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Emmanuel Mouret : Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait 

Par Fabienne Roy | Publié le 12/03/2021 à 18:14 | Mis à jour le 15/03/2021 à 15:39
Photo : Emmanuel Mouret 
emanuel Mouret choses

Emmanuel Mouret réalisateur du film « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » était le grand favori de cette 46 ème cérémonie des césars. Lepetitjournal.com Stockholm l’avait interviewé lors du dernier Festival international du film de Stockholm. Nous vous partageons cet échange.

 

 

Emmanuel, parlez-nous du film Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait

C’est un film romanesque, une fresque sentimentale avec beaucoup de récits, qui m’a toujours été difficile de résumer. Cela commence par l’histoire d’une jeune femme, enceinte de trois mois, qui est à la campagne avec son chéri. Mais celui-ci doit s’absenter d’une façon un peu urgente. Elle se retrouve seule à la campagne, et doit accueillir le cousin de son compagnon que ni elle, ni lui, ne connaissent. Ils ont à peu près le même âge, et lui vient se ressourcer suite à une expérience amoureuse un peu malheureuse.

Comme ils doivent passer quelques jours ensemble sans se connaitre, elle lui demande de se raconter. Tandis qu’il raconte sa longue histoire, il lui demande comment elle a rencontré son cousin. Tous les deux vont très vite se raconter leur histoire très intime de part et d’autre. Ils pénètrent dans ces récits réciproques de flash-back un peu successifs, mais aussi dans l’histoire du compagnon de cette fille qui est à Paris et qui rencontre son ex-femme, provoquant d'autres histoires.  

Tout commence donc avec une histoire simple, mais qui s'ouvre sur beaucoup d’histoires parallèles. Je ne pars pas d’une thématique, je pars de situations intéressantes, composites, souvent romanesques, cocasses, parfois même un peu plus dramatiques.

 

J’ai la chance de pouvoir réaliser les films que j’écris

Vous êtes à la fois acteur, directeur, scénariste, qu’est-ce que vous aimez le plus faire et pourquoi ?

Je suis avant tout rédacteur et scénariste de mes propres films, mais je ne suis pas acteur. J’ai joué dans certains de mes films. C’était un peu un hasard de parcours.

J’ai la chance de pouvoir réaliser les films que j’écris. J’essaie de tout aimer. Avec le temps, en vieillissant, j’essaie d’aimer toutes les saisons, toutes les étapes de mon travail.

 

 

Où trouvez-vous l’inspiration pour de nouveaux films ?

Souvent, je dis dans mes rêveries. Je pense que nous faisons du cinéma parce que nous avons aimé les films. Ma première source d’inspiration est dans les films que j’ai aimés. Il y a quelques choses de l’ordre de la transmission de génération en génération, une volonté d’arriver à la cheville des cinéastes que nous admirons et de faire de son mieux avec les contraintes. Le cinéma m’inspire beaucoup, la lecture aussi bien évidemment. Les histoires que l’on me raconte, les histoires autour de moi. Tout cela donne lieu à beaucoup de rêveries.

Nous avons en permanence besoin d’absorber, de consommer, d’engloutir beaucoup d’histoires pour pouvoir raconter la nôtre. Parce que sa propre histoire, étant donné qu'elle avance au fil des événements, on la remet toujours en question, on essaie d’y trouver un sens ou du moins une allure. Et les films et les romans nous aident à donner de l’allure à nos vies.

 

Le film joue sur la contradiction

Justement, au sujet de ces personnages qui vous inspirent, est-ce que vous partez parfois d’une situation, d’une rencontre pour imaginer un film ?

On part rarement de personnages. Je n’aime pas la psychologie. Je n’aime pas déjà moi que l’on m’enferme dans un profil psychologique. Et je n’aime pas, dans les films, la psychologie du personnage. 

D’ailleurs, le film joue sur la contradiction, la contradiction avec ce qu’on dit. Je pense que nous sommes mieux définis en général dans la vie et au cinéma par nos contradictions.

Dans l’écriture, je me laisse donc beaucoup plus guider par les situations et évidemment par une sorte de tempérament. Les personnages féminins m’inspirent plus, parce qu´étant un homme je peux plus m’oublier. Ce sont des personnages chez moi qui sont plus vifs, plus dynamiques parfois, qui n’ont pas peur de dire les choses, qui sont parfois plus entreprenants, ou qui ont plus de fantaisie. Cela me rend moins pudique, et c’est pour cela que je trouve plus d’inspiration dans les personnages féminins.

