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VOIX & SAVEURS DE FEMMES - Dorit OTZAR, donner à un lieu son esprit

Par Raphaëlle Choël | Publié le 03/12/2017 à 00:00 | Mis à jour le 03/12/2017 à 21:59
Photo : Dorit OTZAR, donner à un lieu son esprit (crédit : Noga Dor)
Dorit OTZAR

Mystérieuse, directe et décontractée, Dorit est à l’image de son nom « Otzar » qui signifie « trésor » en hébreu. Une belle promesse qu’elle honore à merveille quand elle reçoit ses invités dans sa maison de Jaffa, un espace dédié à l’événementiel que quiconque peut privatiser le temps d’une célébration familiale, religieuse ou tout événement d’entreprise.

Comme la sémantique s’accorde bien avec Dorit, le lieu a été baptisé Otzarin, un « panier de fruits et de bonnes choses ». Pierres apparentes, cadres et objets faussement dépareillés, musique classique, il règne une âme très particulière dans cette hétérogénéité homogène, une espèce de faux bazar où chaque chose est pensée, chaque objet a sa place et surtout où chacun est accueilli avec une authentique générosité.

Crinière de lionne rousse et démarche affirmée, Dorit est née à Haïfa le 12 juillet 1959 d’un père autrichien viennois et d’une mère née en Israël. Côté paternel, son grand-père est le premier ingénieur ayant offert à la ville portuaire son électricité, tandis que sa femme fait des gâteaux. Des gâteaux qui, à peine sortis du four, sont aussitôt livrés par le père de Dorit aux pâtisseries : le Café viennois ou le café Ritz de Haïfa pour ne citer que quelques incontournables. Elle garde en mémoire ce bel héritage gastronomique reçu de ses deux grand-mères, fiers cordons bleus de réel talent. Avec ses deux frères et un Papa Capitaine, l’amoureuse du voyage navigue de ville en ville et de pays en pays : Haïfa, Eilat, puis l’Australie, et Singapour avant de rentrer en Terre Sainte. Cette vie de voyages fait tout naturellement d’elle une nomade alternant trimestres à l’école et enseignements à la maison dispensés par sa Maman, connue pour avoir été meilleure institutrice que cuisinière. Dorit salue toutefois son noble attachement à offrir à ses enfants une alimentation riche en produits issus de l’agriculture biologique, en graines choisies et autres plantes aux vertus dynamisantes.

Dorit et son Ange Gardien

Dorit s’installe en France en 1982. Elle ne serait pas celle qu’elle est aujourd’hui sans Fabrice, son second mari, français lui aussi, rencontré par hasard dans un train reliant Lyon à Avignon. Une rencontre aussi charmante et évidente que romanesque puisque quelques heures après leur brève entrevue le jeune homme a un malaise. Trois semaines plus tard, et remis de ses émotions, Fabrice n’a qu’une idée en tête : retrouver la jeune femme du train. La deuxième histoire d’amour de Dorit va commencer, les tourtereaux se disent « oui » en mai  de l’année 91 et s’installent en Israël à Haïfa pour y monter une affaire de crêpes et de prestation de traiteur. Ensemble, ils ont deux filles, Camille et Talya qui viennent ainsi offrir une vraie fratrie à Oryan, la fille de Dorit née de son premier mariage. Le bouche-à-oreille fonctionne, le succès du chef est reconnu et le couple devient alors le traiteur officiel de la célèbre artiste israélienne Ilana Goor (voir notre portrait : https://lepetitjournal.com/tel-aviv/communaute/voix-saveurs-de-femmes-disrael-ilana-goor-je-naime-pas-parler-de-moi-mon-art-parle-ma-place-49008). L’idylle durera cinq ans avant que le duo ne trouve son espace propre, Otzarin, cette charmante maison qu’ils reprennent en 2013. Erigé en 1740, l’édifice a longtemps été un lieu de vie et de joies prisé par les soldats ottomans du temps de l’Empire. L’établissement a plus récemment appartenu à André, un vieux Monsieur de 81 ans, qui y a, pendant 50 ans, tenu le réputé restaurant gaulois « Toutoun ». Un grand Monsieur aux mille charismes qui s’est éteint un petit mois après avoir cédé les lieux : quand l’âme s’en va, le corps part avec.

Fort heureusement Dorit et Fabrice sont parvenus, à force de labeur et de restaurations personnelles, à redonner une merveilleuse vie et du cœur à cette maison biscornue aux délicats recoins et embrasures de porte, cadres en fer forgé et volets turquoises, terrasses en quinconce et autres trésors que chacun captera lors de sa visite. « Notre rêve le plus cher, c’est de parvenir à accueillir ici, dans notre univers, le monde extérieur avec le plus d’amour possible. Loin des souffrances et des soucis, rester dans la vie et dans la joie incarnée », résume Dorit, une femme dont on sent l’expérience, la force mais aussi le courage d’une vie vraisemblablement abîmée par quelques blessures.

