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Renault Nissan-Mitsubishi : chronique d'un succès (compte rendu FAJ)

Par Julien Loock | Publié le 02/12/2017 à 02:06 | Mis à jour le 02/12/2017 à 02:19
renault nissan mitsubishi

Chaque conférence mensuelle de l'association Femmes Actives Japon (FAJ) est une opportunité unique d'aborder un thème ancré dans la réalité économique et sociologique japonaise, sans omettre le rapport qu'elle entretient avec la France. En ce mois de novembre 2017, elle s'est intéressée au domaine automobile en retraçant le portrait de l'alliance Renault Nissan-Mitsubishi. Présentée par Vincent Cobée, fin connaisseur du sujet et excellent orateur, l'avant-dernière conférence de l'année 2017 a tenu, une nouvelle fois, toutes ses promesses.

 
Diplômé de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et d'un MBA de Harvard, Vincent Cobée arrive au Japon en 2002 chez Nissan. Responsable des achats Europe de la marque japonaise, directeur de programmes puis en charge pendant 7 ans de la marque Datsun, il est aujourd'hui corporate VP chez Mitsubishi Motors depuis avril 2017. Sa relation privilégiée avec ces grandes maisons de l'automobile française et japonaise lui permet aujourd'hui de décrypter les enjeux cruciaux d'une telle alliance et de réaliser le tour d'horizon exhaustif des clés de la réussite. Signée en 1999, l'alliance entre le groupe français Renault et le groupe japonais Nissan est encore aujourd'hui un modèle du genre. Cette association, qui trône sur la première marche du podium automobile mondial, doit continuellement faire face à des perspectives économiques, sociales et technologiques mouvantes qui l'obligent constamment à travailler un plan stratégique ambitieux et des plus précis. Transculturel qui plus est, ce partenariat est considéré comme un véritable succès. La longévité de dix-huit années lui confère un statut tout particulier. L'alliance d'hier, d'aujourd'hui et de demain, nous est alors contée par l'un de ses acteurs, Vincent Cobée.


Automobile : l'histoire d'une alliance franco-japonaise prospère


Union entre deux partis, une alliance est synonyme de force mutualisée. Sur le papier, cette relation est tout bonnement une opportunité de réussite et d'un renfort essentiel pour atteindre un but commun. Entre la théorie et la réalité, il y a un monde d'écart. Dans un secteur automobile aux enjeux considérables, le mariage entre égos et les guerres d'intérêt peuvent conduire au divorce plutôt qu'à la prospérité et la longévité. Citons, pour exemple, la fusion en 1998 de Daimler-Benz et Chrysler qui ne dura que neuf ans. Cela fait maintenant dix-huit ans que l'alliance entre Renault et Nissan perdure. Les clés de cette réussite peuvent paraître simples, mais les appliquer à des niveaux aussi importants pourrait facilement être synonyme de désillusion. Pour Vincent Cobée, l'intérêt commun doit être au centre d'une alliance avec un objectif gagnant/gagnant pour tous les acteurs de l'union. Le business doit également être flexible, surtout dans un mariage interculturel, entre la France et le Japon, là où les incompréhensions sont légion. On optimise ainsi les synergies et on s'implique, corps et âme, dans l'alliance pour qu'elle puisse prospérer et contourner les différents obstacles se dressant sur son chemin.


Entre actionnariat et plan stratégique, l'opportunisme peut également se glisser dans une action sous contrôle. Cela a été le cas pour l'achat de 34% des parts de Mitsubishi par Nissan, décidé en une semaine suite au scandale qui toucha Mitsubishi en 2016 (ndlr fraude et manipulation sur les tests des émissions polluantes). Aujourd'hui, ce rachat est vu comme un challenge réussi, qui ramène de la sérénité dans une entreprise gravement touchée par cette esclandre écologique. En 2017, le chiffre d'affaires monde de l'alliance atteint les 180 milliards d'euros. Plus de 470 000 employés travaillent au quotidien aux quatre coins de la planète pour le groupe automobile franco-japonais. Ces chiffres démontrent la bonne santé de l'alliance et fortifient toujours plus les bonnes relations entre tous les acteurs du projet. Les statistiques sont également là pour conforter la puissance du groupe qui se situe dans le Top 3 des plus grands fabricants de voitures au monde et dans le Top 20 des compagnies mondiales (en référence au chiffre d'affaires global). Les cinq plus importants marchés de Renault Nissan-Mitsubishi attestent la présence du groupe dans le monde : Etats-Unis, Chine, France, Japon et Russie. Ces chiffres éloquents ont été également possibles grâce aux dix marques que l'alliance possède. Certes Renault, Nissan et Mitsubishi sont en haut de l'affiche, mais sept autres marques se sont jointes à l'aventure économique : Dacia, Samsung Motors, Lada, Alpine, Infiniti, Datsun et Venucia. Cette stratégie commune d'alliance économique, industrielle, juridique et commerciale a ainsi hissé le groupe sur le podium mondial du secteur automobile. 

