BD – « Irena », un hommage franco-belge à l’histoire du ghetto de Varsovie

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 24/05/2017 à 22:00 | Mis à jour le 24/05/2017 à 09:30

 Lors de la Foire du livre de Varsovie, qui s'est tenue du 18 au 21 mai dernier, lepetitjournal.com/Varsovie a rencontré les auteurs franco-belges de la bande dessinée Irena. Ils nous dévoilent avec passion l'univers de l'une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre mondiale, Irena Sendler, Juste parmi les Nations, pour avoir sauvé 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Une BD poignante remplie de sensibilité et de poésie, à lire et à relire, pour les grands comme les petits !

©Eloïse Robert

Irena Sendler est un personnage peu connu en dehors de la Pologne. Et pourtant, il s'agit d'une figure marquante de l'histoire du ghetto de Varsovie. Irena Sendler a risqué sa vie pour sauver des milliers d'enfants de l'exterminationReconnue Juste parmi les Nations en 1965, cette femme d'un courage remarquable, souvent oubliée, en a inspiré plus d'un. Séverine Trefouël, Jean-David Morvan (scénaristes), David Evrard (dessinateur) et Walter Pezzali (coloriste) en font partie puisqu'ils lui ont consacré une bande dessinée de trois tomes, intitulée Irena. Les scénaristes de la BD, Séverine Trefouël et Jean-David Morvan, se sont confiés à lepetitjournal.com/Varsovie et nous en disent plus sur l'univers passionnant d'«Irena ».

  • Pourquoi le personnage d'Irena Sendler vous a inspiré pour en faire une bande dessinée ?  

Jean-David Morvan : A vrai dire, le hasard fait bien les choses. Je suis une personne souvent connectée sur les réseaux sociaux et un jour je suis tombé sur un post Facebook d'un ancien éditeur qui parlait d'Irena Sendler. Je m'y suis vite intéressé car son histoire était vraiment passionnante. Je me suis tout de suite dit qu'il fallait écrire une BD sur ce personnage. Pour une fois, il s'agissait d'une histoire de guerre différente  des autres, sans arme, sans violence, avec beaucoup d'espoir et de sentiments. Cet aspect insolite nous a vraiment comblés. Il y avait matière à passionner les lecteurs et c'est une belle façon de montrer qu'il est possible d'aider les autres sans en venir aux mains, même en période de guerre !

Séverine Trefouël : Effectivement, c'était une histoire passionnante, d'autant plus qu'on ne la connaissait pas. En s'y intéressant de plus près, c'est devenu rapidement une évidence de parler d'elle à travers un personnage de bande dessinée. 

  • Pourquoi avoir choisi ce sujet historique (le ghetto de Varsovie) en particulier ?

J.-D. Morvan : Il y a deux ou trois ans de cela, je me suis rendu avec Séverine au Mémorial de la Shoa à Paris où il y avait une exposition sur les ghettos. Je  voulais raconter une histoire sur ce sujet qui m'inspirait mais je ne parvenais pas à trouver un axe d'entrée pour en parler en toute légitimité. Et par hasard, quelques années plus tard, l'histoire d'Irena Sendler est tombée à pic?  

Séverine Trefouël : C'est vrai qu'en tant que scénaristes, nous sommes facilement sensibles à l'histoire, évoquer le passé est important, il y a un moment où c'est un passage obligé?

  • Quel message voulez-vous diffuser à travers cette BD ?

Séverine Trefouël : Je dirais qu'il y a une volonté de devoir de mémoire. Cet épisode tragique de l'Histoire remonte à un certain temps maintenant et la plupart des témoins disparaissent. Je trouve donc qu'il est important de leur rendre hommage par n'importe quels moyens et de maintenir cette mémoire vivante afin que de telles horreurs ne se reproduisent plus.   

J.-D. Morvan : Me concernant, je n'ai pas vraiment de sentiment de devoir mais je ressens plutôt l'envie de parler de cette histoire car elle fait malheureusement écho à des faits qui se déroulent encore aujourd'hui? Je pense à la Tchétchénie, par exemple.

  • Rappelez-nous brièvement ce qu'il se passe dans le tome 1 et 2 d'Irena, qui sont déjà parus respectivement, en France, en janvier et mars dernier. Quelles ont été les critiques ?  

J.-D. Morvan : Dans le tome 1, qui s'intitule Le ghetto, on découvre ce qui pousse Irena à sauver les enfants du ghetto de Varsovie. Lorsqu'une personne lui demande de sauver un enfant, elle se dit pourquoi ne pas en sauver plusieurs ? Elle va donc se constituer un réseau avec ses amis pour mener à bien la mission qu'elle s'est donnée. Des amis qui, à tout moment, peuvent mourir avec elle pour sauver ces enfants.

Dans le tome 2, Les Justes, on est dans le feu de l'action ; Irena a réussi à venir en aide à 2.500 enfants en deux ans.

