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WIKILEAKS – Ce que l'Amérique pense de l'Espagne

Par Lepetitjournal Valence | Publié le 09/12/2010 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 10:22

L'Espagne n'échappe pas aux révélations contenues dans les "câbles" diplomatiques américains rendus publics par le site WikiLeaks. Avec El Pais parmi les cinq journaux associés aux publications, les commentaires des diplomates américains sur l'Espagne trouvent un écho tout particulier. Morceaux choisis des informations révélées jusqu'à aujourd'hui

(Photo AFP)

Ce que dit l'ambassade des dirigeants espagnols...
Les câbles étudiés par El Pais nous en apprennent beaucoup sur ce que pensent les diplomates américains de la classe politique espagnole et du gouvernement. A commencer par le premier des Espagnols, Juan Carlos Ier. Eduardo Aguirre, ambassadeur de 2005 à 2009, parle en 2009 d'un "allié formidable partout où les intérêts de l'Espagne et des États-Unis coïncident", louant son sens de l'humour et sa préoccupation à dépasser le protocole, pour ne pas impressionner ses interlocuteurs. Il souligne ses bons rapports avec José-Luis Zapatero, sur lequel le roi aurait, selon le diplomate, une influence réelle, mais utilisée avec parcimonie.
Le président du gouvernement, lui, est vu pour sa part comme "rusé, d'une habilité étonnante, tel un félin de la jungle, pour sentir dangers et opportunités", qu'il serait dangereux de sous-estimer, mais critiquable sur sa politique étrangère, dont il a fait un "apprentissage tortueux", la "politique extérieure étant soumise aux intérêts politiques internes", et ce sans vision stratégique ambitieuse. Rubalcaba, décidément irrésistible, est décrit par l'ambassadeur sur le départ comme "sérieux, très capable, charismatique, le membre du gouvernement ayant le plus d'impact".
Des commentaires bien éloignés de ceux rédigés en 2004, lors de l'arrivée au pouvoir du PSOE, totalement inconnu des Américains. L'ambassadeur George Argyros était alors convaincu que Zapatero et son équipe étaient manipulables pour Washington, eux-mêmes surpris par leur victoire et cherchant que faire, maintenant au gouvernement.

?et de l'opposition
Pour la droite espagnole aussi les commentaires vont bon train, le président du PP, Mariano Rajoy, étant jugé "sans charisme", restant aux manettes du parti grâce à l'absence de successeurs crédibles. Un manque d'enthousiasme partagé par José Maria Aznar lui-même, lors d'un dîner avec l'ambassadeur Aguirre en 2007, assurant que nombreux étaient ceux du PP à lui demander de revenir, car déçus par Mariano Rajoy. "Le manque d'enthousiasme pour le successeur qu'il s'était désigné, Rajoy, était notable".

Mafia russe en Catalogne
Les données transmises via WikiLeaks révèlent aussi l'inquiétude de la diplomatie américaine et des autorités espagnoles concernant l'implantation en Catalogne de la mafia russe ces dernières années. Ça n'est curieusement pas El Pais qui s'en est fait l'écho, mais The Guardian et Le Monde. Arrivés en Catalogne dans les années 1990 comme simples vacanciers, les mafieux russes auraient très vite remarqué un certain laxisme des autorités locales, et commencé à blanchir ici l'argent de la drogue à grande échelle, notamment en investissant dans l'immobilier. C'est ce qu'indique un rapport des procureurs barcelonais Gerardo Cavero et Fernando Bermelo, adressé il y a un peu plus d'un an à l'ambassade américaine. Réveillées un peu tard, les autorités espagnoles ont toutefois conduites des opérations d'envergure au cours de la dernière décennie, ayant permis d'arrêter 70 suspects. Mais leur travail resterait très difficile, compte-tenu des liens très étroits entre les dirigeants de la mafia et les hautes sphères du gouvernement de Moscou, d'après la justice espagnole.

Collaboration de la justice espagnole
C'est sans doute le dossier le plus sensible concernant les relations entre l'Espagne et les États-Unis.
Le parquet espagnol semble avoir collaboré avec l'ambassade américaine pour défendre les intérêts américains, et mettre des bâtons dans les roues aux juges, lors d'affaires mettant en jeu les intérêts américains. Ainsi le procureur général d'État Candido Conde-Pumpido était en lien fréquent avec l'ambassade, assurant celle-ci de ses efforts pour classer l'affaire Couso, et lui donnant un véritable conseil juridique quant à cette affaire pour rendre plus difficile le travail d'enquête, et protéger les trois soldats américains prévenus. José Couso, cameraman espagnol, avait été tué en 2003 à l'hôtel Palestine de Bagdad par un tir d'obus américain visant l'édifice, réputé abriter de nombreux journalistes.

Pressions politiques
Le même procureur général Conde-Pumpido s'est opposé à l'enquête ouverte début 2009 auprès de la Audiencia Nacional, plus haute juridiction pénale du pays, suite à une plainte de l'ONG Association pour la dignité des prisonniers, mettant en cause six conseillers de l'équipe Bush, pour actes de torture et crimes de guerre sur les prisonniers de Guantanamo. Dès le départ l'équipe Obama ainsi que le parti républicain ont fait pression sur l'Espagne pour que l'affaire soit enterrée. Javier Zaragoza, procureur en chef de la Audiencia Nacional, prévient tout de suite les autorités américaines que la plainte est bien constituée, et qu'il n'a pas d'autre choix que d'ouvrir une enquête. Si les Américains n'obtiennent pas le classement de l'affaire malgré leur forte pression, Javier Zaragoza leur obtient tout de même que le juge Garzon, réputé pour sa pugnacité, son attachement aux droits de l'homme et son rejet des méthodes américaines, ne soit pas en charge de celle-ci. Le procureur en chef aurait conseillé aux diplomates américains que les USA ouvrent leur propre enquête, afin de couper l'herbe sous le pied à la justice espagnole, qui ne pourrait alors plus réclamer la juridiction universelle.

Bruno DECOTTIGNIES (www.lepetitjournal.com ? Espagne) Jeudi 9 décembre 2010

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