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Narcotrafic en Thaïlande : le gouvernement lance une offensive sans précédent

Face à l'explosion de la production régionale, le Premier ministre thaïlandais durcit le ton et multiplie les saisies records pour démanteler les cartels.

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Écrit par Laetitia VILLA
Publié le 21 janvier 2026


 

Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, a récemment affiché une détermination sans faille lors d'une conférence de presse majeure au Bureau de lutte contre les stupéfiants (NSB). Présentant les résultats d'une opération intensive de quatre mois, entre octobre 2025 et mi-janvier 2026, le chef du gouvernement a salué ce qu’il considère comme un coup d’arrêt historique porté aux infrastructures criminelles du pays. Le bilan est colossal : plus de 330 millions de comprimés de méthamphétamine (Yaba) saisis, 88.000 suspects arrêtés et le gel de plus de 3,39 milliards de bahts d’actifs.

 

Le Triangle d’Or : épicentre mondial du trafic

 

Pour comprendre l'ampleur de ces saisies, il faut regarder vers le « Triangle d’Or ». Cette zone géographique mythique et poreuse se situe aux confins des frontières de la Thaïlande, du Laos et de la Birmanie (Myanmar), là où les rivières Ruak et Mékong se rejoignent. Historiquement célèbre pour être l'une des plus grandes productrices d'opium et d'héroïne au monde entre 1920 et 1990, la région s'est aujourd'hui reconvertie massivement dans la production de drogues de synthèse, comme la méthamphétamine et la kétamine. L'instabilité politique en Birmanie a transformé cette zone en un laboratoire géant où les milices locales et les syndicats du crime produisent des quantités industrielles de stupéfiants qui inondent ensuite toute l'Asie et l’Océanie.

 

Des zones de transit stratégiques sous haute surveillance

 

L'opération actuelle a mis en lumière des points de passage où le trafic est un problème récurrent. À Mukdahan, l'arrestation d'un politicien local avec 282.000 pilules confirme que cette province frontalière du Laos reste une plaque tournante majeure. Ce n'est pas une première : cette zone du Nord-Est est historiquement l'une des principales portes d'entrée des marchandises illicites du Triangle d'Or.

 

Crystal meth

 

De même, la saisie de près d'une demi-tonne de « Ice » (crystal meth) sur les rives du Mékong illustre la persistance de cette route fluviale, utilisée depuis des décennies pour acheminer la drogue vers le centre de la Thaïlande.

 

Entre ingéniosité criminelle et corruption locale

 

Historiquement, la Thaïlande a toujours lutté contre des méthodes de dissimulation variées, mais le cas de Chiang Ming-feng, le « cerveau » taïwanais arrêté dans le quartier chic d'Asoke à Bangkok le 15 janvier 2026, montre une sophistication accrue. En transformant l'héroïne en état liquide pour ressembler à de la lotion cosmétique, il renvoie aux grandes affaires de trafic des années 80-90, où la drogue était déjà camouflée dans des produits d'exportation légaux pour tromper la vigilance des douanes.

Le Premier ministre a utilisé un ton martial pour marquer cette étape : « Nous opérons sous un mandat « Must Win » (Obligation de vaincre) », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le fait que l'objectif dépasse les simples chiffres : « Il ne s'agit pas seulement du volume de drogue saisi, mais du démantèlement de l'infrastructure de ces réseaux, qu'ils soient gérés par des cerveaux internationaux ou facilités par des figures politiques locales. » Anutin Charnvirakul a conclu en promettant que l'accent serait désormais mis sur les enquêtes financières pour s'assurer que « l'argent du sang » soit définitivement retiré des mains des cartels.

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