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Mécénat: 3 entreprises françaises financent une acquisition du Prado

Par Vincent Garnier* | Publié le 16/01/2019 à 13:35 | Mis à jour le 16/01/2019 à 14:08
Photo : Julia Robles
vouet prado

C'est une jolie opération et une belle histoire que le musée du Prado a célébré cette semaine au cours d'une cérémonie de remerciements, regroupant les entreprises ayant participé à l'acquisition de ce tableau jusque là méconnu, représentant une jeune fille avec une colombe, œuvre du Français Simon Vouet (1590-1649).

 

Trois grandes époques marquent l'aggrandissement en peintures françaises de l'actuelle pinacothèque du musée du Prado, un musée dont le fond est essentiellement issu des acquisitions et des commandes de la royauté espagnole, des Habsbourg aux Bourbons, qui au cours de près de 500 ans ont accumulé une formidable collection d'œuvres européennes. Et s'il fut un monarque amoureux et connaisseur d'art, ce fut bien Felipe IV (1605-1665), dernier Habsbourg à régner dans le royaume, dont il suivit le déclin avec une certaine impuissance, s'intéressant plus volontiers, dit-on, à la peinture qu'aux questions politiques. Entre 1630 et 1640, le Roi, en vue de décorer de haut en bas le Palais du Buen Retiro, aujourd'hui disparu, est à l'origine de la plus grande commande de peinture européenne contemporaine, pour laquelle il sollicita des artistes nationaux, comme Velázquez, mais aussi de nombreux peintres étrangers. C'est ainsi que la collection royale s'enrichit d'une incroyable diversité d'œuvres de factures flamandes, italiennes et françaises. Parmi ces dernières, on compte "Le Temps vaincu par l'Espoir, l'Amour et la Beauté", d'un certain Simon Vouet, aujourd'hui exposé au musée, à propos de laquelle on reviendra. Sous Felipe V, puis vers la fin du franquisme, la collection royale puis la pinacothèque du Prado s'enrichirent encore, à coups de commandes et d'acquisitions de lots ou de pièces uniques, en fond d'origine française. 

 

simon vouet prado
Photo : Julia Robles

 

Voilà cependant près d'un siècle que le musée du Prado, qui fête ses 200 ans cette année, n'avait pas eu recours au micro-mécénat pour aggrandir sa collection. C'est en accord avec une stratégie visant à diversifier son public et s'ouvrir à de nouveaux types de contributeurs, et à l'image de ce qui se fait déjà dans d'autres grands musées internationaux, comme notamment le Louvre, qu'une opération de souscription a été lancée, avec un montant de don à partir de seulement 5€. Objectif : aider le musée à acquérir une œuvre de Simon Vouet, représentant une jeune fille avec une colombe, d'un montant d'achat de 200.000 €. La façon d'ailleurs dont ce tableau, appartenant à une collection particulière, est apparu sur le marché est assez intéressante et explique l'opportunisme du Prado. À défaut de connaître les rebondissements qui ont pu mener cette œuvre peinte à Gênes entre 1620 et 1622 au sein d'une collection privée espagnole -l'histoire familiale des anciens propriétaires n'ayant pas permis de connaître les détails de l'acquisition- le musée a jeté son dévolu sur cette dernière pour son évidente qualité, mais aussi parce que la jeune fille qu'elle représente apparaît déjà dans une peinture exposée au sein de l'établissement. Et oui il s'agit bien du tableau "Le Temps vaincu par l'Espoir, l'Amour et la Beauté", où sans l'ombre d'un doute la même demoiselle, devenue femme, participe, moitié nue et particulièrement guerrière, à une allégorie propre aux sujets peints à cette époque. "Imaginez notre surprise lorsque nous avons découvert qu'il s'agissait de la même personne", explique Andrés Úbeda, directeur adjoint du musée.

 

vouet prado
Photo : Julia Robles

 

Si l'opération de "micro-mécénat" a constitué un "succès extraordinaire", les dons recueillis n'auraient pas suffit à eux seuls à couvrir le montant de la transaction, reconnaît néanmoins Úbeda. Et c'est au cours d'une conversation au sein de l'Ambassade de France que serait née l'idée d'impliquer des entreprises françaises dans l'opération. Trois d'entre elles ont répondu positivement : Renault, au travers de sa Fondation pour l'Inclusion et la Mobilité durable, Sodexo et BNP Paribas. Trois entreprises avec un long historique dans le pays, trois gros employeurs ayant développé une relation étroite avec la culture locale, mais aussi trois entités dirigées en Espagne avec et par des femmes et ayant intégré dans leur ADN des notions de responsabilité sociale et corporative particulièrement sensibles. A l'instar de Sodexo, dont la Présidente en Espagne, Carina Cabezas, a rappelé les valeurs humanistes inscrites dans l'entreprise dès sa création en 1966. "Il n'y a rien de plus merveilleux que de participer à mettre une œuvre d'art à la portée de tous", a-t-elle exprimé. "Qu'est ce que la peinture a à voir avec les voitures ?" s'est pour sa part interrogé Maria Luisa de Contes, Secrétaire Générale de Renault Espagne. "Eh bien cela a tout à voir", a-t-elle répondu. "Cela donne une visibilité à notre engagement dans le pays en matière de RSC". Et d'ajouter : "Cette opération participe aussi à renforcer l'amitié entre la France et l'Espagne. Il est bon que nos entreprises gardent à l'esprit le rôle qui est le leur, dans la promotion de cette amitié". 

 

Renforcer l'amitié entre la France et l'Espagne

 

"Le musée du Prado démontre avec cette opération être une institution qui non seulement conserve mais aussi partage avec tous le patrimoine", a déclaré Anne Louyot, Conseillère de Coopération et d’Action Culturelle de l'Ambassade de France en Espagne. "Le patrimoine culturel n'est pas seulement national, il est universel", a-t-elle défendu, "et ce tableau de Simon Vouet est à cet égard ici, au Prado, bien chez lui".

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