Stanislaw Lem, le Jules Verne polonais - chapitre 1

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 07/01/2022 à 03:03 | Mis à jour le 07/01/2022 à 03:03
Stanislas Stanisław  Lem Pologne


Les temps troublés que nous traversons depuis plusieurs mois se prêtent plutôt bien à la (re)découverte de l'œuvre de Stanislaw Lem. Vous ne le connaissez peut-être pas, mais Stanislaw Lem est l'auteur polonais le plus vendu à l'étranger. Il est même l'auteur de science-fiction non anglophone le plus publié au monde après Jules Verne (toutes catégories confondues, le Nantais reste lui l'auteur le plus traduit derrière la très prolifique Agatha Christie, mais juste devant Shakespeare et Lénine).

Robotique, manipulation cérébrale, clonage humain, nanotechnologie... Stanislaw Lem reste l'un des grands visionnaires de la littérature de science-fiction. Son œuvre transcende très largement ce genre pour atteindre les sommets de la littérature du XXe siècle. À l’occasion du 100e anniversaire de l'écrivain polonais, Lepetitjournal.com/Varsovie, vous invite, à travers une série d'articles, à explorer sa vie et son univers complexe. 

 

Biographie


Stanislaw Lem est né en septembre 1921 à Lviv (aujourd'hui en Ukraine). Enfant issu d'une famille bourgeoise, il s'abandonne à la lecture des classiques de la science-fiction : Jules Verne, H.G. Wells ou Olaf Stapledon. Mais Lem doit interrompre ses études de médecine pendant la Seconde Guerre mondiale. En raison de ses origines juives, il doit aussi utiliser de faux papiers pour échapper au ghetto. Il travaille comme mécanicien et sabote des véhicules nazis pour aider la résistance polonaise.

En 1946, alors que l'URSS contrôle le pays, il reprend ses études de médecine, mais ne passe pas ses derniers examens, pour éviter de servir comme médecin militaire. Assistant de recherche d'une institution scientifique, il rédige alors ses premières poésies et nouvelles pendant son temps libre.

 

La censure comme moteur créatif


Pour déjouer les censeurs, mais aussi pour rendre son discours plus simple d'accès, Lem présentera ses idées dans des livres dont l'action se passe souvent dans un futur lointain. La science y est souvent un prétexte pour passer allègrement de la littérature à la philosophie.

Si ses premières œuvres (qu'il critiquera ensuite) doivent faire des concessions à l'idéologie du Parti, il gardera toujours ses distances vis-à-vis du régime. Son œuvre contient même en creux une sévère critique du collectivisme et des systèmes totalitaires. Dans les années 70 il commence à être pourtant célébré par le pouvoir communiste : il profite d'une vie confortable et d'une liberté de mouvement et d'expression conséquente.

Mais après 81 et l'instauration de la loi martiale en Pologne, Lem doit s'exiler en Allemagne, puis à Vienne où il obtient plusieurs prix littéraires. Il rentre en Pologne en 88, mais la fin de la censure communiste ne le motivera plus à écrire des fictions : ce stratagème littéraire jusqu'alors stimulant est devenu inutile.

 

Le philosophe des "sciences du futur"


Passionné de philosophie, d'astronautique, de cybernétique, de physique et de biologie, Stanislaw Lem écrit sur l'incommunicabilité entre les humains et les civilisations extraterrestres, sur notre futur technologique, sur les limites de l'intelligence humaine, sur les réalités artificielles, sur l'absurdité de nos existences ou encore sur la place de l'Homme dans l'Univers. Il se consacra aussi sur la fin aux prévisions du futur proche, à l'escroquerie informatique, ou aux problèmes éthiques posés par l'expansion de l'Internet.

Auteur de nouvelles et de romans souvent sarcastiques ou délirants, mais aussi de poésies, études ou essais, il n'aimait d'ailleurs pas être catalogué comme écrivain de science-fiction.

 

Lucidité ou misanthropie ?


Lem porte un regard froid et acerbe sur l'absurdité des sociétés contemporaines. Il s'interroge souvent sur les limites de la connaissance scientifique et de l'intelligence humaine. Sa thèse est pessimiste : l'Homme n'est pas prêt pour certains voyages et certains aspects de l'Univers lui resteront à jamais incompréhensibles.

Catholique, il devient athée, "pour des raisons morales... le monde me semble assemblé d'une manière si douloureuse, que je préfère croire qu'il n'a pas été créé... intentionnellement". En vieillissant, Lem se fait même très critique contre le progrès scientifique qu'il perçoit comme une forme d'aliénation.

Et s'il respectait la science-fiction au point de la juger indispensable, il a souvent dénoncé le positivisme naïf des auteurs anglo-saxons. Lem juge leurs œuvres kitsch, superficielles et puériles. Leur tort ? Rechercher la rentabilité plutôt que d'explorer la profondeur de ce genre littéraire à part entière. Seul Philip K. Dick semble trouver grâce à ses yeux. Pour ces propos, Lem est d'ailleurs chassé avec fracas de la Science Fiction and Fantasy Writers of America en 1976...

 

LEM livre

 

Un géant de la science-fiction


Depuis cette polémique, et notamment après sa mort, le monde de la Science fiction a pourtant appris à reconnaître l'importance de cet auteur. Et si beaucoup de ses livres supportent mal la traduction (il existe peu de polonophones spécialistes en poésie-robotique ou extra-terrestre...), ils seront quand même vendus à plus de 30 millions d'exemplaires et traduit en 40 langues. Ses œuvres auront aussi été portées à l'écran 24 fois. Ainsi Solaris a inspiré (entre autres) l'illustre Andrei Tarkowski et plus récemment Steven Soderbergh. La Pologne célèbre aussi l'enfant du pays. Citoyen d'honneur de Cracovie, Stanislaw Lem a également reçu en 1996 l'Ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction civile polonaise.

 

Des distinctions jusqu'aux étoiles

Alors qu'il écrit dans Solaris : " Nous avons donné un nom a toutes les étoiles, à toutes les planètes, alors qu’elles avaient peut-être déjà un nom… Quel culot de notre part ! ", l'astéroïde 3826 est rebaptisé Stanislaw Lem .

Enfin en 2010, 45.000 internautes le plébiscitent lors d'un concours pour donner son nom au premier satellite polonais.

 

Lem en quelques faits marquants 

Il a été candidat au prix Nobel de littérature. Le prix a finalement été attribué à Czeslaw Milosz en 1980.

Il a obtenu son diplôme de médecine, mais n’a jamais exercé.

À suivre : Les univers de Stanislaw Lem - chapitre 2

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