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SYSTÈME SCOLAIRE – L’Espagne, une élève modèle ?

Voisine de table du champion français du redoublement, la Péninsule ne figure pas parmi les têtes de classe mondiales. Marquée d'identités linguistiques propres à chaque communauté, l'école y est jugée plus permissive qu'ailleurs

Dans un pays où trois jeunes de moins de 25 ans sur dix sont à la recherche d'un emploi, il apparaît plus sécurisant de traîner un peu sur les bancs de l'école (AFP) plutôt que de tenter illico le grand plongeon dans le monde du travail. Car la crise ne rassure pas beaucoup : selon Paloma Adrados, en charge de l'Emploi dans la communauté de Madrid, seuls 3% des diplômés se disent prêts à se mettre à leur compte pour un premier emploi. En Europe, ils sont un sur quatre et presque sept sur dix aux Etats-Unis à désirer créer leur propre société aussitôt leur sésame en poche.
Comparé à l'excellence de Harvard, Stanford, Yale ou Cambridge, les universités espagnoles se positionnent très loin derrière. Selon le classement 2010 des 200 meilleures universités, réalisé par Le Monde, le premier établissement ibérique ? Pompeu Fabra ? ne se place qu'au 155ème rang.

En Espagne : apprendre par coeur ?
De la maternelle au lycée, la loi du 4 octobre 1990 a réaménagé de fond en comble une école qui a vécu 35 ans de dictature. Obligatoire de 6 à 16 ans, l'enseignement public y est officiellement délivré en castillan. Mais avec le basque, le catalan, le valencien et le galicien, cet usage varie d'une communauté autonome à l'autre. "Dès la maternelle, certains enfants maîtrisent deux ou trois langues", explique Carolina Ras, présidente de la Fédération des associations de parents d'élèves des lycées français d'Espagne. Pour cette maman de quatre garçons, "les deux systèmes sont bons et se valent". "L'espagnol met davantage l'accent sur la mécanique et la mémoire, tandis que le français est plutôt tourné vers la réflexion et la dissertation", détaille-t-elle.

En France : élitiste ?
Taxée d'académisme, de rigorisme et de manque de connexion avec le monde du travail, l'école de la République tricolore est loin de rimer avec excellence. C'est d'ailleurs "le pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) où le retard scolaire à 15 ans est le plus important", note la Cour des comptes dans un rapport publié en 2010 et réalisé dans quatre pays (France, Espagne, Suisse et Ecosse). "Un de ceux où les écarts de résultats entre élèves se sont le plus accrus et où l'impact de l'origine sociale sur les résultats des élèves est le plus élevé". Pour autant, en Espagne scolariser son enfant dans un lycée français correspond pour nombre de parents français ou espagnols, à l'assurance d'un enseignement de meilleure qualité.

Du lycée français à l'université espagnole : passez par la case "selectividad"
Le réajustement de notation les a pénalisés : la mésaventure est arrivée à plusieurs bacheliers scolarisés dans les différents lycées français de la Péninsule. Les épreuves spécifiques l'an dernier. Car pour réintégrer le circuit post-bac "classique" et donc poursuivre leurs études en Espagne, ces élèves doivent être reçus à la deuxième partie de la "selectivitad". "Les programmes sont différents et les épreuves plus courtes", précise Carolina Ras. "En général, elles durent une heure et demie. L'année du bac, étudier deux matières supplémentaires, c'est du travail et du stress en plus. Et puis, décrocher un 18/20 dans le système français est moins facile qu'un 9/10 espagnol. Mais avec la mise en place d'une préparation sous formes de 'modules', de cours additionnels, le taux de réussite à l'entrée à l'université espagnole sera meilleur cette année et les suivantes".

Mathilde BAZIN (www.lepetitjournal.com ? Espagne) Lundi 23 mai 2011

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