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La Discipline Positive : Une autre approche de la parentalité

Par Leslie Colin | Publié le 08/01/2020 à 14:30 | Mis à jour le 08/01/2020 à 14:30
discipline positive Caroline Girin et Julie Duba

En matière d’éducation, il est parfois difficile pour les parents de s’y retrouver. Faut-il être strict ? Permissif ? Punir ? Expliquer ? La Discipline Positive consiste à poser une autorité juste, à la fois ferme et bienveillante. Lepetitjournal.com a rencontré Caroline Girin et Julie Dubarle, facilitatrices pour les parents en Discipline Positive à Singapour. 

La Discipline Positive est née il y a 40 ans, aux Etats-Unis. Depuis, la méthode a été déployée à travers 55 pays et traduite en 25 langues. En effet, la Discipline Positive s’exporte très bien car elle est centrée sur l’Humain, quels que soient sa culture et son mode de vie. Lepetitjournal.com a rencontré Caroline Girin et Julie Dubarle, les deux ambassadrices françaises de la Discipline Positive à Singapour. Ces deux femmes dynamiques et passionnées co-animent depuis 2 ans des ateliers de formation à la Discipline Positive, destinés aux parents de Singapour. Avant de vous exposer leurs parcours et leurs points de vue, revenons ensemble sur l’histoire de la Discipline Positive. 

 

Discipline Positive Caroline Girin et Julie Dubarle

 

La génèse de la discipline positive

Les travaux d’Alfred Adler et Rudolf Dreikurs

Les principes fondateurs de la Discipline Positive sont apparus avec la Psychologie Individuelle, approche thérapeutique définie par Alfred Adler (1870-1937), un psychiatre autrichien. Celui-ci est contemporain de Sigmund Freud (1856-1939). Les deux hommes travaillent ensemble pendant 10 ans puis se séparent suite à un désaccord profond quant à la notion d’Individu. Adler a une vision « sociale » de l’individu. Selon lui, ce qui « nourrit » l’être humain, c’est son interrelation avec les autres (l’appartenance) et la place qu’il prend dans la communauté en contribuant. Ces idées vont à l’encontre de celles de Freud qui a plutôt une vision « individualiste » de l’être humain.

En fuite au régime nazi, Adler s’établit aux USA en 1934, ce qui lui permet de continuer ses travaux outre-Atlantique. Mais il décède 3 ans plus tard, à Chicago. L’un de ces disciples, Rudolf Dreikurs (1897-1972), psychiatre autrichien également, prend sa suite et fonde The Institute of Adlerian Psychology, qui deviendra The Adler University en 2015. Dreikurs s’inspire des travaux d’Adler pour créer une nouvelle méthode éducative, qu’il vulgarise au début des années soixante-dix au travers du livre « Children : the challenge » (en français : « le défi de l’enfant »). Il est aussi l’auteur de nombreuses conférences sur le sujet.

 

Les ateliers de Jane Nelsen et Lynn Lott

Deux psychologues américaines voient leurs conceptions de l’éducation bouleversées lorsqu’elles découvrent les travaux de Dreikurs et Adler. La première, Jane Nelsen, est maman de 7 enfants. Convaincue qu’elle doit changer son approche de la parentalité, elle met en application les principes adlériens au sein de sa famille. Les résultats sont sans appel : c’est un franc succès. Elle s’empresse alors de partager ses découvertes avec son entourage. C’est ainsi que naissent les premiers ateliers informels de Discipline Positive. Jane Nelsen est alors étudiante en développement de l’enfant ; elle obtiendra un PhD en Sciences de l’Education en 1979. La seconde, Lynn Lott, maman de 2 enfants et belle-mère de 2 autres, est spécialisée en thérapie familiale. Ensemble, les deux femmes créent The Positive Discipline Association et mettent au point des formations de formateurs, ainsi que des ateliers pour parents. Depuis 40 ans, elles promeuvent la méthode dans le monde entier. Leurs liens étroits avec les diverses associations de Discipline Positive leur permettent de faire évoluer la pédagogie de manière continue. 

