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Femmes samouraïs : qui étaient les guerrières japonaises de l’ombre ?

Par Valeria Giaconia | Publié le 08/02/2022 à 02:51 | Mis à jour le 08/02/2022 à 03:06
Les Femmes samouraïs existaient bel et bien au Japon

Quand on parle de samouraï, on imagine généralement un homme fort en armure traditionnelle, combattant avec honneur face à d’autres guerriers tout aussi imposants. La représentation d’une femme de l’époque est, quant à elle, plutôt celle de la beauté, de l’élégance et de la loyauté envers son foyer. On est donc bien loin de l’image d’un champ de bataille ensanglanté. Pourtant, les samouraïs au féminin, ou onna-bugeisha, ont bien existé. Certaines d’entre elles se sont même battues avec autant de force et de courage que les plus valeureux des hommes. Des tests ADN réalisés sur d’anciens lieux d’affrontements au Japon ont ainsi révélé qu’elles étaient présentes lors des plus grandes guerres du pays. Alors, quel rôle les femmes samouraïs ont-elles joué dans l’histoire japonaise et qui étaient-elles vraiment ?

Sur les traces des premières guerrières nippones

La plus ancienne légende raconte qu’une combattante du nom de Jungū Kōgō aurait mené l’invasion des Trois Royaumes de Corée en l’an 200. Son époux, l’empereur Chūai, fut tué au combat ce jour-là, alors qu’elle dirigea une armée entière et triompha de son succès sans verser une seule goutte de sang. Le récit de ses exploits ne fait pas l’unanimité parmi les historiens. Mais l’impératrice Jungū n’en reste pas moins une incarnation symbolique des premières femmes guerrières.

Entre le XIIe et le XVIIIe siècle, au cœur d’un régime féodal très patriarcal, les femmes japonaises ont surtout un rôle d’épouse modèle : elles assurent la protection de leur maison et de leur famille. Et elles sont exclues du domaine militaire depuis des décennies. Cela n’a pas empêché certaines d’entre elles de porter les armes et de s’affirmer aux côtés des samouraïs.

On les nomme onna-bugeisha, du japonais 女武芸者, qui signifie littéralement « femme pratiquant les arts martiaux ». Il est vrai qu’elles sont formées pour se battre, notamment dans le but de sauver l’honneur de leur époux en temps de guerre. Elles suivent le code d’honneur du samouraï, le Bushido (武士道), et luttent face aux menaces ennemies, comme tous les autres soldats. Mais elles ne peuvent pas prétendre au titre de femme samouraï, ce statut militaire étant réservé à la gent masculine.

Il existe toutefois des preuves de faits d’armes héroïques de la part des onna-bugeisha, qui laissent penser qu’elles n’avaient rien à envier aux grands hommes de leur époque.

Tomoe Gozen est l’une d’entre elles. Son courage sur le champ de bataille et sa fidélité sans faille au clan Minamoto en font la guerrière samouraï la plus célèbre du Japon. Sa force serait équivalente à celle de 1 000 hommes.

 

Tomoe Gozen, la plus puissante des onna-bugeisha

Les exploits de Tomoe Gozen (巴御前) ont été contés à travers les siècles, parfois amplifiés, au point de ne plus vraiment savoir ce qui relève de la réalité ou de la fiction. Ce qui est certain, c’est qu’elle a marqué les esprits par sa bravoure et ses combats légendaires.

Image de Tomoe Gozen, femme samouraï

Tomoe Gozen se bat aux côtés de son maître (ou amant, selon les récits) : Yoshinaka Minamoto. Elle est même nommée capitaine du clan Minamoto, ce qui en fait la première onna-bugeisha à accéder à ce poste militaire. Son histoire est relatée dans le Heike monogatari (平家物語), l’ouvrage emblématique de l’histoire médiévale japonaise. Elle y est décrite comme dotée d’une beauté et d’un talent hors du commun.

« Tomoe Gozen était particulièrement belle, avec une peau blanche, des cheveux longs et un charme exceptionnel. Elle était aussi une archère remarquablement forte et, en tant que porteuse d’épée, elle était une guerrière valant mille hommes, prête à affronter un démon ou un dieu, à cheval ou à pied. Chaque fois qu’une bataille était imminente, Yoshinaka Minamoto l’envoyait comme sa première capitaine, équipée d’une armure solide, d’une très grande épée et d’un arc puissant, et elle accomplissait plus d’actes de valeur qu’aucun de ses autres guerriers ».