Otzarin : un lieu, une âme, une famille

« Lorsqu’on organise un événement, la vie de chacun entre dans cette maison », se plaît à dire Dorit, toujours accompagnée de Fabrice, son « autodidacte capricorne » comme elle aime le qualifier avec une immense tendresse. Fabrice est discret et de nature retenue, jovial et chaleureux mais toujours sur la réserve. Pour Dorit, c’est un mari, c’est un confident, un roc qui apaise et qui cumule les charmes de l’artiste, du chef cuisinier, et de l’amoureux des pierres et des objets portant une histoire. Avec ses fausses allures de maître yogi, il donne au lieu une force et une âme tout à fait particulières. Il est aux fourneaux mais également aux platines et en véritable chef d’orchestre, il donne le « la » de l’ambiance créée. Fabrice parle peu, il observe, agit et sait honorer de sa présence. Dorit évoque son réel talent pour trouver l’osmose parfaite lors d’un événement, qu’il s’agisse d’une Bar Mitsva, d’un mariage ou d’une soirée de Thanksgiving pour l’ambassade américaine. « De sa cuisine, il reçoit les ondes des personnes et ressent l’énergie qui se dégage de la fête. Il adapte ainsi l’ambiance musicale au moment. Musique classique, bal musette ou pop rock, tout est possible et l’on peut passer de l’un à l’autre en une fraction de secondes ».

De jour comme de nuit, chacun est reçu avec grâce, simplicité et une immense créativité. Pas de menu type chez Dorit, ici on fait du sur-mesure, à la tête d’un client qu’elle cerne comme personne et dont elle saisit vite la psychologie et l’envie. Dorit a cet immense talent de surprendre, toujours agréablement, ceux qui lui feront confiance. Un brin fantasque et bohème, elle n’en reste pas moins ultra-professionnelle. Elle sublime avec brio son imagination qu’elle accorde aux standards des réceptions à la française. De la décoration florale aux arts de la table, rien n’est laissé au hasard ; et pendant la réception la maîtresse des lieux, si elle paraît détendue et détachée, veille attentivement au grain et mène à la baguette une équipe de choc qui lui est fidèle depuis de nombreuses années.

On est invité à évoluer dans l’espace en douceur, en gravissant quelques marches par ici, en se hissant le long de la rambarde par là, afin de se laisser transporter par la vue imprenable sur Jaffa-la-belle. Puis vient le moment de se poser pour déguster les mets préparés par Fabrice, une cuisine du cœur simple et savoureuse qui respecte les ingrédients et les techniques de cuisson. Des recettes issues du répertoire français du maître - avec une prédilection pour la gastronomie normande et provençale - qui flirtent avec la richesse des fruits, légumes, épices et autres arômes locaux. On se délecte ainsi d’un mi-cuit de saumon emmailloté dans une fine crêpe bretonne, d’un poulet rôti à l’ail et graines de moutarde sur un lit de riz pilaf au safran, de merveilleuses bouchées feuilletées aux oignons et olives confits, de croustillantes tempuras de courgettes, ou encore d’un fabuleux baba ganoush (recette à base d’aubergine, crème de sésame et ail) à la grenade et au persil. Fabrice offre une cuisine familiale raffinée et insiste sur une présentation clin d’œil où les mets arrivent sur des répliques de papier journal de journaux parisiens.

Le couple reçoit quasiment tous les jours pour des événements, un rythme soutenu qui requiert organisation, disponibilité et une attention de chaque instant au moindre détail. Peu importe le nombre d’heures passées à préparer et suivre toute célébration comme s’il s’agissait de la première fois, ce qui importe pour nos hôtes, c’est que les invités en gardent un souvenir mémorable.

Dorit répète souvent cette phrase : «  C’est fragile… » Est-ce la Vie qui est fragile ? Sa vie ? Son lieu ou son être ? Sans insister, on se hasarde à penser qu’il est probablement question de préserver cette douce harmonie obtenue avec cœur et passion, pour atteindre un équilibre à chérir et préserver. Un équilibre fragile qui peut vaciller à tout moment. On laisse la belle méditer et se ressourcer dans cet espace qui lui est si cher, un lieu pur où elle a fait brûler de la sauge pour chasser les mauvais esprits lorsqu’elle en a repris le flambeau. Fragile, émouvant, et plein de promesses, Otzarin est à l’image de son hôtesse qui y offre sans compter tout son cœur et toute son âme.

 

LA RECETTE DE DORIT : gratin d’aubergines au coulis de tomates

Dorit

Ingrédients :
4-6 aubergines selon la taille,
5 tomates,
3 oignons,
2 gousses d’ail,
le zeste d’un citron,
1
cuillère à café de sucre roux,
1 botte de persil,
sel, poivre.

Préparation :
Couper les aubergines en rondelles puis les faire dégorger 30 minutes au gros sel.

Rincer, sécher et fariner légèrement les tranches. Dans une huile bien chaude faire dorer les tranches d’aubergine (sans les  noircir). Réserver.

Pour le coulis de tomate : mixer les tomates et les mélanger aux oignons et à l’ail hachés. Y ajouter le zeste de citron, le sucre roux, la moitié du persil, le sel et le poivre.

Disposer les aubergines dans le plat à gratin en alternant coulis et aubergine sur deux étages et en terminant par le coulis de tomate.

Cuire 20 minutes dans un four préchauffé à 200°.

Saupoudrer de persil frais haché au moment de servir.

 

INFORMATIONS :

https://www.otzarin.co.il

1 Simtat Mazel Dagim - Vieux Jaffa

Tél : +972 50 574 42 28

 

Source / Propos recueillis par : Raphaëlle CHOËL - Crédit photo : Noga Dor

Raphaëlle CHOËL (www.lepetitjournal.com/tel-aviv) - dimanche 3 décembre 2017

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Raphaëlle Choël

Journaliste, auteure d’ouvrages et coach, Raphaëlle a été collaboratrice régulière de l'édition de Singapour dont elle a nourri généreusement les colonnes de ses portraits, idées insolites et escapades. Elle fera de même pour l’édition de Tel Aviv.
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