

Zao Wou-ki est à l'honneur à Hong Kong cet automne. La galerie Feast Projects d'Ap Lei Chau lui consacre une exposition d'aquarelles réalisées ces dernières années et une conférence sur la constitution du "catalogue raisonné" de l'artiste s'est tenue à l'Asia Society le 20 novembre avec Yann Hendgen, le Directeur de la fondation Zao Wou-Ki et Melissa Walt qui collabore en ce moment à une exposition des ?uvres de l'artiste aux Etats-Unis.
Mais qui est Zao Wou-Ki ?
Selon Claude Roy : " ? un grand peintre qui poursuit dans son ?uvre une dizaine au moins de grands siècles de l'art chinois et qui est un des meilleurs peintres modernes de l'Occident".
De la Chine à Paris
Né en 1920 à Pékin dans une famille d'intellectuels, Zao Wou-ki descend de la Dynastie Song, souverains du Nord de la Chine entre 960 et 1279. Il occupe une place particulière parmi les artistes contemporains de par sa double culture occidentale et chinoise. En Chine, il reçoit une formation traditionnelle de peinture à l'Académie des Beaux-Arts d'Hangzhou mais en 1947, il doit, avec sa femme Lan Lan, quitter son pays en proie à la guerre civile. Son père banquier se suicidera pendant la révolution culturelle. Il choisit de s'installer à Paris, alors grande capitale des Arts qui accueille les exilés - Soutine, Giacometti, Miro, Picasso, etc. - et qui le fascine ... pour l'anecdote, son oncle lui rapportait de ses voyages à Paris des reproductions de peintures occidentales.
La rupture de style
Arrivé à Montparnasse et voisin de Giacometti, l'artiste tiraillé par son passé devient un "artiste de synthèse" mariant deux traditions picturales, celle de sa terre natale et celle de son pays d'adoption. Mais sur les conseils de ses amis Henri Michaux et Paul Klee, Zao Wou-Ki se détourne en 1954 de l'art figuratif : "Vent" que l'on peut admirer au Centre Pompidou marque alors le tournant de son ?uvre.
En 1957, il entreprend un tour du monde pour se guérir de sa rupture avec sa première épouse Lan Lan et il séjourne 6 mois à Hong Kong où il rencontre celle qui deviendra sa deuxième épouse, May.
L'ascension
Dans les années 60, il rencontre Malraux alors Ministre des affaires culturelles. Ils deviennent amis et Zao illustrera la deuxième édition de La tentation de l'Occident de Malraux. C'est l'époque où il sera naturalisé Français.
A la fin des années 60, May est très malade et Zao se jette à corps perdu dans le travail. Il produit notamment des encres qui, selon lui, réclament moins de concentration. May meurt en 72.
Zao se remarie quelques années plus tard avec Françoise Marquet qu'il a connue en 1971 alors qu'elle passait son concours de conservateur des musées de la ville de Paris. Elle publie des livres sur Zao et l'aidera à rédiger son histoire, son "autoportrait" ?
Les années 80, la consécration
Dans les années 80, Zao expose partout dans le monde. Très vite apprécié dans les pays occidentaux, ami de Soulages, Riopelle, Miro, Michaux, Klee, il est reconnu vers 1983 dans son pays natal alors qu'il y était considéré comme un artiste "déviant" quelques années auparavant. À ce moment là, ses ?uvres sont exposées au Musée National de Chine à Pékin et à l'inauguration il est reçu par le ministre de la Culture.
L'?uvre de Zao Wou-Ki est multiple dans son expression : huiles, aquarelles, estampes, encre, décors de ballets pour Roland Petit, céramiques, vitraux pour une église d'Indre et Loire, lavis, lithographies, illustration de livres, de bouteilles de Champagne, etc. Il exécute aussi des ?uvres monumentales sur commande, notamment pour son ami et compatriote architecte I.M Pei.