Le début de l’ère Kamakura au Japon est marqué par la guerre de Genpei (1180 – 1185), qui oppose les clans Minamoto et Taira. Tomoe Gozen s’illustre en guidant à la victoire plus de 1 000 combattants et en décapitant 7 des meilleurs guerriers adverses. Lors de la bataille finale d’Awazu, le 21 février 1184, elle dirige d’une main de fer 300 samouraïs dans un affrontement impossible contre 6 000 soldats Taira. La défaite est alors inévitable, mais elle fait partie des 5 derniers survivants de son clan.

Yoshinaka Minamoto est mortellement blessé et lui ordonne de fuir le champ de bataille. Elle décide alors, pour lui faire honneur, d’attaquer une dernière fois les troupes ennemies et d’abattre d’un seul coup d’épée le plus fort guerrier du groupe, avant de lui couper la tête.

L’histoire connue de Tomoe Gozen s’arrête ici et il n’existe aucune trace historique de la suite de sa vie. Des légendes japonaises prétendent qu’elle serait devenue religieuse bouddhiste ou, selon une version plus héroïque, qu’elle aurait marché jusqu’à l’océan en portant la tête de son dernier ennemi, avant de se noyer pour honorer la mémoire de son maître à tout jamais.

 

Nakano Takeko, l’ultime héritière des femmes samouraïs

À l’époque d’Edo, le nombre de guerrières augmente considérablement, notamment pour répondre aux besoins du Shogunat Tokugawa (système dans lequel un dirigeant militaire, le shogun, exerce le pouvoir au nom de l’Empereur).

Les femmes s’entraînent au combat et au maniement du naginata, un long sabre à lame courbée, plus léger que le katana et plus facile à manier. Elles se déplacent en groupe et assurent la sécurité de villages entiers, prouvant une fois de plus qu’elles n’ont guère besoin d’hommes pour les défendre.

Une autre femme samouraï célèbre

Nakano Takeko est l’une des dernières onna-bugeisha connues. En 1868, alors professeure d’arts martiaux, elle est chargée de constituer un bataillon de femmes pour protéger le clan Tokugawa face aux forces impériales. Elle réunit plus de 30 dures à cuire et prend le commandement de l’unité, qui sera renommée quelques années plus tard Jōshitai (娘子隊, littéralement « armée de femmes »).

À l’automne 1868, lors de la célèbre bataille d’Aizu, Nakano Takeko et ses 30 combattantes montent au front auprès des samouraïs, défiant l’ordre formel de ne pas se mêler aux hommes. Elles lancent une offensive et profitent de l’hésitation des troupes adverses – qui ne savent pas comment réagir face à une armée composée de femmes – pour décimer des dizaines de guerriers impériaux, avant le coup de feu final annonçant la victoire de l’Empereur.

Nakano Takeko, agée de 21 ans à peine, tue six soldats à elle seule ce jour-là. Mais une balle l’atteint à la poitrine et elle finit par tomber au combat. Elle demande alors à sa sœur, Nakano Yuko, de la décapiter, pour ne pas laisser l’ennemi s’emparer de sa tête en guise de trophée. Après la bataille, la tête de Nakano Takeko est enterrée par sa famille au pied d’un pin du temple Hōkai, dans la préfecture de Fukushima.

monument en l'honneur de Nakano Takeko
Monument représentant Nakano Takeko, armée de son naginata, dans la ville d’Aizu-Wakamatsu

Cette violente bataille marque la fin du shogunat, mais également celle des femmes samouraïs. C’est le début de l’ère Meiji au Japon (1868 – 1912). Le gouvernement impérial s’ouvre au monde et, alors que le pays se modernise, la place des femmes dans les armées se trouve réduite à des postes administratifs ou à celui de mère au foyer.

 

Entre légende et vérité, les combattantes japonaises représentent, encore aujourd’hui, un vrai symbole de force. À l’occasion du festival d’automne d’Aizu, de jeunes filles se réunissent en groupe, vêtues d’un hakama (le pantalon traditionnel des samouraïs) et d’un bandeau blanc, pour commémorer les actes remarquables de Nakano Takeko et de son armée de guerrières.

Leur vie inspire aussi la culture populaire, à l’image du jeu vidéo Ghost of Tsushima : l’intrigue se déroule au Japon en pleine période féodale et fait référence à Tomoe Gozen dans l’une des missions. Les mangas japonais n’hésitent pas à illustrer des femmes fortes et sûres d’elles, rappelant le tempérament de feu des femmes samouraïs, comme les personnages d’Erza dans Fairy Tail ou de Mikasa dans Shingeki no Kyojin.

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Valéria

Valeria Giaconia

Expatriée au Japon en pleine crise sanitaire, Valeria a en profité pour renouer avec sa passion de l'écriture. Elle est rédactrice web SEO et consultante en stratégie digitale.
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