La croissance thaïlandaise est au plus bas depuis des années. Le 15 mai, le Premier ministre a réuni une trentaine de PDG à Government House pour entendre leurs propositions.


La Thaïlande ne va pas bien économiquement. La croissance devrait atteindre entre 1,2 et 1,6% cette année, selon le principal comité économique privé du pays, qui a revu ses prévisions à la baisse en avril. C'est peu. Trop peu pour un pays qui cherche à rejoindre l'OCDE d'ici 2030. Le conflit au Moyen-Orient pèse sur les coûts de production et les prix de l'énergie. Les exportations reculent. L’inflation se maintient autour de 2-3%.
Face à ce tableau, Anutin Charnvirakul a choisi d'ouvrir Government House au patronat. Le 15 mai au soir, une trentaine de dirigeants représentant dix secteurs clés ont été reçus au bâtiment Pakdee Bodin. Parmi eux, Dhanin Chearavanont du groupe CP, aux côtés des PDG de Gulf Energy, de Kasikornbank, de Central Retail ou de Toyota Thaïlande. Trois minutes par secteur pour présenter leurs propositions. Le Premier ministre a précisé d'entrée que le gouvernement était là pour écouter, pas pour parler.
Ce que le secteur privé demande
Les propositions ont fusé. La Fédération des industries thaïlandaises (FTI) a présenté six axes : favoriser les produits « Made in Thailand » dans les marchés publics, faciliter l'accès au crédit pour les petites entreprises, sécuriser l'énergie, améliorer la gestion des déchets industriels, simplifier les réglementations et investir dans les infrastructures. L'idée derrière le « Made in Thailand » : obliger l'État à acheter thaïlandais pour que la dépense publique profite à l'économie locale plutôt qu'aux importations. Elle demande au gouvernement de réserver au moins 40% de ses commandes publiques à des produits fabriqués localement, soit 80 milliards de bahts sur un budget total de 200 milliards d'ici 2027.
Le secteur hôtelier parle encore visas
La Chambre de commerce a été plus directe. Elle a demandé la création d'un comité national anticorruption incluant le secteur privé, une réforme agricole d'urgence pour stabiliser les revenus de 30 millions de paysans et une accélération des accords commerciaux. Son président a réclamé qu'Anutin Charnvirakul pilote lui-même ces dossiers, trop complexes pour être confiés à un seul ministère.
Le secteur hôtelier a présenté huit demandes. La plus concrète concerne le visa gratuit : aujourd'hui accordé de la même façon à 93 nationalités, il devrait être modulé selon les marchés. L'association hôtelière veut aussi bloquer les « visa runs », ces allers-retours à la frontière permettant de renouveler indéfiniment son séjour. Autre requête, geler le projet de taxe de sortie de 1.000 bahts, jugé prématuré, et créer une plateforme de réservation thaïlandaise pour ne plus dépendre de Booking ou Agoda. Ces plateformes étrangères prélèvent des commissions élevées sur les hôtels locaux tout en reversant peu d'impôts au fisc thaïlandais.
Le Conseil du tourisme a quant à lui demandé un changement de stratégie : plutôt que de courir après les volumes de visiteurs, miser sur des touristes qui dépensent davantage. Pour y remédier, le Conseil propose une plateforme nationale de données touristiques en temps réel et une réforme des procédures de licences pour les événements et festivals, souvent bloquées pendant des semaines.
La réponse du gouvernement
Après les présentations, le ministre des Finances Ekniti Nitithanprapas a résumé l'ensemble en quatre priorités : investir dans les infrastructures, former les travailleurs, attirer les transferts de technologie et développer les industries du futur. Il a annoncé la relance d'un comité public-privé permanent, une structure qui existait par le passé mais qui n'avait plus de rôle actif depuis plusieurs années. Suivi mensuel, résultats concrets attendus d'ici six mois. Anutin Charnvirakul a terminé la soirée par un dîner avec les patrons.










