Où en est l’attractivité de la Thaïlande pour les entreprises françaises ? premium

Par Catherine Vanesse | Publié le 24/05/2022 à 02:07 | Mis à jour le 25/05/2022 à 05:11
Photo : LPJ Bangkok.com
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La Thaïlande offre toujours des opportunités pour les entreprises françaises mais elle accumule un certain nombre de défauts non négligeables, prévient le vice-président des CCEF, Laurent Landié

 

Deux ans après le début de la crise du Covid-19, les grands groupes français installés en Thaïlande sont toujours là, mais un certain nombre de petites et moyennes entreprises locales appartenant à des Français ont fermé leurs portes.

Quant aux candidats à l’implantation en Asie, ils regardent plus attentivement d’autres pays de la région. Car malgré les opportunités d’affaires qu’offre le royaume dans divers secteurs porteurs, la Thaïlande souffre de certains maux anciens et nouveaux comme les lourdeurs administratives, la hausse des salaires, ou encore le faible niveau de compétences, qui peuvent devenir rédhibitoires, particulièrement dans le contexte économique actuel, souligne Laurent Landié, vice-président des Conseillers du Commerce Extérieur de la France en Thaïlande (CCEF).

 

Les CCEF forment un réseau d’environ 4.500 dirigeants d’entreprise, cadres et experts répartis dans 150 pays qui renseignent et conseillent les pouvoirs publics français sur le climat des affaires, les opportunités et risques existants dans les zones où ils opèrent. Ils interviennent également dans l’appui aux entreprises, la formation des jeunes à l’international et la promotion de l’attractivité de la France.

Installé en Thaïlande depuis 22 ans, Laurent Landié est directeur général de Lim and Partner, société spécialisée dans les ressources humaines et les conseils aux entreprises, et membre du groupe Praxi Alliance Worldwide Executive Search. Il est également le fondateur d’Asia Data Destruction, entreprise qui a fait de la destruction de données numériques son cœur de métier, un secteur en pleine croissance.

Lepetitjournal.com l’a interrogé afin de comprendre l’impact de la crise du Covid sur l’attractivité de la Thaïlande aux yeux des entreprises françaises.

Laurent Landie, CCEF en Thailande
Laurent Landié, directeur général de Lim and Partner

Où en sont les multinationales françaises après deux années de crise économique?

Il y a une forte résilience au niveau des entreprises françaises. Elles connaissent des difficultés liées à l’approvisionnement, à l’augmentation des coûts au niveau de la logistique, il y a eu des réductions sur les salaires et les effectifs, mais je suis incapable de citer une boîte française qui a mis la clé sous la porte. Je parle bien entendu des grands groupes et non des entrepreneurs qui sont propriétaires d’un bar, d’un restaurant ou d’un petit hôtel, cette catégorie de personne est particulièrement touchée, surtout ceux qui sont dans le tourisme. Mais le groupe Accor, malgré de nombreux licenciements, est toujours là. 

D’autres entreprises dans les secteurs agricole, logistique ou des énergies se portent bien, certaines sont même en croissance. 

 

Quels sont les secteurs où les entreprises se portent bien ?

Pour l’agroalimentaire, la construction automobile, les transports, la digitalisation, les biotechnologies, la santé et le bien-être, la Thaïlande reste une destination attractive, les entreprises étrangères continuent de venir et j’ai un nombre intéressant de demandes dans ces domaines. 

Avec l’accélération de la digitalisation et le développement de la Thaïlande 4.0, il y a des opportunités en Thaïlande. Dans le secteur du bien-être également. Le royaume a un problème de vieillissement de sa population, donc il y a des besoins énormes pour prendre en charge cette population parce que la Thaïlande n’est pas prête au niveau pratique et encore moins au niveau des solutions. La France a des atouts dans ce domaine. 

 

Pensez-vous que la Thaïlande soit toujours un pays attractif pour les entreprises et les entrepreneurs français? 

Je suis très réservé sur cette question. De manière générale, nous nous apercevons que la Thaïlande a perdu de son influence et que la concurrence est de plus en plus rude avec des pays comme le Vietnam ou la Malaisie parce que les procédures administratives pour s’implanter ici sont très lourdes. La Thaïlande doit se réformer à ce niveau-là. 

Il faut également ajouter d’autres freins pour les entreprises ou entrepreneurs : les salaires sont élevés, il y a un manque d’ingénieurs et de main-d'œuvre qualifiée parce que le système éducatif thaïlandais n’est pas toujours à la hauteur tout comme le niveau d’anglais. 

Enfin, il faut ajouter un contexte économique incertain accentué par la guerre en Ukraine. Un entrepreneur qui souhaiterait venir en Thaïlande, mis à part dans certains secteurs, je lui dirais de patienter et de voir comment l’économie va évoluer au cours des prochains mois. Ce qui n’empêche pas de démarrer des études de marché, de prendre contact avec la FTCC (Chambre de Commerce franco-thaïlandaise) ou les CCE (Conseillers du commerce extérieur). 

 

Quel effet la guerre en Ukraine a-t-il sur les entreprises en Thaïlande ?

Au niveau des ressources humaines, la guerre en Ukraine n’a pas encore d’impact sur les entreprises. Par contre, elles sont touchées par l’inflation et les difficultés d’approvisionnement. Les difficultés et les coûts pour se fournir en métaux rares, fer ou puces électroniques mettent sous tension certains secteurs comme l’industrie automobile, l’un des fleurons de la Thaïlande. 

 

Quels conseils donneriez-vous pour les entreprises ou entrepreneurs qui souhaiteraient venir en Thaïlande ?

Il est fondamental de réaliser une étude de marché afin d’évaluer les ressources humaines disponibles. Ensuite, il faut faire appel à un cabinet d’avocats parce que les procédures sont lourdes et compliquées. Enfin, il y a le choix du partenaire thaïlandais pour vous aider à comprendre la société thaïlandaise, comment s’organise le milieu des affaires, etc. On n’arrive pas en Thaïlande comme on s’installe en Espagne. 
 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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