Édition internationale

Pour un accident meurtrier ou un dinosaure, la Thaïlande est dans la presse française

Un accident meurtrier, une libération sous bracelet et des temples en litige. La presse française regarde la Thaïlande cette semaine, avec plus ou moins de recul.

Accident train bus Bangkok Accident train bus Bangkok
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 18 mai 2026


 

Samedi 16 mai 2026, un bus immobilisé sur les rails d'Asok-Din Daeng Road, dans le district de Huai Khwang, a été percuté par un train de fret, tuant huit personnes. L'événement fait l'objet d'un article publié par lepetitjournal.com Thaïlande ce jour même et passionne la presse française. France 24, reprenant l'AFP, dresse autour de la sortie de prison de Thaksin Shinawatra, le portrait d'une figure politique en fin de cycle. France Info couvre ensuite la colère de Phnom Penh après que la Thaïlande a inscrit des temples frontaliers contestés à son registre national. Futura Sciences et France Info relaient la découverte du plus grand dinosaure jamais mis au jour en Asie du Sud-Est. L’événement s’est produit dans la province de Chaiyaphum, en Isaan. Le Figaro publie son guide des incontournables du royaume. Enfin, Vanity Fair a rencontré la princesse Sirivannavari Nariratana Rajakanya, à l'occasion de l'exposition de mode royale thaïlandaise ouverte la semaine dernière à Paris.

 

L’accident de trop au passage à niveau

 

France 24 rapporte que « huit personnes sont mortes et 35 autres ont été blessées », selon les mots du chef de la police de Bangkok, Urumporn Koondejsumrit, à l'AFP. L'incendie consécutif à la collision entre un train de marchandises et un bus, samedi à Bangkok, est classé parmi les accidents de transport les plus meurtriers de l'année. Le conducteur du train a été testé positif aux drogues. Détails dans notre article du jour.

Ce que France 24 note, presque en passant, mérite d'être dit plus franchement : « les accidents de transport sont relativement fréquents en Thaïlande, dont les routes figurent parmi les plus meurtrières au monde en raison de la vitesse, de l'alcool au volant et d'une application des lois parfois laxiste ». Bangkok compte des dizaines de passages à niveau ouverts au cœur d'artères saturées. Les questions sont toujours les mêmes après chaque accident. Les réponses aussi.

 

Thaksin, la fin d'un cycle


Thaksin Shinawatra

 

France 24, reprenant l'AFP, présente Thaksin Shinawatra comme une « figure incontournable de la politique locale », à sa sortie de la prison de Klong Prem, le 11 mai 2026. Le milliardaire de 76 ans, condamné pour corruption, devra porter un bracelet électronique pendant quatre mois de probation. Il a déclaré à la presse avoir « hiberné pendant huit mois ». Le cadrage de France 24 est exact mais trop ouvert sur la question du retour, qui ne se pose plus vraiment en Thaïlande. Un analyste de l'université de Rangsit, Wanwichit Boonprong, estime que « la libération de Thaksin renforcera le Pheu Thai à court terme car les gens auront le sentiment que son patron est de retour ». Ce que le journal ne dit pas clairement, c'est que le Pheu Thai vient d'enregistrer son pire résultat électoral, tombant à la troisième place en février, et que la fille de Thaksin, Paetongtarn Shinawatra, a été destituée de son poste de Première ministre en août 2025. Le court terme, c'est peut-être tout ce qui reste à la dynastie.

 

Les temples que Bangkok a fait siens


Temple dans la jungle Thaïlande Cambodge

 

France Info rapporte le 13 mai que l'ajout par la Thaïlande de plusieurs temples, dont elle a pris le contrôle lors d'affrontements frontaliers meurtriers avec le Cambodge en 2025, à son registre des monuments historiques a suscité la colère de Phnom Penh. Bangkok justifie l'inscription par un « souci de clarté en matière de protection des monuments anciens ». Le ministère cambodgien de la Culture répond qu'il « considère cet enregistrement comme une tentative illégale de créer une apparence juridique artificielle concernant des sites culturels situés sur le territoire souverain du Royaume du Cambodge ». France Info rapporte les faits sans en tirer la conclusion logique : inscrire à son patrimoine national des temples pris lors d'un conflit armé, c'est transformer une conquête militaire en acte administratif. Le droit suit les armes.

 

Un dinosaure de 27 mètres en Isaan


Fouilles Isan

 

Futura Sciences est direct : « long de plus de 27 mètres et pesant près de 30 tonnes, ce dinosaure inédit pourrait bien être le plus grand jamais découvert en Asie du Sud-Est ». Le Nagatitan chaiyaphumensis a été mis au jour dans la province de Chaiyaphum et décrit dans Scientific Reports le 14 mai. France Info ajoute que le scientifique thaïlandais Thitiwoot Sethapanichsakul a surnommé l'animal « le dernier titan », car il a été découvert dans l'une des formations rocheuses les plus récentes parmi celles où ont été trouvés des dinosaures en Thaïlande, la région étant ensuite devenue une mer peu profonde.

La couverture des deux médias est bien vulgarisée. Ce qui manque, c'est le contexte régional : l'Isaan, souvent réduit dans la presse étrangère à la politique rurale, est depuis des décennies la région la plus fertile de Thaïlande pour la paléontologie. L'animal a été repéré en 2016 par un habitant qui avait remarqué des roches inhabituelles au bord d'un étang. Il a fallu dix ans pour aboutir au Nagatitan.

 

Ce que Le Figaro recommande en Thaïlande est assez banal


Chiang Mai

 

Le Figaro a publié son guide des cinq sites incontournables du royaume. La liste est celle que tout lecteur pourrait écrire sans jamais avoir atterri à Suvarnabhumi. Bangkok, Chiang Mai, Ayutthaya, Phuket, les îles du Sud. Ce ne sont pas de mauvais choix. Ce sont les seuls choix possibles quand on traite la Thaïlande comme un décor plutôt que comme un pays. La critique n'est pas d'exiger que Le Figaro envoie ses lecteurs dans des zones peu accessibles. C'est de constater que la presse française n'a pas fait évoluer son regard sur la Thaïlande depuis vingt ans. Le même article, les mêmes photos, les mêmes cinq noms. Le pays, lui, a changé.

 

Haute couture et artisanat thaïlandais exposés à Paris


Princesse de Thaïlande à Paris

 

Vanity Fair consacre un long article à l'exposition « La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande », ouverte depuis le 13 mai au Musée des Arts décoratifs. Le magazine résume ainsi l'ambition initiale de la reine Sirikit : « L'objectif ? Se présenter au monde vêtue de tenues mêlant haute couture parisienne et artisanat thaïlandais. »

La princesse Sirivannavari Nariratana Rajakanya, petite-fille de la reine et haute patronne de l'exposition, confie au magazine : « Ma grand-mère m'a toujours dit qu'elle rêvait de voir nos savoir-faire textiles représentés à Paris. » L'entretien est élégant, dans le registre attendu du magazine. Ce qu'il dit en creux est plus intéressant : les Chud Thai Phra Rajaniyom, les huit formes de costume de cour imaginées par la reine Sirikit dans les années 1960, sont toujours portés lors des cérémonies officielles thaïlandaises. La mode royale n'est pas une archive. C'est une langue politique encore parlée.
Les robes sont à Paris pour la première fois.

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