L’année dernière, j'évoquais comment La Grande Vague de Kanagawa d'Hokusai avait traversé les siècles pour se loger dans nos claviers, réduite à un simple emoji 🌊. Cette année, l'œuvre quitte l'écran pour reprendre forme dans la pierre et les pétales, à des milliers de kilomètres du Japon, sur la célèbre Grand-Place de Bruxelles en Belgique. 2026 marque en effet le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la Belgique et le Japon, scellées par un traité d'amitié, de commerce et de navigation signé en 1866. Pour l'occasion, deux temps forts se sont enchaînés à quelques semaines d'intervalle : une visite d'État impériale en juin, puis un hommage floral monumental en août.


Un empereur en visite, 33 ans après
Du 20 au 25 juin 2026, l'empereur Naruhito et l'impératrice Masako ont effectué une visite d'État en Belgique, leurs premiers pas sur le sol belge depuis le mariage du roi Philippe et de la reine Mathilde en 1999, et la première visite d'un empereur japonais en exercice depuis 1993. C'est la princesse héritière Elisabeth qui a assumé pour la première fois un rôle protocolaire de cette ampleur en accueillant le couple impérial.
Un symbole supplémentaire de cette fascination belge pour le Japon se trouve d'ailleurs depuis plus d'un siècle dans le parc de Laeken : la Tour japonaise, commandée par le roi Léopold II après l'Exposition universelle de Paris de 1900 et inaugurée en 1905, toujours visible aujourd'hui.
La célèbre vague d'Hokusai refaite en dahlias
Deux mois plus tard, du 13 au 16 août, c'est au tour de la Grand-Place de se parer de couleurs japonaises. Pour la 24e édition du célèbre Tapis de Fleurs bruxellois, l'organisation a choisi de reproduire La Grande Vague de Kanagawa à l'aide d'environ 700 000 fleurs, sur une surface de 1 680 mètres carrés. La conception du motif a été confiée à l'artiste japonais Hiro Sugiyama, professeur à l'Université des Arts de Kyoto, qui a voulu donner une lecture contemporaine au chef-d'œuvre d'Hokusai plutôt qu'une simple copie florale.
Ce n'est pas la première fois que le Japon inspire le Tapis de Fleurs : en 2016, pour le 150e anniversaire des mêmes relations diplomatiques, la place s'était déjà couverte de carpes koïs, de cerisiers et d'une grue. Cette année, la Belgique innove en installant en parallèle un second tapis, place de la Bourse, consacré cette fois au houblon, clin d'œil à sa propre tradition brassicole.

De l'écran aux pétales
Il y a quelque chose d'assez poétique à voir cette même vague, née d'un pigment, le bleu de Prusse, importé d'Allemagne au XIXe siècle, faire aujourd'hui le chemin inverse. Après avoir conquis le monde numérique sous la forme d'un pictogramme universel, elle reprend vie, l'espace de quatre jours, sous une forme on ne peut plus organique et éphémère.
Entre Tokyo et Bruxelles, entre 1831 et 2026, entre pixels et pétales, la Grande Vague continue, décidément, de ne jamais vraiment se briser.
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