Pour ces deux tomes on a voulu garder le même ton avec beaucoup de poésie à travers le dessin de David. Au fil de la BD, les lecteurs peuvent vivre le quotidien du ghetto à travers le regard d'enfants encore rêveurs, qui évoluent et s'habituent à ce nouvel environnement qui est devenu le leur.

Quant aux critiques en France, elles ont été plutôt positives. Nous avons surtout été surpris par les réactions de certains lecteurs qui nous ont dit avoir été très émus au point d'en avoir pleuré pour certaines scènes, ce qui est rare en BD ! Nous pouvons être satisfaits de l'effet produit sur notre public.

La version polonaise d'Irena vient de paraître ce vendredi (18 mai). On attend de voir ce que les Polonais en penseront. 

  • Quelles sont les libertés et nuances que vous avez-vous apportées à la biographie d'Irena Sendler? 

J.-D. Morvan : La scène du biscuit par exemple (je préfère laisser le lecteur la découvrir) a été inventée mais elle reste plausible et s'intègre parfaitement à la réalité. Parmi les différents ouvrages que nous avons lus pour nous imprégner de l'histoire d'Irena, beaucoup d'entre eux divergeaient sur un même fait. Il est donc parfois difficile d'accéder à la stricte vérité de l'histoire d'Irena Sendler. Alors plutôt que de s'en tenir à la biographie d'Irena, nous avons préféré en faire une fiction, en nous mettant vraiment à la place du personnage.

Séverine Trefouël : Il y avait énormément  d'anecdotes que nous avons trouvées lors de nos recherches. Il fallait donc faire un choix et sélectionner les meilleures. Mais si on avait parlé polonais, cela nous aurait forcément beaucoup aidés ! 

  • Votre BD s'adresse aux adultes comme aux enfants. Or, vous avez choisi de traiter un sujet sensible et parfois d'une extrême violence. Comment avez-vous fait pour le rendre accessible à un large public ?

J.-D. Morvan : Effectivement,c'est une bande dessinée destinée à tout public et aux enfants à  partir de dix ans. Nous avons donc privilégié la suggestion? L'exemple le plus probant est la scène de l'exécution, dans laquelle un nazi tire une balle dans la tête d'une dame à genoux. Il s'agit du dessin qui nous a donné le plus de fil à retordre, avec David! Il nous a fallu trois semaines pour trouver le dessin approprié qui choque le moins car nos premières versions étaient trop frontales? Nous avons eu finalement l'idée de la « caméra au sol » au niveau des pieds pour illustrer la scène (voire la case ci-dessous). 

©Séverine Trefouël/Jean-David Morvan/David Evrard/Walter Pezzali ? BD Irena tome 1 ? Scène de l'exécution, caméra au sol

  • Quel est l'apport de la BD auprès des enfants lorsqu'il s'agit de raconter l'histoire d'une tragédie ?

J.-D. Morvan : La BD est plus ludique et présente l'avantage qu'un enfant n'est jamais contraint à la lire. Il peut donc s'intéresser plus facilement à l'histoire racontée, d'autant plus s'il s'agit d'une histoire vraie. Je trouve que cela attise la curiosité pour en apprendre plus sur le sujet en ouvrant un manuel d'histoire par exemple. C'est la raison pour laquelle j'ai beaucoup de mal avec les BD uniquement récréatives qui ne portent pas l'idée d'aller plus loin que l'histoire racontée.  

  • Il y a une vraie douceur et sensibilité dans le choix du graphisme. Quelle a été votre source d'inspiration ?

J.-D. Morvan : Comme il n'était pas possible de faire des dessins réalistes étant donné l'horreur du sujet, j'ai souhaité un graphisme rempli de poésie, que David a parfaitement réalisé, en s'inspirant du style de Spirou. En ce qui concerne les couleurs, nous voulions reproduire la même gamme de coloris que les photos de Hugo Jaeger, le photographe officiel d'Hitler. Ses photos nous ont aidés à trouver l'atmosphère de notre BD.

  • Quelle est la date de parution du troisième tome d'Irena ? De quoi va-t-il traiter ?

J.-D. Morvan :   Le troisième tome est censé paraître en janvier 2018. Pour le moment, j'ai écrit 35 pages et 10 d'entre elles ont déjà été dessinées par David. Dans cet épisode, vous découvrirez « l'après », c'est-à-dire comment les enfants ont survécu.

Au début, je voulais m'arrêter au second tome, qui finit sur un moment fort : l'exécution d'Irena. Mais après mûre réflexion, je me suis dit qu'il fallait écrire un troisième tome car on ne pouvait pas laisser nos lecteurs sur un tel moment de doute, entre la vie ou la mort de notre héroïne? 

Remerciements à David Evrard, dessinateur de la BD Irena, pour cette jolie dédicace aux lecteurs du petitjournal.com!  

 

Eloïse Robert (lepetitjournal.com/Varsovie) - Jeudi 25 mai 2017

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