Édition internationale

Bangkok entre dans la guerre des puces

La Thaïlande veut capter la recomposition mondiale des chaînes de semi-conducteurs. Le Premier ministre a signé la création d'un comité national et fixé le cap : des puces « Made in Thailand » d'ici 2050.

Puce informatique thaïe Puce informatique thaïe
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 15 juin 2026


 

Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a signé, le 14 juin 2026, la création du Comité national des semi-conducteurs et de l'électronique avancée (CNESA), qu'il présidera lui-même. Ekniti Nitithanprapas, vice-Premier ministre, en assure la vice-présidence. L'objectif officiel est d'attirer 2.500 milliards de bahts d'investissements, de former 230.000 techniciens et ingénieurs spécialisés et de produire des puces « Made in Thailand » d'ici 2050. lepetitjournal.com avait signalé, vendredi 12 juin 2026, qu'Anutin Charnvirakul avait déjà présenté les semi-conducteurs comme une priorité devant 480 dirigeants étrangers réunis à Bangkok.

 

Un comité de plus ?

 

La question mérite d'être posée. La Thaïlande a l'habitude des feuilles de route ambitieuses et des comités interministériels efficaces et complet, sur la papier. Ce qui change ici, c'est le contexte extérieur. La rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine a déclenché une relocalisation mondiale des chaînes de production de puces. Les industriels cherchent des alternatives à Taïwan, dont la situation géopolitique reste fragile. Bangkok veut se placer dans ce remaniement avant que les positions soient figées.

La Thaïlande occupe pour l'instant un segment précis de cette chaîne : elle assemble, teste et conditionne des puces, notamment pour l'automobile. Des groupes comme Infineon, NXP Semiconductors, Analog Devices ou Sony y sont déjà bien implantés. Singapour et la Malaisie ont une longueur d'avance sur les segments à plus forte valeur ajoutée ; le Vietnam, lui, monte vite. Pour la Thaïlande, la fenêtre n'est pas fermée, mais elle ne restera pas ouverte indéfiniment.

 

Une place de choix

 

Le gouvernement ne cherche pas à concurrencer Taïwan sur les puces de pointe. La stratégie vise les puces de puissance, les capteurs et les composants destinés à l'automobile et à l'industrie, des segments en forte croissance avec le déploiement des véhicules électriques et des centres de données. Ce sont d’ailleurs précisément les créneaux où l'industrie thaïlandaise est déjà présente.
Les produits électroniques représentent environ 25% des exportations du pays. Le gouvernement y voit un levier pour monter en gamme et desserrer l'étau du revenu intermédiaire qui bride la croissance thaïlandaise depuis vingt ans. lepetitjournal.com avait relevé en mai 2026 que Bangkok cherche déjà à former 80.000 spécialistes en semi-conducteurs d'ici cinq ans, signe que la dynamique précède la création du comité.

Le CNESA devra définir les orientations stratégiques, soumettre au gouvernement des projets à financer, coordonner les ministères concernés et rendre compte de l'avancement. Narit Therdsteerasukdi, secrétaire général du Bureau de promotion de l'investissement (BOI), en assure le secrétariat.

2050 c'est dans vingt-quatre ans, assez pour construire une dynamique solide mais aussi pour oublier le projet.

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