Hans Sørensen : « Un orchestre c’est comme une équipe de foot »

Par Sabrina Zuber | Publié le 19/12/2019 à 14:30 | Mis à jour le 23/12/2019 à 07:38
Photo : Hans Sørensen @Singapore Symphony Orchestra
Hans Sørensen singapore symphony orchestra

En 2019 le Singapore Symphony Orchestra (SSO) fête ses 40 ans d’activité et nomme le danois Hans Sørensen directeur de la programmation musicale et artistique.

Auparavant Mr Sørensen a été programmateur artistique et manager de l’Orchestre National suédois, la Göteborg Symfoniker ; il a travaillé pour l’Orchestre Symphonique National Danois et pour Universal Music. Il a été chef d’orchestre et producteur de musique de film et enseignant d’histoire de la musique de film auprès du European Film College et du Danish Film Institute.

Mr Sørensen et son équipe planifient et coordonnent le programme du SSO, les activités éducatives et celles décentralisées auprès des associations de quartier. Ils s’occupent aussi des autres ensembles de la grande famille du SSO : Singapore National Youth Orchestra et sa chorale, ainsi que de la chorale du Singapore Symphony Orchestra ; ils programment la série de musique de chambre au Victoria Concert Hall « VCH presents ».

Sabrina Zuber, pour Lepetitjournal.com, a eu la chance de rencontrer Monsieur Hans Sørensen pour un interview :

Lepetitjournal.com : Je suis ravie de vous rencontrer, Mr Sørensen. Je trouve votre mission au sein du SSO fascinante et créative. Quelle est la chose qui vous plait le plus par rapport à votre métier ?

Hans Sørensen : La chose qui me fascine le plus est l’aspect du « développement » des orchestres et de l’institution elle-même. A mon arrivée en janvier on a eu en même temps les célébrations pour le 40ieme anniversaire du SSO et le concert d’adieu de Maestro Lan Shui, notre directeur musical pendant plus de 22 ans. Le SSO est une organisation relativement jeune avec seulement deux directeurs musicaux dans son histoire (le tout premier était Maestro Choo Hoey).

Pendant sa direction, SSO a pu présenter non seulement le répertoire classique et plus « populaire », mais aussi beaucoup de musique insolite ou inconnue du grand public.

Le répertoire « standard » compte environ 200 morceaux, les symphonies de Mozart et de Beethoven, Brahms, Sibelius parmi d’autres ; ce répertoire représente la base de chaque bon orchestre, qui peut se développer en qualité à partir de là.

Ma mission pour l’orchestre est celle de programmer les trois saisons à venir, avec le directeur d’orchestre principal, l’Autrichien Hans Graf, ex-directeur du Mozarteum à Vienne et aussi chef d’orchestre en France, au Canada et aux Etats Unis.

Pour la nouvelle saison 2020/2021 on aura les symphonies de Beethoven au programme, car nous fêtons les 250 ans de sa naissance. La saison suivante 2021/2022 se concentrera sur Brahms, Shostakovitch, puis sera le tour de Mahler et Bruckner.

Je dirais que l’attention du public à Singapour vis-à-vis de la musique classique est grandissant. Quelle est votre opinion à ce propos ?

Un orchestre symphonique est une « invention » européenne. J’aime bien comparer un orchestre a une équipe de foot. A la base, il y a la même idée d’un jeu simple, mais qui oblige à suivre plein de règles. Le foot a les mêmes règles partout dans le monde. La musique aussi est universelle. 

Ici à Singapour il est essentiel que le public puisse s’ouvrir au répertoire symphonique classique, afin de consolider la connaissance et l’appréciation des bases du répertoire et du genre.

Il est évident que ce facteur international est présent dans la composition même de l’orchestre, car il y a plein de nationalités différentes. Cela est très important, car nos auditions sont lancées au niveau international, puisque notre mission et vision est de toujours offrir le meilleur, du côté programme comme du côté artistes. C’est pour nous l’équivalent de la notion de « gagner le match », pour revenir à la métaphore de l’équipe de foot.