 

Comment se passent les castings ?

Les castings se font à trois : avec la directrice de casting avec laquelle je travaille habituellement, et mon producteur. C’est un peu collégial et le principe est que nous ayons tous les trois le sentiment d’être convaincus. Il incombe souvent à la directrice de casting d'aller à la pioche aux idées.

 

Comment cela se passe-t-il au niveau de la production de film ? Avez-vous une entière liberté de création ?  Où se situe le point de départ ?

Je travaille avec un producteur que j’ai rencontré quand j’ai fait mes études de cinéma à la Fémis. Il compte parmi mes meilleurs amis, donc nous nous entendons extrêmement bien. D’ailleurs, je dis que ce sont nos films et pas uniquement les miens. Le rôle du producteur est très important dans un film.  Ce n’est pas que la personne qui trouve l’argent, c'est celle avec qui nous décidons de comment dépenser cet argent. Déjà, je travaille avec une économie réduite, mais même pour les films à gros budget, il manque toujours de l’argent. Le rôle de la relation avec le producteur est de savoir où économiser et dépenser l'argent.

Je n’ai pas l’impression de travailler dans un rapport de contrainte en soi. Et les contraintes nous permettent de créer, d’avoir des idées. Sans contraintes, tout est flou. S'il faut construire une table avec un seul arbre, nous allons réfléchir comment y arriver, même avec cet arbre tordu et maigrichon. C’est cela, la création. Faire avec ce que nous avons sous la main, et c’est aussi cela qui est très excitant.

 

Pour revenir à votre casquette d’acteur, quel est votre meilleur ou pire souvenir ?

J’ai plutôt la chance d’avoir de très bons souvenirs d’acteurs. J’ai travaillé plusieurs fois avec des gens qui font de la chanson. Je garde un excellent souvenir avec Joey Starr. C’était un travail presqu'en douceur et en pudeur parce que, justement, tellement de choses ont été affirmées autour de sa personnalité, que c’était très difficile de travailler avec lui, qu’il avait une personnalité tonitruante... Et cela s’est passé avec un très grand plaisir et une très grande douceur. Pour parler du film, cela s’est remarquablement passé avec tous les comédiens, d’une façon extrêmement simple et facile.

 

Je ne pars jamais d’une thématique

Y-a-t-il une thématique dans vos films que vous n’avez pas encore réalisée jusqu’à présent ?

Je ne pars jamais d’une thématique. Les gens disent que mes films parlent d’amour, peut-être. Je ne me dis pas que je vais parler d’amour. Je me dis que j’ai des situations qui m’intéressent. J’ai encore beaucoup de situations à développer à l’écran.

Après, cela me plairait de faire un film de procès, d’enquête, voire un film politique.

 

Comment s’est passée votre année 2020 ?

C’est une année terrible pour le monde du spectacle. J’ai été chanceux, puisque j’ai fini le montage au moment du premier confinement. Au déconfinement, nous avons fini le film en post production. Nous avons choisi de sortir le film en septembre, et nous avons pu faire six semaines d’exploitation avant que les cinémas ne ferment et le film a eu le temps de marcher. Dans ce concert de désolation, nous avons été un peu chanceux.

Emmanuel nous confie « Un film c’est tout le temps une surprise, une découverte. Il y a trop de choses qui interviennent dans la fabrication pour pouvoir l’imaginer. Et je dirai qu’avec le temps je fais plutôt un film pour voir à quoi il va ressembler. C’est ça qui est assez excitant. »

 

Emmanuel Mouret s'est distingué avec 13 nominations et notamment dans les catégories majeures : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure actrice pour Camélia Jordana, meilleur acteur pour Niels Schneider et meilleurs seconds rôles pour Émilie Dequenne et Vincent Macaigne.

C'est finalement Émilie Dequenne qui obtient un César pour le meilleur second rôle féminin dans ce film. 

 

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Fabienne ROY

Fabienne Roy

Directrice de la publication de l’Edition lepetitjournal.com de Stockholm. Passionnée par la Suède, aventurière et experte en Ressources Humaines, elle rejoint l´équipe en 2017.
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