Dans les montagnes de Chiang Rai, les descendants de soldats nationalistes chinois cultivent du thé Oolong à 1.400 mètres d'altitude. Une histoire qui commence avec l'opium.


Les panneaux sont écrits en mandarin et les versants sont couverts de théiers. Au village de Doi Mae Salong, dans le nord de la Thaïlande, on produit de l'Oolong, un thé semi-oxydé d'origine chinoise, parmi les plus fins du pays. Difficile de croire que ce village a été fondé par une armée en fuite.
Une armée qui ne voulait pas rendre les armes
En 1949, après la victoire des communistes de Mao Zedong, une division de l'armée nationaliste du Kuomintang (KMT) basée dans la province chinoise du Yunnan refuse de capituler. Plutôt que de rejoindre Taïwan comme le gros des troupes, les soldats de la 93e division franchissent la frontière vers la Birmanie. Ils resteront plus d'une décennie dans les montagnes du Triangle d'or avant que Rangoun ne les expulse.
Le général Tuan Shi-wen mène cette « armée perdue » jusqu'aux montagnes du nord de la Thaïlande en 1961. Sans statut légal ni ressources, les soldats se financent en partie par le commerce d'opium dans le Triangle d'or. En 1971, la CIA estimait que ce site de raffinage d'héroïne était l'un des plus grands d'Asie du Sud-Est. Bangkok finit par accepter leur présence en échange d'un engagement militaire contre les insurgés communistes sur la frontière nord. Ce qu'ils acceptent pendant vingt ans. Le gouvernement thaïlandais leur accorde progressivement un statut légal : droit de résidence en 1972, cartes de citoyenneté en 1978, désarmement complet en 1982.
Des plants venus de Taïwan
De soldats à cultivateurs, la reconversion vient de Taïwan. L'Association de secours de la Chine libre (FCRA), organisation semi-officielle taïwanaise, envoie des représentants à partir de 1982 et finance le développement agricole de la communauté. Des plants d'Oolong sont importés de Taïwan, des techniciens forment les cultivateurs aux méthodes de traitement. Le gouvernement approuve. Le village prend alors un nouveau nom : Santikhiri, qui signifie « montagne de la paix » en thaï, préférable à un nom très associé aux trafics de drogues.
Le terrain et le climat font le reste. À ces altitudes, les températures basses ralentissent la croissance des feuilles et concentrent les arômes. La cueillette reste manuelle, le flétrissage se fait au soleil, l'oxydation est conduite feuille à feuille. La province produit aujourd'hui environ 200 tonnes de thé par an et le nombre de plantations n'a cessé de croître. Des experts taïwanais travaillent encore aux côtés des producteurs locaux et l'Oolong de Mae Salong est aujourd'hui la référence du thé thaïlandais.