 

logo Renault Nissan Mitsubishi


Les dessous d'une alliance 


L'alliance est évidemment une force lorsqu'elle est maîtrisée. Les synergies, qui en découlent, assurent un confort économique au groupe. La réduction des coûts est importante (les marques achètent ensemble et en masse), les coûts supplémentaires sont évités au maximum et les revenus prennent alors le chemin de la croissance positive. Les effets vertueux sont également nombreux : les volumes sont plus importants et assurent un rapport meilleur coût/meilleur produit des plus intéressants. Mais pour en arriver à ce stade de confiance et de mutualisation des efforts, le chemin n'a pas été simple. Depuis 1999 et le début de l'alliance, un travail délicat pour éviter l'effet dominant/dominé  a été entrepris. 


En ce qui concerne la politique des gens uniques, les mentalités ont évolué en prenant le temps qu'il fallait. Car multiplier les décideurs plus ou moins au même poste, en France ou au Japon, n'offre que ralentissement et communication bancale, lorsqu'il s'agit de technologie par exemple (le standard électrique d'une batterie dans le groupe...). Il est essentiel d'uniformiser les décisions dans un groupe aussi important que celui de Renault Nissan-Mitsubishi. Aujourd'hui, une voiture impose cinq années de travail pour la développer avant la sortie publique définitive et sa technologie actuelle contraint le groupe à innover constamment (quarante cinq ordinateurs composent en moyenne un véhicule). Et puisque le futur n'est jamais loin, le groupe doit être en totale adéquation sur ses décisions clés, exigées par un monde automobile en perpétuelle évolution.


Préparer le futur, une mission essentielle pour l'alliance


Les véhicules électriques et les véhicules connectés sont au cœur des innovations les plus attendues pour le futur du secteur automobile. Le groupe souhaite ainsi disposer à la vente de douze voitures électriques d'ici 2022. Toujours en lien avec la synergie chère à l'alliance, 70% des plateformes sont partagées entre les différentes marques du groupe ainsi que 100% des éléments électroniques. Renault Nissan-Mitsubishi a de très nombreux objectifs qu'il souhaite atteindre pour consolider sa place sur le podium pour les années cruciales à venir. Le groupe planche ainsi sur l'autonomie des véhicules (600 km étant la barre fixée), mais également sur le temps de charge. Il est prévu que quinze minutes de charge puissent assurer 230 km en 2022, année pour laquelle l'alliance souhaite posséder 30% du volume total de ses ventes et constructions en électrifié.


La voiture connectée, quant à elle, présente un cahier des charges où les difficultés, juridiques ou éthiques par exemple, sont légion. Les grandes ambitions du groupe sur ce modèle passent avant tout par la connexion via le smartphone du client. Avec un réseau connecté à la voiture ainsi qu'au téléphone du conducteur et à un cloud sécurisé, les possibilités sont infinies. Le constructeur peut ainsi collecter des informations sur la voiture, sur le trajet et sur les conditions qui entourent le déplacement et intervenir alors pour un confort de conduite supplémentaire : détection des problèmes, préventions diverses, informations personnalisées sur la route, amélioration des services liés au véhicule... Le trajet peut être véritablement amélioré pour le conducteur. Mais puisque la menace est omniprésente, le groupe doit également travailler à la sécurité entourant la voiture connectée. Car si des hackers arrivent à prendre possession du contrôle d'un véhicule, le résultat peut s'avérer alarmant. Quid de l'ouverture des portes à distance ? Quid des paramètres de vitesse du véhicule ? Ces questions reviennent en boucle et le travail des ingénieurs du groupe est un point clé pour contrer la possibilité de piratage du parc automobile de l'alliance. Une autre question éthique vient bouleverser le développement de ces technologies, amenées à devenir la norme des voitures des années futures. Car, au-delà de cette connexion pensée pour améliorer le trajet du client, se pose la question du changement des paramètres à distance. 