A part l’Orchestre Symphonique, le SSO présente aussi des programmes de musique de chambre, des programmes éducatifs pour le jeune public et des programmes décentralisés, comme les concerts en plein air au Jardin Botanique.

La qualité est toujours dans nos priorités, mais les programmes sont légèrement différents, car les audiences changent.

Hans Sørensen singapore symphony orchestra
@Singapore symphony Orchestra 

 

Quels sont les critères que vous suivez lors de la planification d’une nouvelle saison ?

Mise à part l’excellence, et la place dédiée au répertoire « standard », pour les jeunes publics il s’agit de trouver le bon répertoire… un véritable défi à nos jours, car les enfants vivent dans un monde technologique et médiatique. Il s’agit de réussir à les faire venir au Concert Hall, rester assis et écouter de la musique pendant environ une heure. Pour moi, il est très important d’offrir aux nouvelles générations un lieu où on peut se rendre, pour écouter du live sans aucun filtre technologique.

SSO compte 92 musiciens, une chorale d’adultes de 85 membres, une chorale d’enfants d’environ 200 membres ; le SSO joue 65 concerts par an, 20 à 25 évènements (concerts gratuits, éducatif et jeune public) par an. Puis il y a le Youth Choir et le National Youth Orchestra. C’est une famille bien nombreuse ! Comment arrivez-vous à tous les réunir sous le même toit ?

Le mot clés est “coordination” ; chaque entité a sa propre programmation et est composée par des professionnels (l’Orchestre Symphonique, par exemple) aussi bien que par des amateurs (les chorales).

Ce qui m’impressionne ici est que Singapour est une nation qui adore la musique et le chant. Contrairement à ce qui se passe en Europe, les tranches d’âges de 25-34 et les 35-45 ans représente le 60% de notre audience. C’est assez insolite. En Europe le profil d’audience pour la musique classique est…65+ !

Quelles sont les difficultés plus fréquentes auxquelles vous devez faire face lors de la planification ?

A mon arrivée en janvier, la première chose à faire était de trouver les directeurs d’orchestre et les solistes guest pour remplir la programmation.

Il s’agit de coordonner et vérifier les agendas de tout le monde autour du calendrier principal et des festivités et évènements réguliers (Noël, Nouvel An Chinois, la Formule 1, la Fête Nationale).

Une fois trouvée l’équipe, il faut décider du contenu de la saison.

J’aime bien proposer aux artistes le programme que l’on souhaiterait présenter, car cela simplifie souvent les choses et permet une cohérence dans la programmation sur les trois années.

Quelle est la journée type d’un musicien du SSO ?

Le lundi est jour de repos, le reste de la semaine prévoit des répétitions journalières à partir du mardi, quand le chef d’orchestre arrive pour la première fois et on démarre les répétitions pour les concerts de fin de la semaine.

Mise à part ces temps-là, chaque musicien doit répéter chaque jour, au moins 2-3 heures par jour, afin de maintenir le niveau technique et artistique et pour préparer leur partie pour les concerts.

Certains parmi eux enseignent aussi et beaucoup sont occupés aussi avec les programmes de musique de chambre.

La différence avec un Opéra c’est que pour l’Opéra les artistes se préparent à un certain nombre d’opéras pour la saison, alors que chez l’orchestre symphonique les programmes sont hebdomadaires.

Qu’aimeriez-vous dire à nos lecteurs ?

On continuera à vous proposer des « standards » du répertoire classique ainsi que de la musique plus rare. On vous proposera même de la musique de films, en utilisant la projection d’images pour une expérience plus complète.

Il y en aura pour chaque goût et chaque âge.

Nous sommes le seul orchestre professionnel à Singapour, et nous avons envie de vous proposer l’excellence !

Sabrina Zuber

Sabrina Zuber

Sabrina est musicienne-comédienne. Elle dirige la compagnie Bellepoque, qui crèe et produit des spectacles de musique et de théâtre, le programme Resonates with à la National Gallery, et la boutique-école de danse Danza Attitude.
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