Ses graffitis dénoncent, ses stickers coûtent le prix d'une journée de travail. Alex Face transforme la mort des ouvriers du SAO en matière politique.


Au rez-de-chaussée de l'Alliance française de Bangkok, le restaurant Bonjour Bonsoir affichait ce samedi matin 23 mai 2026 une ambiance inhabituelle. Une vingtaine de personnes, fans de longue date mêlés à des curieux, s'étaient installées autour de Patcharapol Tangruen, dit Alex Face, le graffeur thaïlandais le plus exporté à l'international. Sur l'écran, la vidéo de sa dernière intervention : des graffitis sur les murs d'un bâtiment abandonné de Bangkok, pour dénoncer la mort des ouvriers du chantier du Bureau de contrôle des finances de l'État (SAO) à Chatuchak, effondré lors du séisme du 28 mars 2025. 93 personnes avaient péri selon le Bangkok Post, pour la plupart des travailleurs migrants birmans.

Il vendait des stickers à 300 baht. « Le prix est calqué sur le salaire des ouvriers », explique-t-il. Les recettes vont aux migrants birmans. Le geste est simple, la référence est claire.
L'art politique sans mandat
Alex Face se revendique auteur de dessins politiques, sans se poser en militant déclaré. « Mes œuvres sont politiques. Je dénonce, c'est le but. » À Bangkok, les bâtiments abandonnés sont nombreux et constituent des supports naturels, même si graffer reste interdit. Face aux forces de l'ordre, le dialogue prime : « Si je croise la police, ce n'est pas forcément une arrestation. On peut discuter. » Entre grafeurs, pas de friction : « C'est peace. »
Ses œuvres sont présentes dans plusieurs dizaines de pays et dans la collection permanente du Musée d'art contemporain (MOCA) de Bangkok.
Le chantier du SAO, lui, est toujours sous scellés judiciaires.












