Lundi 26 octobre 2020

NAPOLEON EN POLOGNE – Histoire d'amour et Grande Histoire

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 17/04/2014 à 22:00 | Mis à jour le 17/04/2014 à 18:00

Quarante-huit des descendants issus de la liaison de Napoléon et Maria Walewska, vivant en France, Belgique, Suisse, Angleterre ou aux États-Unis, seront présents demain à Varsovie pour une cérémonie en l'honneur de leurs deux aïeuls. Cet événement est l'occasion de revenir sur la période napoléonienne de la Pologne.

Les Walewski, un destin franco-polonais

Si, au regard des plaques, peintures réalisées en son honneur, il est de notoriété publique que Napoléon Bonaparte a joué un rôle important dans le début du XIXème siècle en Pologne, sa liaison avec une polonaise, et le fils, né de cette idylle, sont moins connus, surtout des Français. Maria ??czy?ska, née en 1786 à Brodno, est la fille de Maciej ??czy?ski, mort de ses blessures quelques mois après l'Insurrection de Kosciuszko, en 1794. Elle eut pour précepteur un français au nom bien connu, Nicolas Chopin, futur père de Frédéric. Elle prend le nom de Walewska en épousant le Comte Anastazy Walewski en 1804, dont elle aura son premier fils, Antoine, l'année suivante. A l'automne 1806, Napoléon Bonaparte, attendu comme le « Messie » par les Polonais, est à Varsovie. Il rencontre Maria Walewska quelques mois plus tard lors d'un bal, et n'a d'yeux que pour elle. « Je n'ai vu que vous, je n'ai admiré que vous, je ne désire que vous [?] », lui aurait-il écrit. Poussée par sa famille, et avec l'accord de son époux, elle devient la maîtresse de l'Empereur français, et part quelques mois avec lui au Château de Finckenstein (au sud de Gdansk). De cette idylle naîtra Alexandre, le 4 mai 1810.

Bien que reconnu par l'époux de Maria Walewska, Napoléon tient tout de même à assurer l'avenir de l'enfant. Il signe un document juridique garantissant un revenu annuel, des dotations mobilières, ainsi que le titre de Comte de l'Empire. Toute sa vie, Alexandre, Comte Walewski, s'est illustré dans les corps militaire et diplomatique, polonais comme français. Il quitte la Pologne pour l'Angleterre, puis la France, après avoir refusé de servir l'armée russe. Lors de l'Insurrection de Varsovie de 1830, il est envoyé par le gouvernement insurrectionnel pour solliciter l'appui de Londres.
Après avoir perdu son épouse, il s'engage comme capitaine dans la Légion étrangère et part en Afrique. Il démissionne en 1837, et tente une carrière d'auteur dramatique, sans grand succès. C'est en tant que diplomate qu'il va désormais se faire connaître. Ambassadeur de Louis-Napoléon Bonaparte à partir de 1850, il aura pour mission de faire reconnaître le Second Empire, après le coup d'État du 2 décembre 1852. Il devient ensuite son ministre des Affaires Étrangères en 1855. C'est en cette qualité qu'il préside la Conférence de Paris (1856), mettant fin à la Guerre de Crimée, qui opposait l'Empire français, le Royaume-Uni, l'Empire ottoman et le Royaume de Sardaigne.

La Grande Histoire : les Légions polonaises...

Jan Henryk DabrowskiA l'époque de Maria Walewska, la Pologne, qui vient de subir son Troisième Partage, voit partir de nombreux jeunes, à l'instar du frère aîné de Maria, souhaitant rejoindre les armées napoléoniennes, en particulier les Légions polonaises. Les Polonais croient que Napoléon Bonaparte va délivrer la Pologne car la France est ennemie des Russes, des Prussiens et des Autrichiens. Jan Henryk Dabrowski crée les premières unités de Polonais en 1796, qui se battent aux côtés des Italiens contre l'Autriche, et participent à la Prise de Rome en 1798. C'est lors de cette campagne qu'a été écrite la « Mazurka de Dombrowski » par le poète Jozef Wybicki. Intitulée à l'époque « Chants des légions polonaises en Italie », elle est devenue l'hymne polonais en 1927. Preuve du soutien quasi indéfectible des Polonais à Napoléon, les paroles de la « Mazurka » évoquent celui qui deviendra empereur quelques années après :

« Bonaparte nous a donné l'exemple,
Comment nous devons vaincre »

Armée polonaise en exil sous autorité française, les Légions polonaises sont envoyées en Haïti en 1802 pour écraser la révolution. Cette expérience porte un coup aux espoirs polonais de retrouver un jour leur indépendance, ils doutent dans les bonnes intentions de la France à leur égard.

Quand, en 1807, Napoléon Ier obtient, lors des négociations de Tilsit, la création du Duché de Varsovie, les espérances renaissent. Ce sont plus de 100.000 Polonais, sous les ordres du Ministre de la Guerre et généralissime Jozef Antoni Poniatowski, qui s'engagent dans la Grande Armée (1/6 des effectifs) pour envahir la Russie en 1812. Bien que l'Empereur français n'ait rien promis, ils espèrent que les futurs territoires libérés seront incorporés au Duché, pour restaurer la République des Deux Nations. En tant que plus grand contingent étranger, ils jouent un rôle primordial dans la Bataille de la Moskova, entrent les premiers dans Moscou et couvrent la retraite française. Le prince Poniatowski a d'ailleurs personnellement sauvé la vie de Napoléon Bonaparte lors de cette campagne.

? et le Duché de Varsovie

Duché de Varsovie à partir de 1809Créé en 1807 par Napoléon Ier, qui porte le titre de « protecteur », c'est un État vassal de l'Empire français, qui se voit vider de ses richesses pour en soutenir l'effort de guerre. Frédéric-Auguste Ier de Saxe est mis sur le trône par Bonaparte, mais l'homme fort du Duché est l'ambassadeur de Varsovie, qui représente la France. A sa création, le Duché s'étend sur les territoires pris par la Prusse lors des Second et Troisième Partages, soit six régions, celles de Varsovie, Poznan, Kalisz, Bydgoszcz, Plock et Lomza. Une constitution est créée, elle impose le Code civil français aux habitants du Duché et prévoit un système bicaméral. Deux ans plus tard, une victoire contre les Autrichiens, scellée par le Traité de Schönbrunn, permet un élargissement aux régions de Cracovie, Sandomierz et Lublin. L'occupation de ses territoires par les Russes en 1813 sonne la fin du Duché de Varsovie. En 1815, il est officiellement divisé en trois parties au Congrès de Vienne, et avec lui s'envole les derniers espoirs polonais de recouvrir l'indépendance.

Maria Walewska est décédée à l'âge de 31 ans, d'une maladie des reins. Quelques mois avant, elle avait écrit dans ce qui est aujourd'hui considéré comme ses mémoires, que sa liaison avec l'empereur était « un sacrifice fait à son pays ». Dans son testament, elle avait souhaité que son corps soit enterré en Pologne, mais que son c?ur reste en France. Il est aujourd'hui dans une urne au cimetière du Père-Lachaise.

Mathilde TÊTE (www.lepetitjournal.com/varsovie) ? Vendredi 18 avril 2014

 

 

 

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