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La Ruta del Bakalao : quand Valencia était l’épicentre de la fête

Par Francisco Puig Diaz | Publié le 05/05/2019 à 23:10 | Mis à jour le 05/05/2019 à 23:15
Photo : thebasementxxx.com
Valencia était l'épicentre de la fête durant les années 80-90

La Ruta, plus connue comme Ruta Destroy mais surtout Ruta del Bakalao, a marqué l’Espagne des années 80 et 90. Phénomène musical à l'origine, la Ruta est vite devenue une référence de la vie nocturne ibérique. Retour sur deux décennies qui ont marqué les soirées valenciennes.

La movida valenciana

La mort de Francisco Franco le 20 novembre 1975, qui a dirigé le pays d’une main de fer après la guerre civile, a marqué le début d’une révolution culturelle dans tout le pays. La célèbre movida fut le signe d’une libération des mœurs et de l’état d’esprit des Espagnols de cette époque.

La vie nocturne s’en est bien évidemment ressentie. Finis les "dancings" poussiéreux avec leurs serveurs tirés à quatre épingles, la moquette au sol et les paso doble dans les enceintes. Place au Punk, au Rock et à la New-wave ! C’est le début de groupes comme Héroes del Silencio, Rosendo, Mecano, pour ne citer qu’eux, et des premiers films de Pedro Almodovar.

Si Madrid et son quartier de Malasana restent dans l’esprit des Espagnols comme LE bouillon primitif de ce mouvement culturel, la région de Valencia n’est pas en reste. Bien loin de là ! En effet, la Movida Valenciana a été le point d’entrée de la culture britannique de l’époque en Espagne et il n’était pas rare d’écouter dans les bars de la région des artistes du mouvement synth pop, new wave ou encore glam rock pour la première fois.

La discothèque barraca
La discothèque Barraca (Photo:©Thebasement)

 

Initiatrice du mouvement, la discothèque Barraca, située dans l’Albufera, fut l’une des premières à passer des artistes comme Depeche Mode, U2, The Cure ou les Pretenders. Les pinchadiscos, les DJ's de l’époque n’hésitaient pas non plus à diffuser des groupes puisant leurs racines dans le punk anglais, tels que The Clash, The Damned, B-52 voire des sons plus rockabilly comme les Stray Cats… Un cocktail musical détonnant si spécial que les Valenciens l’appelaient Musica Barraquera et qui ont fait de ce lieu un incroyable laboratoire d'expérimentations musicales et scéniques en tout genre.

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La législation espagnole sur les loisirs nocturnes était, à cette période, plus que floue voire inexistante, les discothèques ont poussé comme des champignons le long de la CV 500, cette route parallèle à la mer reliant Valencia à Sueca. Elle est alors devenue une véritable extension physique de ce phénomène culturel.

Le succès de Barraca n’allait pas tarder à faire des émules. A 200 mètres seulement est apparu la discothèque Chocolate. Ses propriétaires, plus orientés sur le funk et le groove étaient connus pour proposer des concerts à des horaires incongrus (7h du matin) et des sessions after. Ont ensuite suivi le Spook Factory, l'Espiral, le Nod, le Puzzle et l'ACTV : toutes ces discothèques étaient d’immenses complexes pouvant accueillir des milliers de personnes !

Le parking de la discothèque Spook Factory
Parkineo devant le Spook Factory (Photo:©Thebasement)

 

Même si rien n’était vraiment acté entre les gérants des discothèques, les horaires d’ouverture et de fermeture s’emboîtaient à merveille entre les établissements. Il n’était pas rare de sortir le jeudi soir et de ne revenir chez soi que le lundi suivant en fin d’après-midi.

C'est vers la fin des années 80 que l’aura de Valencia comme épicentre de la vie nocturne ibérique a pris de plus en plus d’ampleur, une grande partie de la jeunesse espagnole n’hésitant plus à se rendre en car ou en voiture sur la Ruta pour profiter de cette interminable fête. On pouvait compter pas moins de 35.000 personnes réparties sur les différentes discothèques de la Ruta.

La Ruta ne meurt jamais

A la fin de cette décennie, les balbutiements de la Dance, de la New-Beat et de la Techno ont fait de Valencia le seul endroit à proposer de la musique rock et électronique. Certaines discothèques comme Chocolate ou Spook Factory se sont tournées vers un son plus radical et sans ambages qui fût appelé Bakalao.

L’un des fers de lance de la musica Bakalao reste indéniablement Chimo Bayo. Ce DJ résident de la discothèque El Templo à Cullera, a participé à la médiatisation de la Ruta. Sa musique, usant de bases électroniques et de paroles répétitives, a connu un succès mondial. Son album Asi me gusta a mi a été vendu à plus d’un million d’exemplaires.

La forte médiatisation de la Ruta a réveillé le monde politique qui s’est alors alarmé sur l’usage des drogues et la consommation d’alcool. Les nombreuses morts sur les routes ont poussé l’Etat espagnol à légiférer. Fini les sorties jusqu’à plus soif : les discothèques ont dû se soumettre à des horaires d'ouverture beaucoup plus stricts.

Les médias ont aussi contribué à la caricature de la Ruta comme d’un mouvement ou les drogues se consommaient comme de vulgaires bonbons, au point de réduire les Valenciens à de simples fêtards. En témoigne ce reportage de Canal+ par Carles Francino sur la Ruta :

Les années 90 ont signé la fin de la Ruta del Bakalao. Les discothèques ont tour à tour fermé leurs portes et sont restées abandonnées durant des années. Mais la nostalgie de cette époque refait surface et depuis quelques années, des livres et albums parlant de cette époque font leur apparition.

Le livre de Luis Costa Plans retrace l'histoire musicale de l'époque
Le livre de Luis Costa Plans retrace l'histoire musicale de l'époque

 

Ainsi, il se murmure que certaines discothèques mythiques comme le Puzzle réouvriraient leurs portes prochainement. Mais ce sont surtout les soirées Remember qui ont le vent en poupe. En 2017, Chimo Bayo était la tête d’affiche de la soirée Love the 90’s qui avait eu lieu à la Ciudad de las Artes à Valencia. Cette année le festival remet le couvert ce samedi 2 juin. S’il s’était contenté de 3 villes l’année dernière, pour cette tournée 2018, le festival passera par 15 villes.

 

Lepetitjournal Valence tient à remercier Tino Perez du site The Basement pour nous avoir cédé ses photos.

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Francisco Puig Diaz

Né à Paris d'un père de la région Valencienne et d'une mère des Canaries, Francisco à baigné dans la culture hispanique et valencienne depuis son plus jeune âge. Il adore le football, le cyclisme et les Fallas.
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