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Damien Regnard - Engagement d'un Sénateur représentant les Français de l'étranger

Par Jean-Michel Bardin | Publié le 04/05/2022 à 18:30 | Mis à jour le 16/05/2022 à 05:18
Damien Regnard senateur

Damien Regnard, Sénateur représentant les Français établis hors de France, était de passage à Singapour ces derniers jours. Lepetitjournal.com a profité de cette occasion pour le rencontrer et en savoir plus sur son parcours, ses combats, mais aussi le rôle, le mode d’élection, l’activité, et plus généralement la vie de cette catégorie de parlementaires pas forcément bien connue.

 

Damien Regnard, qu’est-ce qu’un Sénateur représentant les Français établis hors de France ?

La représentation des Français à l’étranger, dont le nombre est aujourd’hui estimé à environ 3,5 millions de personnes, a beaucoup évolué au fil des années. Leur représentation au Sénat date de 1958, alors que leur représentation à l’Assemblée Nationale ne date que de 2012.

Comme pour la métropole, les Sénateurs représentent les territoires, alors que les Députés représentent la nation. Ils apportent le point de vue des Français de l’étranger dans les discussions sur les projets et propositions de loi et font remonter les problèmes qu’ils rencontrent sur le terrain. Leurs contacts avec l’étranger leur permettent aussi de rapporter ce qui se passe dans d’autres pays et qui pourrait intéresser la France. Il nous est difficile de faire passer des lois intéressant spécifiquement les Français de l’étranger. En revanche, nous avons un rôle de vigilance, de « sentinelle », sur tous les textes qui sont proposés, de façon à identifier leur impact sur nos compatriotes vivant à l’étranger et les faire évoluer pour prendre en compte leurs spécificités.

Le mode d’élection des parlementaires représentant les Français de l’étranger est le même que pour ceux représentant les Français établis en France. D’un côté les Députés sont élus pour 5 ans par scrutin direct dans chacune des 11 circonscriptions qui divisent le monde (Singapour est situé dans la 11ème, la plus large géographiquement, avec 49 pays, couvrant l’Europe de l’Est, l’Asie hors Moyen Orient et Asie Mineure, et l’Océanie). De l’autre, les 12 Sénateurs sont élus pour six ans au suffrage indirect par un collège électoral regroupant les 23 parlementaires représentant les Français de l’étranger, les 443 Conseillers consulaires, et leurs 68 délégués.

De ce fait, les Sénateurs ne sont pas attachés à une partie du monde, mais sont en capacité d’appréhender et d’apprécier les dossiers dans leur globalité. Ils sont aussi davantage en contact avec les conseillers et délégués consulaires qu’avec les citoyens. Cela ne les empêche pas pour autant d’être à l’écoute des problèmes que ceux-ci peuvent rencontrer et dont l’acuité peut mettre les différences politiques au second plan, sachant que le Sénat a une culture de consensus.

 

Comment se déroule votre activité professionnelle ?

Si on met de côté la période Covid qui a restreint les déplacements, je partage mon temps à peu près par moitié entre Paris et l’étranger, car je considère qu’il est important d’avoir le maximum de contact avec le terrain pour bien comprendre les problèmes auxquels sont confrontés les Français vivant à l’étranger, problèmes qui ne sont pas toujours identifiés par les administrations lorsqu’elles prennent des mesures (comme celles relatives à la Covid, qui ont empêché pour un temps les Français de revenir en France).

À Paris, je participe aux travaux de cette assemblée. Je participe aux travaux de la commission de la culture, de l’éducation, et de la communication. Je suis particulièrement intéressé par l’enseignement du français à l’étranger, dans la mesure où, à titre personnel, j’ai ouvert plusieurs écoles privées ou publiques aux Etats-Unis. Il y a aussi un quota de présence obligatoire à certaines sessions (réunions des commissions du mercredi matin, questions d’actualité du gouvernement, vote par scrutin public). Je profite aussi de mes séjours à Paris pour rencontrer les administrations avec lesquelles je souhaite discuter des points qui intéressent les Français de l’étranger.

