

Un braquage exceptionnel a vu un musée parisien privé de cinq de ses ?uvres majeures. Sécurité médiocre, pistes policières bouchées, les braqueurs semblent avoir tout calculé. Reste un petit détail : comment revendre des toiles aussi célèbres ?
Un Modigliani (''La Femme à l'éventail'') (AFP), un Picasso (''Le Pigeon au petits pois''), un Matisse (''La Pastorale''), un Braque (''L'Olivier près de l'Estaque'') et un Léger (''Nature morte aux chandeliers'') ont été dérobés au musée d'Art moderne de la ville de Paris dans la nuit de mercredi à jeudi. La sécurité du musée a tout de suite été pointée du doigt, cela faisait deux mois que l'alarme volumétrique anti-intrusion du musée ne fonctionnait plus. L'adjoint PS au maire de Paris chargé de la Culture, Christophe Girard, a déploré que "malgré la présence de trois gardiens, une intrusion puisse se faire et qu'on puisse déjouer la vidéosurveillance".
A qui profite le crime ?
Selon les estimations des experts, les ?uvres de ces artistes très bien cotés représentent la somme coquette de 100 millions d'euros. Les voleurs ne pourraient cependant pas en profiter. Les tableaux volés sont référencés par l'Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels (OCBC) et par Interpol. Impossible donc de berner les vendeurs et acquéreurs d'art de Paris, Londres ou New York. "Vérifier la provenance est un simple réflexe sur le marché de l'art", explique un conservateur de musée. Sotheby's ou le MET ne pourront donc être dupés. Les collectionneurs privés, contrairement à la croyance populaire, ne sont pas nombreux à vouloir s'encombrer d'?uvres subtilisées. "Ça relève du fantasme", souligne Stéphane Théfo, commandant de police auprès d'Interpol. Reste le marché noir, dans les pays de l'Est ou en Amérique du sud. L'art devient alors monnaie d'échange contre des armes ou de la drogue. Mais même là, le larcin ne paie pas. Le prix de vente d'un tableau volé ne dépasse souvent pas les 1% de sa valeur initiale.
L'art de ne pas se faire prendre
D'après la piètre qualité des images prises par les caméras de vidéosurveillance du musée parisien, il paraît difficile pour les services de police de mettre la main sur les criminels toujours en fuite. Passer la frontière avec une ?uvre volée sous le bras est loin d'être impossible. Interpol a donc lancé une alerte mondiale. Les malfaiteurs pourraient être démasqués en tentant d'extorquer une rançon à la mairie de Paris ou à l'Etat français mais les chances sont maigres. Le trésor devenant fardeau, beaucoup d'?uvres renommées sont retrouvées sans que leurs voleurs ne touchent le moindre centime. Faut- il encore s'armer de patience avant de revoir les cinq toiles de maître "à l'abri" dans un musée. "En général, une ?uvre est retrouvée par la police en moins de cinq jours? ou disparaît pendant une dizaine d'années.", précise Robert Read, responsable de l'Art chez Hiscox, un des premiers assureurs du marché. 35.000 objets d'art volés sont actuellement répertoriés par la police internationale.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 25 mai 2010
En savoir plus
Article de France Soir, Casse au musée d'art moderne : ?Le collectionneur fou est un fantasme?
Article de 20 minutes, Mais pourquoi volent-ils des tableaux?




































