La guerre au Moyen-Orient menace l'approvisionnement mondial en plastique. En Thaïlande, où malgré la loi chaque objet est plastifié, la pénurie pourrait faire ce que personne n'a réussi à imposer.


Commandez un repas à emporter n’importe où en Thaïlande. On vous le tend dans une barquette en plastique, glissée dans un sac plastique, avec une cuillère en plastique elle-même emballée, le tout glissé dans un ultime sac plastique, qui permet sûrement d'être absolument certain que rien ne tombe. Passons les multiples sauces, huile et sucre, qui ne dérogent pas à la règle.
Un arsenal législatif qui ne fait peur à personne
La Thaïlande a pourtant ses lois, en théorie. Sacs plastiques gratuits interdits dans les grandes enseignes, quatre types d'emballages à usage unique officiellement bannis, plastique interdit dans les parcs nationaux sous peine d'amende, la feuille de route nationale promet même 100% de plastique recyclé d'ici 2027. En France, un cadre comparable existe avec la loi AGEC (loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, adoptée en 2020) : pailles, couverts jetables, boîtes en polystyrène sont interdits à la vente et les contrevenants sont sanctionnés. La différence n'est pas tant dans les textes que dans leur application. En Thaïlande, les objectifs existent mais les mécanismes de contrôle et de sanction restent insuffisants pour transformer les habitudes sur le terrain.
Les entreprises face à l’urgence
Dans une interview publiée par le Bangkok Post ce 10 mars 2026, Pun Paniangvait, directeur général de Thai President Foods, le fabricant des nouilles instantanées Mama, lève le voile sur une préoccupation encore trop peu évoquée : une pénurie imminente de granulés de plastique. Ses fournisseurs de films plastiques ne sont plus en mesure de confirmer les commandes au-delà d'avril 2026. Le conflit au Moyen-Orient perturbe l'approvisionnement en pétrole, matière première indispensable à la production de ces granulés. « Les entreprises sont préoccupées par les prix élevés des matières premières mais encore plus préoccupées par les pénuries », déclare Pun Paniangvait. En cas de manque, le plastique disponible sera concentré sur les produits essentiels comme les saveurs phares des nouilles Mama, au détriment des références secondaires. Le reste devra s'adapter. Kittiwan Anuwatesakul, directeur général de McThai, l'opérateur de McDonald's Thaïlande, a pour sa part déjà entamé la transition de l'entreprise vers le papier et les matériaux en bois, non pas parce qu'une loi l'y oblige mais parce que le manque de plastique se fait sentir.
Une pénurie, alliée involontaire de l’environnement
La Thaïlande génère plus de 3.200.000 tonnes de déchets plastiques par an, soit environ 44,8 kg par habitant, nettement au-dessus de la moyenne mondiale de 31,9 kg.

Là où des années de réglementation et de campagnes de sensibilisation n'ont pas suffi à faire reculer le plastique, une crise géopolitique à 6.000 kilomètres de là pourrait y parvenir en quelques mois. Par simple nécessité économique. Triste façon d'y arriver. Mais cette crise pousse les industriels à innover et les consommateurs à questionner leur rapport à l'emballage : le Moyen-Orient aura peut-être, par accident, réussi là où des années de politique environnementale thaïlandaise ont échoué.












