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Brel, Aznavour, Piaf... Quels sont leurs équivalents turcs ?

Par Jonathan Grimmer | Publié le 09/04/2019 à 05:35 | Mis à jour le 22/04/2019 à 18:52
Ahmet Kaya, Zeki Müren, Tanju Okan, Tülay German, Fikret Kızılok, chanteurs turcs, connus

Oubliez Tarkan un instant et découvrez cinq incontournables de la chanson à texte turque.

 

Ahmet Kaya

Artiste engagé et populaire, Ahmet Kaya vit sa carrière s’arrêter brutalement, le 10 février 1999, à l’issue de la cérémonie annuelle des Victoires de la musique. Invité ce soir-là à prononcer quelques mots après avoir été désigné Meilleur chanteur de l’année, le compositeur et interprète d’origine kurde fit un discours fracassant, au cours duquel il manifesta notamment son intention d’inclure une chanson en kurde dans son prochain album. « Que personne vienne me dire mais qui t'a confié cette mission ! C'est l'Histoire qui me l'a confié », proclama-t-il

Cette annonce très politique lui valut de subir les foudres d’une partie de l’opinion publique et de la presse. Sa situation devenant invivable, le chanteur pris le chemin de l’exil et se réfugia en France. Mais son séjour fut de courte durée : désespéré d’avoir été contraint de quitter son pays, il s’enfonça dans la dépression et mourut d’une crise cardiaque, le 16 novembre 2000, à seulement 43 ans.

Auteur d’une vingtaine d’albums en à peine 15 ans carrière, Ahmet Kaya évoquait souvent dans ses chansons à la mélodie mélancolique la primauté des principes sur les plaisirs de la vie – l’amour entre autres.

Des paroles cruellement prémonitoires qu’on retrouve par exemple dans Giredim.

 

Zeki Müren

La mort de Zeki Müren est de celles qui ne s’oublient pas. Le 24 septembre 1996, le chanteur le plus populaire de Turquie était l’invité d’une émission télévisée de la TRT. Au cours de l’enregistrement, la chaîne lui fit remettre le micro avec lequel il s’était produit pour la première fois à la radio, en 1951. L’artiste de 65 ans en fut tellement bouleversé qu’il succomba à une crise cardiaque quelques minutes plus tard.

Ce décès détonnant est à l’image du personnage. Ouvertement homosexuel à une époque où il ne fleurait pas bon l’être, « le soleil de l’art » arborait sur scène des vêtements féminins qu’il confectionnait lui-même, se maquillait et portait d’énormes bagues aux doigts. Sa carrière n’en fut pas moins auréolée de succès, avec à la clef plusieurs disques d’or et le titre d’Artiste d’Etat qu’il reçut en 1991.

Voici l’un de ses succès, largement inspiré d’une des chansons françaises les plus célèbres au monde. La reconnaîtrez-vous ?

 

Tanju Okan

Repéré par la chanteuse Patricia Carli à la fin des années 1960, c’est d’abord en France que Tanju Okan s’est fait connaitre à travers deux singles : Le Sourire de mon amour et S'il n'y avait que toi au monde. Mais ce fut surtout en 1970, avec Hasret, la version turque de Le Métèque de Georges Moustaki, qu’il accéda à la notoriété.

Pendant les deux décennies qui suivirent, Tanju Okan enchaîna les succès en Turquie avec sa musique mélancolique dont les thèmes tournent presque invariablement autour de l’amour, des cigarettes et surtout du rakı.

Le penchant de l’interprète pour cet alcool traditionnel était de notoriété publique et finit par avoir raison de lui : il décéda en mai 1996 d’une cirrhose du foie, à 58 ans.

 

Tülay German

Tout comme Tanju Okan, la mal nommée Tülay German a construit une partie de sa carrière en France. En 1966, celle qui était déjà une chanteuse de jazz et de folk reconnue en Turquie prit le chemin de l’Hexagone après avoir traduit un ouvrage de Hegel, ce qui à cette époque était considéré comme un acte de subversion et lui faisait encourir une peine de 15 ans de prison.

Commença alors une nouvelle phase de sa carrière, au cours de laquelle elle enregistra une dizaine de singles, dont plusieurs en français, et assura les premières parties d’artistes renommés comme Léo Ferré ou Charles Aznavour. Par la suite, Tülay German conjugua sa carrière d’artiste avec celle d’animatrice télé, et quitta définitivement la scène musicale en 1987, après un ultime concert aux Pays-Bas.

Retirée de la vie publique depuis 1993, elle réside toujours en France.

 

Fikret Kızılok

L’année dernière, l’écrivaine française Christine Angot déclarait : « Etre artiste, c'est toujours un plan B, le résultat d'un échec. » Une bien curieuse réflexion qui ne semble pas s’appliquer à Fikret Kızılok : c’est seulement après avoir terminé ses études de dentiste que cet ancien élève du lycée Galatasaray décida de se lancer dans une carrière musicale.

Le succès fut immédiat. En 1969, son deuxième 45 tours, Uzun İnce Bir Yoldayım / Benim Aşkım Beni Geçti, lui permit de décrocher le premier de ses 13 disques d’or.

Contraint de mettre sa carrière entre parenthèses de 1977 à 1983 en raison de ses prises de position politiques, ce pionnier du rock turc, disparu en 1998, est aujourd’hui principalement connu pour ses albums parus après cette longue interruption.

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jonathan grimmer lepetitjournal istanbul journaliste

Jonathan Grimmer

Diplômé de l'IPJ Paris-Dauphine, passionné de littérature et d'échecs, j'ai pris la responsabilité de l’édition d’Istanbul de lepetitjournal.com en avril 2019 après avoir travaillé deux ans en France pour divers titres de la presse écrite.
6 Commentaire (s)Réagir
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EricS lun 06/05/2019 - 13:04

Merci. Il est rare et bon de rappeler que la chanson à texte eût une place de choix dans les cultures nationales pendant très longtemps. Il est, pour beaucoup, regrettable qu'en ce domaine aussi la notion de "bankable" ait remplacé la poésie et l'engagement.

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Philippe Cortébert ven 26/04/2019 - 07:59

"Tanju Okan... .Repéré par la chanteuse Patricia Carli " Patricia Carli, Italo-Belge, a fait un bout de carrière en Turquie avec des titres enregistrés en turc parfaitement trouvables sur youtube. Elle a relativement vite cessé de chanter elle-même pour s'en tenir à la composition et faire interpréter ses créations par d'autres avec beaucoup de succès. Connue et influente dans le milieu de la production musicale.

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ili lun 22/04/2019 - 09:53

Il faut peut-etre ajouter Dario Moreno .

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Philippe Cortébert ven 26/04/2019 - 08:11

En France Dario Moreno jouait sur un autre registre qu'en Turquie et en turc, c'était le gros fantaisiste avec des chansons légères et amusantes sauf sa performance vocale de l'air du Brésilien dans La Vie parisienne d'Offenbach. L'air du Brésilien qu'on entent toujours est à peu près tout ce qui reste de lui en France. A son époque la musique sud-américaine et l'Espagne fantaisiste (espagnolade...) étaient à la mode, Dario Moreno hispanophone comme tous les israélites turcs de cette génération en profitait et beaucoup de gens ignoraient qu'il était turc et le pensaient sud-américain.

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Robert Kaptan mer 10/04/2019 - 08:27

Bravo, belles recherches et cela nous ramene dans de beaux moments de nostalgie, Félicitations ...continuez

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