Avec cette technologie de véhicule connecté et électrique, il est ainsi possible de modifier des données à distance. L'exemple le plus récent est celui de la marque Tesla qui a proposé, à ses clients habitant la Floride, de débrider gratuitement les capacités de leur batterie électrique pour leur permettre de mieux gérer l'arrivée de l'ouragan Irma et la fuite qui en déroule. Cette situation unique soulève deux questions très importantes pour le client et l'avenir de ces véhicules. Les batteries (et donc l'autonomie) sont artificiellement limitées par le constructeur, ce qui peut paraître un comble dans la recherche à l'autonomie la plus longue possible. L'option pour débrider la batterie des véhicules d'entrée de gamme est normalement payante chez le constructeur Tesla. Ce geste amène une grave réflexion à la perspective angoissante. Une entreprise peut ainsi, comme bon lui semble, intervenir à distance sur le véhicule d'un client, sans forcément l'avertir des données modifiées. La sécurité est au centre des préoccupations de l'alliance Renault Nissan-Mitsubishi qui souhaite, dès 2018, offrir de plus en plus de véhicules connectés. La meilleure expérience possible pour le conducteur est au cœur du projet des véhicules du futur. 
Autre type de véhicule dont l'avenir sera doté, les voitures autonomes font partie des grands projets technologiques du groupe. Même si la situation actuelle ne favorise pas encore le développement optimal de ces véhicules (complication industrielle et technologique, la question de la légalité...), ce procédé de déplacement futuriste est l'avenir de la voiture de demain. Mais la voiture 100% autonome n'est pas prévue avant 2022 et ne sera seulement utilisable que dans des zones sécurisées. L'humain a l'avantage de s'adapter à toutes les situations au volant de sa voiture, ce que ne pourra pas faire une voiture autonome dans un futur proche. Vincent Cobée donne alors l'exemple très convaincant de la place de l'Etoile à Paris. La complexité de circulation mêlée à des milliers de possibilités de déplacements/sorties/freinages ne peut être gérée par la technologie en cours des véhicules autonomes, en tout cas dans les dix prochaines années. La technologie actuelle est donc plus adaptée à des situations précises et simples à appréhender pour l'ordinateur (une voie d'autoroute par exemple). La question juridique de la responsabilité en cas d'accident est également fortement problématique. Qui du client ou du constructeur serait en tort lorsqu'un incident met en cause une voiture autonome ?


Réflexions et challenges pour Renault Nissan-Mitsubishi


Vincent Cobée conclut alors sa conférence, entrecoupée de nombreuses questions des participantes, créant de beaux débats animés, par un récapitulatif des réflexions et des challenges pour un groupe comme celui de Renault Nissan-Mitsubishi. Le respect de l'entreprise et des marques est primordial dans une alliance aussi importante. Il n'y a aucunement de place pour une relation dominant/dominé qui ne pourra que s'achever par une fin négative. Ainsi, la logique gagnant/gagnant (instaurée par Carlos Ghosn) est une pièce maîtresse d'une base solide facilitant la prospérité d'une union économique. L'intégration se doit d'être progressive pour ne pas ébranler trop rapidement les acquis des différents acteurs et éviter toute guerre d'égos, fatale dans de nombreux cas. Puis le choix des cadres, uniques à leur poste, favorise la communication et la facilité des échanges entre les prestataires et les employés, créant un réseau mondial de connaissance commune simplifiée. Augmenter les doublons et les étapes annihile de nombreux efforts et allonge considérablement les décisions du groupe. Enfin, la taille de ce dernier aide à la réduction des coûts et à l'augmentation des performances en tout genre. 


Bien évidemment, des challenges accompagnent la liste des avantages d'une alliance économique et industrielle. La taille impose une complexité de gestion importante, surtout lorsque les marques sont de nationalités différentes. L'industrie, en perpétuel mouvement, oblige les acteurs du secteur automobile à devoir toujours innover et s'adapter à un environnement où les technologies sont très rapidement dépassées. Les formes d'énergie, les normes des pays et le prix sont des questions qui entrent aussi en compte dans les nombreuses décisions de stratégies que doit régulièrement prendre la Direction du groupe. Ce monde instable et divergent impose aux entreprises de devoir constamment s'adapter à toutes situations pour continuer à prospérer. Les différentes stratégies menées par le groupe Renault Nissan-Mitsubishi depuis 1999 ont fait de cette alliance un modèle de réussite unique. L'avenir et son lot de défis technologiques et industriels sont des challenges quotidiens que le groupe semble plus que jamais prêt à relever.

 

Julien Loock

Julien Loock

Rédacteur en chef de l'édition de Tokyo depuis décembre 2016.
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