Jane Nelsen et Lynn Lott sont auteures de nombreux ouvrages, dont le livre « Positive Discipline », adapté pour les parents de jeunes enfants et d’adolescents, ainsi que pour les enseignants. 

discipline positive Caroline Girin et Julie Duba

L’introduction de la Discipline Positive à Singapour

Le portrait de Caroline Girin 

Caroline possède un Master en gestion de projets internationaux. Elle travaille 10 ans en entreprise internationale, en tant que responsable d’une équipe marketing, communication et pré-vente. Après avoir passé 4 ans à Bangkok, elle s’installe à Singapour. Maman de 4 enfants, ayant aujourd’hui entre 2 et 11 ans, elle fait le choix d’inscrire ses aînés en pre-school Montessori : « Quand j’ai constaté leur façon de changer et d’évoluer, j’ai décidé de me former, en parallèle de mon travail ». En 2016, Caroline devient donc éducatrice Montessori. Elle enseigne pendant près d’1 an en école Montessori locale à Singapour, puis fait un remplacement de congé maternité à l’école Montessori Les Oliviers. 

Chemin faisant, Caroline décide de compléter son cursus en devenant facilitatrice pour les parents en Discipline Positive : « La Discipline Positive s’inscrit dans la même lignée que la pédagogie Montessori en ceci qu’elle vise à responsabiliser l’enfant. Contrairement à l’idée reçue que toutes ces méthodes dites « alternatives » sont trop permissives, Montessori et la Discipline Positive fournissent un cadre ferme et bienveillant, qui permet aux parents de guider leur enfant tout en le respectant ». 

Le portrait de Julie Dubarle

Julie est maman de 2 enfants, de 8 et 13 ans. Diplômée d’école de commerce, elle travaille 10 ans en entreprise, en tant que responsable marketing et commerciale, en agence de publicité puis sur le terrain. Elle opte pour un changement de carrière professionnelle quand elle s’expatrie avec sa famille en Afrique, à Dubaï, puis à Singapour : « Je me suis reconcentrée sur l’Humain, sujet qui m’a toujours passionné ». Elle suit tout d’abord une formation de Coach, au cours de laquelle elle rencontre de nombreux américains partisans de la Psychologie Positive. Elle fait ensuite le choix d’approfondir ce sujet en préparant un Diplôme Universitaire français en Psychologie Positive. Pendant cette formation, elle collabore avec Véronique Brun pour créer un programme de Psychologie Positive adapté aux enfants. Elle déploie actuellement « Je suis bien à l’école » au Lycée Français de Singapour, en partenariat avec les enseignants des classes de CP. 

Enfin, Julie décide d’élargir ses compétences en se formant à la Discipline Positive, sous-branche de la Psychologie Positive. 

 

La naissance d’une collaboration

En 2018, l’Association de Discipline Positive de France se déplace à Singapour pour dispenser une formation de facilitateurs en Discipline Positive. C’est à cette occasion que Caroline et Julie font connaissance. Au fil de leur formation, elles prennent la décision de s’associer pour animer en binôme des ateliers pour parents. En tant que facilitatrices pour les parents, elles représentent aujourd’hui l’association française de Discipline Positive à Singapour.

 

Discipline Positive Caroline Girin et Julie Dubarle
Caroline Girin et Julie Dubarle

 

Les principes des ateliers de Discipline Positive 

Les ateliers proposent une boite à outils, qui donne aux parents la possibilité de choisir ce qui convient le mieux à leur famille et à chacun de leurs enfants de 3 à 18 ans. « Il s’agit d’une pédagogie généralement différente des principes intériorisés depuis l’enfance, permettant aux parents d’évoluer dans leur vision de la parentalité. C’est un véritable parcours ». En effet, les participants se voient offrir la possibilité d’aller au-delà de la théorie et de comprendre le ressenti de l’enfant au moyen de jeux de rôles.

Voici quelques principes clés abordés au cours des ateliers de Discipline Positive :

La fermeté et la bienveillance

La fermeté est le respect du besoin du parent et de la situation. Dans certains cas, l’adulte va co-définir avec l’enfant le cadre et les limites nécessaires à son bon développement. « L’enfant propose parfois des solutions innovantes ; en accepter certaines, tout en respectant ses propres limites, est une manière de rester dans une relation gagnant-gagnant ». 

La bienveillance est le respect du besoin de l’enfant. Elle consiste à valider ses émotions, à décoder ses comportements et à l’impliquer dans le quotidien.  

En alliant fermeté et bienveillance, la Discipline Positive se centre sur les deux besoins fondamentaux de l’être humain, que sont, selon Adler, l’appartenance et la contribution.


