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En Thaïlande, les universités cherchent à former pour les emplois de demain

Pendant des décennies, les universités thaïlandaises ont produit des diplômés en sciences sociales dans un pays qui manquait d'ingénieurs. L'Agence nationale de l'innovation veut changer ça.

Étudiants thaïs Étudiants thaïs
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 20 mai 2026


 

L'Agence nationale de l'innovation thaïlandaise (NIA) a annoncé cette semaine le déploiement élargi de son programme STEAM4INNOVATOR dans 38 établissements, dont 13 universités et 10 lycées techniques. L'objectif pour 2025-2027 : former 60.000 innovateurs capables de travailler dans les secteurs que la Thaïlande cherche à développer, des véhicules électriques aux semi-conducteurs en passant par l'intelligence artificielle et l'agriculture intelligente.

Le problème est documenté. Le Conseil national de développement économique et social thaïlandais (NESDC) relève que le chômage des jeunes diplômés frappe avant tout les sortants de filières en sciences sociales, gestion et commerce, précisément celles qui concentrent la majorité des inscriptions universitaires. Chaque année, environ 450.000 étudiants obtiennent leur diplôme. Beaucoup cherchent un emploi sur un marché qui ne les attend pas.

 

Ce que le marché demande vraiment

 

Les usines de l'Eastern Economic Corridor, la zone économique spéciale dans les provinces de l'Est du pays, ne cherchent pas de lauréats en gestion. Elles cherchent des techniciens, des spécialistes en automatisation, des ingénieurs capables de travailler sur des lignes de production de voitures électriques ou de composants électroniques. Une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publiée en 2025 confirme que les compétences produites par le système éducatif thaïlandais ne correspondent pas à ce qu'exige une économie en mutation, notamment en résolution de problèmes et en culture numérique.

Krithpaka Boonfueng, directrice exécutive de la NIA, a indiqué que l'agence entend désormais jouer un rôle de coordinateur entre universités, industries et marché du travail. Le programme STEAM4INNOVATOR repose sur une démarche en quatre étapes : identifier un besoin réel, concevoir une solution, tester sa viabilité, produire et diffuser.

 

Ce que font les autres

 

L'Allemagne reste la référence. Son modèle dual intègre formation en entreprise et enseignement théorique dès le lycée : les entreprises co-conçoivent les curricula, financent les apprentissages et recrutent directement en sortie. Environ la moitié des jeunes Allemands choisissent cette voie, sans stigmate social. La France, elle, tâtonne. Une feuille de route présentée en Conseil des ministres en avril 2025 prévoit de mieux adapter l'offre universitaire aux besoins économiques locaux, appuyée sur un nouvel outil de suivi de l'insertion professionnelle par formation. Le lycée professionnel a été réformé en 2023 dans le même esprit. Mais l'université généraliste reste peu régulée et des filières à faibles débouchés continuent d'accueillir des milliers d'étudiants chaque année.

La Thaïlande a par ailleurs fixé un objectif de 80.000 spécialistes en semi-conducteurs à former d'ici cinq ans. La réorganisation des chaînes d'approvisionnement mondiales n'attendra pas.

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