L'actualité 2012, du sublime au sordide
Agé aujourd'hui de 92 ans, l'artiste est atteint d'Alzheimer depuis 6 ans et il a perdu l'usage de la parole. Il se trouve bien malgré lui au centre d'une bataille judiciaire qui oppose son fils, né de son premier mariage, avec sa troisième épouse, ancienne conservatrice au Musée d'Art Moderne de Paris : l'enjeu est celui de sa mise sous tutelle sachant que son épouse a subitement déménagé ?uvres et fondation en Suisse au printemps 2012.
Un catalogue raisonné ?
Comme pour d'autres artistes, l'?uvre de Zao Wou-Ki est actuellement répertoriée dans un "catalogue raisonné". Ce terme créé en France est utilisé dans le monde entier. Il s'agit de faire l'inventaire exhaustif des ?uvres d'un artiste et de les décrire chacune sur une fiche : non seulement des informations descriptives telles que titre, date d'exécution, modifications éventuelles apportées au tableau, photo(s), dimensions, technique utilisée (huiles, aquarelle...) mais aussi des informations sur les propriétaires successifs, leur pays d'origine, les dates de cession, les expositions où l'?uvre a été montrée, les livres dans lesquels elle a été reproduite ou commentée, etc.
Cet immense travail de fourmi a plusieurs fins :
- Dans le circuit culturel : à l'occasion d'une exposition, le commissaire d'exposition peut retrouver le propriétaire pour demander le prêt de l'?uvre et rédiger sans erreur son catalogue. Les historiens d'art confirmés ou les étudiants peuvent également s'appuyer sur les informations du catalogue pour leurs études.
- Dans le circuit marchand : à l'occasion de ventes publiques ou privées, le commissaire-priseur ou le galeriste peut confirmer l'authenticité, le prix estimé, etc. Ou encore, à l'occasion d'un inventaire -de succession par exemple - les experts peuvent s'y référer tout comme les collectionneurs, pour faire assurer leurs tableaux.
Le catalogue doit permettre de détecter les "faux" lors des ventes et d'en obtenir la destruction ou encore de demander des comptes à certaines sociétés ou peintres qui reproduisent illégalement, en les signant, les tableaux. Ainsi, lors de la conférence du 20 novembre dernier, Yann Hendgen, historien d'art et directeur artistique de la fondation Zao Wou-Ki a pu montrer la "lettre d'excuses" d'une société "célèbre", installée près de Shenzhen, spécialisée en reproductions signées de tableaux de maitres.
C'est Françoise Marquet, l'épouse de Zao Wou-Ki qui a initié ce catalogue raisonné et Yann Hendgen qui le met en ?uvre en s'appuyant sur les nombreuses archives du peintre : coupures de journaux soigneusement collées dans un cahier par le peintre, catalogues d'expositions, photos des ?uvres, etc.
Mme Marquet ainsi que Jean Paul Desroches qui était jusqu'à fin octobre 2011 et depuis 40 ans le Directeur du Musée Guimet à Paris (Musée des Arts Asiatiques) n'ont pu animer cette conférence comme cela était initialement prévu mais Yann Hendgen et Melissa Walt ont réussi à faire partager pendant une soirée leur passion pour ce "peintre universel".
Il reste encore une dizaine de jour pour aller découvrir à Ap Lei Chau l'exposition "Beyond" consacrée à cet artiste franco-chinois.
Claudine Cicut (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), jeudi 6 décembre 2012
Crédits photos : Feast Projects- © Zao Wou-Ki
Exposition Zao Wou-Ki ? Beyond
Galerie Feast Projects
Du 05 octobre au 15 décembre 2012
Unit 307 3/F Harbour Industriel centre 10, Lee Hing street AP LEI CHAU
heures ouverture : 12-19 h du mardi au samedi
(petite sonnette à gauche de la porte en bois si besoin - deux rues après le bâtiment outlets d'Horizon Plaza)
Tel : 2553 9522
Site feastprojects lien exposition ICI
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