

« Le Droit à la mémoire », film documentaire reálisé par Michael Faugeroux, professeur au lycée français de Munich, relate le massacre d'Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 tel que l'a raconté le dernier survivant de cette tragédie, Robert Hébras. Mr Hébras était présent au lycée le 28 avril dernier. Il a répondu aux questions des élèves avec simplicité et bienveillance.
Robert Hébras a raconté le massacre du 10 juin 1944 aux élèves français de Terminale du Lycée Jean Renoir et allemands du Dante Gymnasium*. Il avait alors 19 ans.
« J'avais à peu près votre âge; le matin j'étais comme vous, insouciant. Tout était calme ce samedi-là. À 16h, environ 140 soldats sont arrivés; ils nous ont dit qu'ils cherchaient des armes, que les personnes non concernées seraient relâchées. Ils ont regroupé dans les granges les hommes, qui, tranquilles, parlaient du match de foot à venir- puis dans l'église, les femmes et les enfants. L'église, c'était le symbole de la sécurité. Mais ils y ont exécuté toutes les femmes et tous les enfants et finalement ont mis le feu: 454 victimes dont on n'a retrouvé que les cendres et les ossements. 3 heures ont suffi pour faire au total 642 morts et brûler tout le village. Je n'ai appris la disparition de ma mère et de mes soeurs que le dimanche soir. Ce fut le moment le plus dramatique de ma vie. »
Le village d'Oradour-sur-Glane
À la question d'un élève concernant cette barbarie et voulant savoir si l'on a pu, par la suite, expliquer quelle pulsion avait poussée les Waffen SS à commettre ces actes, Madame Malinvaud, historienne accompagnant Monsieur Hébras, répond clairement qu'on ne peut parler de pulsion. « Ces soldats étaient formatés à ce type de violence, déjà commise sur le Front de l'Est. L'idéologie nazie les avait transformés en robots. L'encadrement avait la culture de la violence. »
La milice française a tenté d'éliminer les éventuels survivants - 5 hommes, dont Robert Hébras, et une femme - pour ne laisser aucun témoin. Mais la Résistance est parvenue à les cacher.
Et puis la vie a repris son cours?« Mon vécu à moi est tout à fait secondaire à ce qu'ont vécu les femmes et les enfants dans l'église » ajoute Robert Hébras.
Secondaire? Pas tant que ça! Depuis qu'il a pris sa retraite de garagiste, Monsieur Hébras parcourt la France mais aussi l'Allemagne pour témoigner, toujours et encore, même à 91 ans.
Il refuse de faire porter la responsabilité de ces actes aux générations suivantes. Même s'il s'est engagé en 1944 dans l'armée de libération avec un fort désir de vengeance, armée qu'il a quittée en 1945 pour reprendre son métier de garagiste, Robert Hébras a ensuite pris de la distance, surtout lorsqu'il a participé à une conférence de la paix à Nuremberg, à l'invitation de Willy Brandt. Voyant partout des affiches d'Oradour, cela lui « a fait chaud au coeur »; il s'est dit: « les Allemands, c'était des hommes comme moi ». Il s'est investi, en mémoire des 642 victimes, dans la réconciliation franco-allemande et avoue sa « fierté d'avoir des amis allemands.»
« On a réussi quelque chose puisqu'on est en paix depuis 70 ans. »
Vous sentez-vous un survivant, un martyre ou un miraculé?, lui a demandé une élève. « Un homme comme tous les hommes, avec les aléas de la vie, des hauts et des bas » a répondu Robert Hébras. Il n'empêche qu'il porte une Légion d'honneur française, pour le récompenser de son travail de mémoire, et qu'il est Officier de l'Ordre du Mérite allemand et décoré des Palmes Académiques pour son travail réalisé auprès des élèves.
Et en conclusion de son intervention Robert Hébras s'adresse ainsi aux élèves: « je vous souhaite beaucoup de bonheur dans la vie. Je vous souhaite la paix; d'être tolérant et de faire attention à ce qui se passe dans le monde. Ne vous faîtes pas prendre dans l'engrenage; méfiez-vous, soyez vigilants. » Et en aparté il avoue que les derniers événements du Bataclan lui sont revenus comme une répétition de l'église d'Oradour-sur-Glane: « j'ai revu le drame de l'église ».
Les élèves présents se sont montrés attentifs et respectueux de cet homme qui ressemblait à tout sauf à un vieillard, malgré les épreuves qu'il avait traversées. Était-ce dû à l'assemblée, composée de jeunes franco-allemands, si directement concernée par cette réconciliation qu'il appelle de ses voeux?
Robert Hébras a répondu qu'il avait l'habitude de s'adresser à tout type de public, même aux classes dites difficiles, même aux classes les plus imperméables au sujet discuté. Il cite l'exemple d'un jeune du voyage qui, le lendemain de son intervention, est arrivé avec un papier un peu gras sur lequel il avait écrit: "Monsieur, je n'ai jamais demandé pardon à personne mais à vous, je demande pardon ". Un passage de témoin qui fonctionne donc à plein.
Michael Faugeroux, Robert Hébras, Bernadette Malinvaud
Agnès Tondre (www.lepetitjournal.com/Munich) mercredi 4 mai 2016
* Robert Hébras est également intervenu le même jour devant les élèves de Troisième du Lycée Jean Renoir. Le lendemain, 29 avril, il donnait une conférence au NAS Dokumentation Zentrum de Munich.
**Les élèves de Terminale et de 3èmes du lycée français de Munich ont visionné, dans le cadre des cours, le film documentaire réalisé par Michael Faugeroux, leur professeur de SVT et par ailleurs passionné d'Histoire: « le Droit à la mémoire - Das Recht auf Erinnerung. Oradour / Glane, 10 juin 1944 - témoignage d'un survivant. Entretien avec R.Hébras. Durée: 45 min. Langues: français, sous-titrage allemand.
***Madame Bernadette Malinvaud, historienne, présidente de «Oradour. Histoire, vigilance et réconciliation » a tenu à resituer le contexte historique. Le 6 juin a lieu le Débarquement en Normandie. Le 8 juin 1944, Tulle, située à 110 km d' Oradour, est libérée. Et le 9 juin, la deuxième division des Waffen SS das Reich, remonte de Montauban avec pour ordre de nettoyer les bandes de terroristes, i.e. les Résistants. A Tulle, en représailles, les Waffen SS pendent 99 otages et déportent 149 personnes.
****Oradour, village de 1.500 habitants en 1944, situé à 25 km de Limoges, ignore tout de la Libération et même de la guerre. Même si la région est occupée depuis 1942, elle poursuit son activité rurale et, dans les champs, on ne voit pas les Allemands. Il n'y a pas de Résistants. Mais la Waffen SS a décidé de raser le village, pour l'exemple, et de faire croire que les Résistants étaient à l'origine de cet épouvantable événement. Le massacre d'Oradour-sur-Glane a été jugé comme crime de guerre.




































