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Un léopard à Kaeng Krachan, bonne nouvelle pour la biodiversité

Un félin a été photographié sur une route du plus grand parc de Thaïlande : un signal fort pour la biodiversité et un encouragement à la protection des espaces naturels.

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Le photographe animalier Kittipong Ngamjling n'avait pas prévu cette rencontre. En mai 2025, son appareil a saisi un léopard traversant tranquillement une route du parc national de Kaeng Krachan, en province de Phetchaburi, à quelque 250 kilomètres au sud de Bangkok. Les images ont été diffusées cette semaine par la direction du parc, qui y voit un signe positif. « Les léopards sont des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, a déclaré Mongkol Chaiphakdee, directeur du parc. S'ils peuvent prospérer dans une zone, cela signifie que la biodiversité y est encore forte. »

Replaçons cette découverte dans son contexte. Le léopard d'Indochine (Panthera pardus delacouri), sous-espèce propre à l'Asie du Sud-Est continentale, ne survit plus que sur 2 à 6% de son aire historique, qui s'étendait du sud de la Chine jusqu'à la Malaisie. Les estimations de population oscillent entre 77 et 766 individus dans la nature. Au Cambodge, au Vietnam et au Laos, il est considéré comme fonctionnellement éteint, victime du braconnage, du trafic d'espèces sauvages et d'une crise du piégeage : quelque 12 millions de pièges seraient disséminés dans les forêts protégées de ces trois pays.

La Thaïlande fait figure d'exception relative. La population nationale est estimée entre 400 et 800 individus, dont 175 à 350 adultes en âge de se reproduire. Mais la distribution s'est réduite : depuis le début des années 2000, l'animal n'est plus recensé dans les complexes forestiers du nord et du centre-sud du pays. Disparu ou retranché loin des hommes, il faudra attendre pour le savoir.

 

Kaeng Krachan, dernier bastion

 

Le parc de Kaeng Krachan, le plus vaste de Thaïlande avec plus de 450 espèces animales répertoriées, fait partie du Complexe forestier de la Tenasserim du Nord, à cheval sur la frontière birmane. Il est identifié comme l'un des deux derniers bastions viables pour le léopard d'Indochine, l'autre se trouvant en Malaisie péninsulaire. Dans la zone d'étude de 1.000 kilomètres carrés suivie par les équipes du parc, la densité est estimée à 3 à 4 individus pour 100 km².

En tant que prédateur, le léopard régule les populations de proies. Sa disparition pourrait entraîner une cascade d'extinctions secondaires, selon Susana Rostro-García, co-auteure d'une étude de 2024 sur l'espèce. Robert Steinmetz, du Fonds mondial pour la nature (WWF) Thaïlande, plaide pour une approche par communautés écologiques plutôt qu'espèce par espèce. Les efforts de conservation se concentrent généralement sur le tigre, laissant le léopard dans l'angle mort.

Le parc a réaffirmé son engagement en faveur de patrouilles intensives et de pièges photographiques pour surveiller les espèces. Les photos de Kittipong Ngamjling, elles, circulent désormais sur les réseaux : un léopard en liberté, à moins de trois heures de Bangkok.

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