Quand je suis en déplacement, je cherche à rencontrer le maximum de personnes, conseillers ou délégués consulaires, les services de l’ambassade, les organismes représentants les intérêts des Français (chambres de commerce et CCEs notamment), des responsables d’entreprises françaises, mais aussi éventuellement les autorités locales du pays. Cela me permet de mieux comprendre les préoccupations de nos compatriotes, les contraintes qui encadrent leur activité, leur environnement, et d’évoquer avec eux les mesures susceptibles de les aider. Cela me permet aussi de prendre connaissance des projets envisagés par les pays, auxquels la France peut contribuer. À Singapour, je suis particulièrement intéressé par la coopération géostratégique et en matière de sécurité, la position de Singapour par rapport à la Chine, l’IFS, et l’Alliance Française, particulièrement active ici.

 

Comment en êtes-vous arrivé à votre mandat actuel ?

Très tôt, j’ai été attiré par l’étranger, particulièrement les Etats-Unis. Après avoir fait une école de commerce, j’ai travaillé dans le marketing. Dans toutes les sociétés dans lesquelles j’ai travaillé, j’ai rapidement cherché une carrière internationale, ce qui m’a permis de tisser un réseau de relation mondial. J’ai finalement atterri en Louisiane comme directeur de SOCOTEC pour les Etats-Unis, où j’ai ensuite monté ma propre entreprise.

Là, j’ai commencé à étendre mon réseau, notamment par le biais de la chambre de commerce et d’autres associations locales. Je suis devenu Conseiller du commerce extérieur sur proposition de l’Ambassadeur, par décret du Premier ministre. Membre de l'UFE, j'ai ainsi entretenu des relations régulières avec les élus locaux et les Sénateurs. J’ai ensuite été élu consulaire puis été élu à l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE). En 2015, j’ai été élu au conseil d’administration de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE). Enfin, je suis arrivé au Sénat en 2018. Cette trajectoire ne résulte pas d’un plan de carrière mûrement réfléchi, mais une évolution motivée par une forte volonté d’aider là où je pouvais être utile pour mon pays et nos compatriotes établis hors de France.

 

Comment arrivez-vous à concilier vos vies professionnelles et familiales ?

Ce n’est pas facile je dois l’avouer. Mon épouse et deux de mes trois fils vivent toujours aux Etats-Unis, où je ne retourne qu’une dizaine de jours par an, à chaque fois en coup de vent. En fait, je suis passionné par mon mandat et, contrairement à beaucoup de mes collègues qui peuvent rentrer chez eux le week-end, je consacre l’essentiel de mon temps « libre » à travailler sur les divers dossiers.

Mais il y a parfois d’immenses satisfactions après des jours de travail intense. Mon plus beau souvenir est d’avoir contribué à sauver un Français qui souffrait d’une forme grave de Covid dans un dispensaire au fin fond du Kenya. Ce pays interdisait alors les déplacements à l’intérieur du pays et toutes les tentatives pour rapatrier ce patient vers la France avaient échoué. J’ai donc activé mon réseau de relations pendant six jours et nuits, pour finalement parvenir à convaincre les autorités kényanes de nous permettre de déplacer le patient, trouver un avion et une équipe médicale qui a pu s’envoler vers Nairobi, récupérer le patient, et le ramener en France à temps pour être soigné. Pour moi, l’avantage d’être Sénateur n’est pas de pouvoir l’écrire sur sa carte de visite, mais d’être capable, plus que d’autres, de faire bouger les choses quand tout semble impossible. Être au service de mes compatriotes à l'étranger est un honneur qui m'engage à plein temps.

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Jean-Michel Bardin

Scientifique de formation, mais curieux de tout. Ingénieur IT de profession, mais artiste de coeur. Citoyen du monde, d'une jeunesse au Maroc à la retraite à Singapour.
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