Petit guide de survie pour les fêtes de Noël

Par Catherine Diran | Publié le 25/12/2021 à 17:44 | Mis à jour le 25/12/2021 à 17:50
Une assiette avec une décoration de Noël

Ah Noël… Le Padre tout de rouge vêtu, les rennes piaffant du sabot, la dinde tremblante avant le sacrifice et les nains de plastique commençant l’ascension d’une bûche au praliné…

 

Cette année, plus que jamais, la magie de Noël opère. Parce que beaucoup n’y ont plus accès. Noël devient un fantasme, tant il y a d’impossibilités à se réunir et de peurs à évacuer. La pandémie accentue le besoin d’un jour singulier, une fête colorée à célébrer avec ses proches. On en appelle à l’esprit de Noël, parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. 

Noël est sacralisé. On touche à l’idéal.

Un idéal en forme de nuage duveteux, qui vous couvre le corps et le visage d’une pluie de paillettes d’amour. On aime, on aime, on se noie dans un lac d’amour, on voudrait tant sauter dans un avion pour rejoindre la sainte famille, bravant la sueur d’un low-cost, sans même que la question habituelle ne se pose, être à côté d’un nouveau-né qui hurle ou d’un individu qui se cure le nez pendant tout le vol, parce que les valises seraient pleines d’éventails dorés… 
 

Noël, c’est de la nostalgie en tube

Et on oublie. Ce que veut dire le réveillon de Noël. Avec sa drôlerie, sa chaleur mais aussi son absurdité, sa cruauté et la détresse qu’elle génère. Ô souvenirs enfantins du soir de Noël… Les étoiles, le sapin, les cadeaux…  On avait les yeux ronds, le cœur gonflé d’espoir. On attendait le père Noël, à qui on avait écrit une longue lettre, truffée de fautes d’orthographe… Et puis un jour, on se rend compte qu’on a grandi. Pire, qu’on a vieilli. Et que la magie de Noël, c’est de la nostalgie en tube, suave comme de la crème chantilly, soigneusement entretenue par les sonnettes tout au long du mois de décembre… Mais le manque est tellement fort, que si on peut y aller, on y va, même si on sait ce qui va se passer, comme chaque année. Avant même d’arriver.
 

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L’esprit de Noël

On oublie derrière la porte d’en face, le sapin en synthétique, le plateau repas avec quart de champagne livré par la maison de retraite, le fait d’être trop vieux, et trop seul. Les larmes qui coulent devant la soirée spéciale TF1. On oublie le mec dans la rue, qui a mis un bonnet de Père Noël à son chien, et qui fait semblant de sourire, les lèvres bleues de froid. Le type qui se jette sous le métro. Celle qui a fait des heures sup’ pour acheter un cadeau minable à ses gosses. Et celui qui meurt tout seul en réanimation. L’esprit de Noël, ça s’appelle aussi solitude, froid et suicide. Échec et larmes.

Les yeux bandés et les mains chargées de cadeaux, on ne se rappelle plus qu’on s’est juré de ne pas y retourner, parce que la plupart d’entre nous aimons et détestons ce moment, savamment orchestré, et joué sur l’idée rassurante d’une famille idéale. On redevient tous des enfants. Des grands enfants chez qui se sont cristallisées toutes les rancœurs de ne plus être la fille de papa, et le petit garçon de maman, et de n’avoir pas réussi à être ce que l’on avait rêvé d’être. On a appris à aimer, à haïr, à mépriser. Et des cadeaux, on n’en a pas eu tant que ça. Alors on rejoue un jeu de gosses avec des gueules de tueurs. Et les basiques du 24 ressurgissent comme les rois mages dans la crèche… Car la mémoire, bonne fille, efface ce qui la gêne, ces concepts éternels qui donnent souvent à fuir… Les esprits de Noël…
 

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L’heure sacro-sainte des cadeaux

Les cadeaux au dernier moment, quand la livraison internet a foiré. La lutte finale : À la perplexité de devoir choisir entre un avion à construire, une fusée, une scène fadasse du dernier film pour rejetons, s’ajoute les sentiments inavouables… La blonde là-bas, elle va vous griller, c’est sûr, il ne reste plus qu’une poupée Barbie avec un justaucorps rose. La haine vous envahit, le monde vous fait succomber, il n’y a à espérer que le camion rouge sur le rayon de droite se transforme en vrai, avec pompier gaulé comme un prince, pour vous faire du bouche-à-bouche…

L’engueulade pré-dîner, l’hésitation vaine entre le menu et le menu, saumon huîtres foie gras, dinde, et bûche, ou saumon huîtres foie gras, dinde et bûche. Le plan de table qui vous colle comme voisin le mec le plus malfaisant de la terre, et le temps, long, étiré, interminable du dîner…

Avec sa cohorte de petites questions foireuses…Et Jean-Patrick, toujours dans le théâtre ? Vous devez vous faire bien du souci…Ce n’est pas comme mon fils, lui fait de brillantes études (22 ans et quasi premier ministre). Sinon, Marie-Ursule, ce n’est pas trop dur la ménopause ? Le célèbre coup auquel on n’échappe jamais.  Le coup de la pièce rapportée. NOUS dans la famille, on est super soudés, à la vie à la mort, un vrai clan, toi bien sûr, tu ne peux pas vraiment comprendre…

À ce stade-là du dîner, on commence à ne plus avoir faim. Mais ça continue, encore et encore, ce n’est que le début, d’accord d’accord… on avait juré qu’on ne parlerait pas politique, mais il y a toujours quelqu’un pour parler politique. On ne parle pas de cul, mais les enfants s’en chargent. Le ton monte. Tout le monde s’engueule. Les nourrissons hurlent à la mort. Avec un peu de chance, en même temps que la bûche, s’annonce le moment des vraies vacheries. Qui dézingue et qui déterre. Tu sais qu’elle est très sympathique la nouvelle femme de ton ex ? Un peu jeune, peut-être ? L’Espagne ? Mais quelle idée ? Tu connais personne là-bas et tu sais bien que tu as toujours eu du mal à te faire des amis ! Les révélations. J’ai jamais aimé ton père. L’alcool aidant. Il avait des problèmes sexuels !
 

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À ce stade-là, il est temps de sonner l’heure sacro-sainte des cadeaux. Oh le Prix Goncourt ! Oh un pull ! (la reine d’Angleterre a le même en moins moche), Ah des chaussettes Simpson (la classe), oh une crème anti-cernes (ta gueule !). S’ajoute le cadeau humiliant, le seul qui coûte une blinde, de la cousine souriante et décontractée…

Papiers froissés sur des illusions perdues.

Un si joyeux Noël.

 

Bye Bye les regrets

Parce que Noël, c’est toujours la même chose et ça revient chaque année. Malgré le vaccin anti-Noël. Et parce qu’à défaut d’autre chose, on peut croire que l’année prochaine on aura le choix. Sans oublier qu’à Noël, on peut faire plein d’autres choses. Aller au cinéma, mettre sa plus belle robe, scotcher sur son canapé, caresser son chien, faire l’amour, danser, rire, chanter, être libre, oublier le temps, la crasse et la misère, et faire n’importe quoi qui vous rende, l’espace d’un instant, sans que cela soit obligatoire, heureux…

C’est peut-être ça, l’esprit de Noël. Juste la liberté.

Bref.

Un vrai Conte de Noël.

 

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Catherine Diran

Catherine Diran

Auteur-compositeur, scénariste, écrivain et réalisatrice, Catherine Diran vit entre Valencia et Paris. Elle écrit pour lepetitjournal.com/valence depuis l'automne 2021.
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