Le temps d’échange en famille 

Le but est de se réunir pour passer un bon moment ensemble, renforcer l’unité, résoudre des problèmes ou fixer les règles de la maison avec les enfants (solution idéale pour qu’ils les appliquent !). Ce moment se déroule en 3 étapes : commencer par un tour d'appréciation, trouver des solutions aux problèmes du quotidien et prolonger par un jeu.

 

Les alternatives aux punitions 

Pour éviter les punitions, la Discipline Positive propose un panel de techniques, comme « les conséquences naturelles et logiques ». Comment ça marche ? A certaines situations de la vie quotidienne correspondent des accords précis. Quand ceux-ci ne sont pas respectés, l’enfant en connait déjà les conséquences, puisqu’elles ont été établies en amont. Ainsi, l’enfant prend conscience de sa responsabilité au travers de ses actes. En cas de manquement à la règle, le parent questionne objectivement l’enfant « quel était notre accord ? », sans jugement, en posture de recherche de solutions. « Le ton de la voix, la posture et le regard sont ici très importants. Pour certains parents il est très difficile de laisser leur enfant dans le désarroi à ce moment ». 

 

Discipline Positive Caroline Girin et Julie Dubarle ateliers de formation
Atelier de Discipline Positive

 

Les erreurs et les encouragements 

“Les erreurs sont de merveilleuses opportunités d’apprentissage” (Jane Nelsen)

Il est possible de faire de chaque erreur du quotidien une opportunité d’apprendre et de faire des progrès.  Prenons l’exemple d’un verre d’eau qui se renverse. On ne va pas chercher de coupables, mais plutôt des solutions : l’enfant peut essuyer par lui-même. Il va ainsi être responsabilisé et prendre conscience des conséquences de ses actes. Les parents font également des erreurs, il s‘agit aussi de les considérer comme des opportunités d’apprentissage ! 

“L’encouragement est à l’enfant ce que l’eau est à la plante” (Rudolph Dreikurs)

Par ailleurs, la Discipline Positive incite le parent à formuler des encouragements auprès de son enfant. « Ceux-ci lui insufflent force et confiance, contrairement à la récompense et au compliment, plaisants sur le moment, mais qui risquent, à terme, de rendre l’enfant dépendant de l'approbation de l’adulte. Un exemple d’encouragement pourrait être : Regarde le chemin que tu as parcouru ! »


Des ateliers pratiques 

La force des ateliers de Discipline Positive, c’est la mise en pratique. Les facilitatrices dispensent la théorie puis incitent les parents à s’entraîner au moyen de jeux de rôles au cours desquels ils sont tantôt enfants, tantôt adultes. « Ceci est un moyen puissant de percevoir l’impact des outils proposés. » Pour Adler, le ressenti personnel d’une situation était la clé permettant la mutation d’un comportement. « Au fil de leurs parcours, les parents discernent mieux la manière dont ils souhaitent éduquer les futures adultes que deviendront leurs enfants. Quand ils prennent conscience de cela, leur réaction face à un comportement inapproprié change ; elle devient aidante plutôt que blessante. »

L’objectif du parcours de Discipline Positive est de s’enrichir les uns des autres, en toute bienveillance et sans jugement. « Tout comme les personnes que nous accompagnons, nous sommes en perpétuel apprentissage et nous profitons de nos ateliers pour partager nos expériences en tant que parents. » En effet, les choix individuels dépendent des parents, de leur histoire et de ce qu’ils sont prêts à mettre en place. Caroline et Julie elles-mêmes n’appliquent pas forcément les mêmes façons de faire, ce qui est d’autant plus enrichissant pour le déroulement de leurs ateliers. Par ailleurs, elles ont pour objectif de créer une communauté de parents formés, afin qu’ils continuent à se rencontrer et à partager astuces et encouragements, même après la fin de leur formation. 

 

Si la Discipline Positive s’applique en premier lieu au sein de la famille, la méthode est bien évidemment transposable aux autres modèles sociaux de vie en communauté, comme l’école et l’entreprise. En France par exemple, certaines écoles de commerce commencent à utiliser cette approche pour mettre en avant l’importance des encouragements et de la coopération en entreprise.


 

Pour plus d’informations

Mail : dpsingap@gmail.com

Facebook : La Discipline Positive à Singapour

Leslie Colin

Leslie Colin

Agronome et phytothérapeute de formation, Leslie se passionne pour l’écriture depuis quelques années. Elle aime immortaliser ses expériences au travers de ses récits.
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