C : Les badi l'été !

J : Les trois semaines d'été oui ! Tu apprécies ou tu subis les 10 mois d'hiver pour les trois semaines d'été. Plus sérieusement ce qui est très intéressant ici c'est le lac en été et les montagnes en hiver. On n'est pas obligé de partir en vacances au bord de la mer pour passer un bel été.

C : C'est là qu'on se sent vraiment privilégié. On sort du boulot, il fait beau, il fait chaud et on peut se baigner dans un lac qui est incroyablement propre, avec une vue magnifique sur les montagnes.

Les Jeudis : site web.

Propos recueillis par Jean-Baptise CHATAIN (www.lepetitjournal.com/zurich) vendredi 21 janvier 2017.
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