Lundi 25 octobre 2021
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Election des Conseillers des Français de l'étranger - Aurélien Cognon

Par Catherine Zaccaria | Publié le 17/05/2021 à 14:00 | Mis à jour le 18/05/2021 à 03:40
Photo : Aurélien Cognon
Aurelien Cognon

Le 30 mai 2021 (du 21 au 26 mai par internet), les Français de l’étranger seront appelés à élire leurs Conseillers des Français de l’étranger. Entretien avec Aurélien Cognon à la tête de la liste  « Uni(e)s Vert Singapour » aux côtés de Angeline Douant, David Trial, Romy Weytens, Benoît Barraqué, Mathilde Dumoulin et Tristan Pochat. La liste est soutenue par EELV et Génération Ecologie.

A Singapour, 4 Conseillers sont à choisir parmi 5 listes concurrentes. Afin de vous aider à faire votre choix, Lepetitjournal.com donne la parole aux représentants de chaque liste, afin de présenter leurs candidats et leur programme.

 

Aurélien, pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Tout d’abord merci de me donner l'opportunité de me présenter à vos lecteurs.

Je m’appelle Aurélien, j’ai 42 ans, je suis marié et père de 2 enfants scolarisés à l'IFS (une fille de 13 ans et un garçon de 10 ans). J’ai grandi en France, plus précisément à Chartres puis suis passé par Bordeaux et Paris pour mes études et mon début de vie professionnelle. Issu d'une famille de voyageurs, j’ai quitté la France pour l’Australie en 2006 (Adélaïde puis Sydney) grâce à une grande compagnie française de vins et spiritueux. Après deux enfants, un passage en contrat local et un nouveau travail dans une entreprise anglo-allemande à Sydney, nous sommes partis à Manille pendant 2 ans pour enfin nous installer à Singapour où j’habite avec ma famille depuis 2013.

Même si j’ai grandi à la campagne, rien ne me prédisposait à porter les couleurs de l'Écologie à une élection. Si le sujet m’a toujours intéressé (j’en ai fait un sujet de Mémoire) mon engagement associatif et maintenant politique est motivé par le sentiment qu’il existe une écologie faite de bon sens et ancrée dans la réalité économique. Malheureusement celle-ci, chère à Gael Giraud ou encore Jean-Marc Jancovici n’est pas très présente ni visible dans le paysage politique actuel. Une occasion pour moi de prendre les choses en main et de m’engager !

 

Comment avez-vous constitué votre liste ?

Les membres de la liste et ceux qui participent à ces élections en coulisses sont des amis et/ou des connaissances engagés dans des associations proches de mes centres d’intérêts : l'Écologie bien entendu mais aussi l’éducation, la culture et le sport.

Avec le décalage des élections d’un an, la liste a changé au gré des départs. Cela nous a aussi donné le temps de nous développer et de diffuser notre message plus largement.

 

groupe de personnes
Mathilde Dumoulin, Tristan Pochat, Angeline Douant, Benoit Barraque, Aurelien Cognon, Romy Weytens, David Tria « Uni(e)s Vert Singapour » 

 

Je pense que le Covid et les récents drames climatiques comme les incendies en Australie ont poussé certaines personnes, encore hésitantes quant à un engagement politique il y a un an, à franchir le pas cette année. Nous avons ainsi reçu des candidatures volontaires et il a fallu choisir. Pragmatiques, nous avons préféré les gens qui font de l'Écologie de terrain (en association ou professionnellement) à ceux qui en parlent. Pas d'anciens élus sur notre liste, ni de semi-professionnels de la politique pour nous aider. La liste est à l'image de notre communauté, très diverse : jeunes et moins jeunes, entrepreneurs, cadres financiers, acteurs de la Tech, employés d'entreprises françaises et étrangères, couples mixtes, personnes ayant vécu des restructurations, etc.

Je nous considère comme le “petit poucet” de ces élections et je suis fier de ce groupe motivé et dynamique qui essaye de proposer des choses nouvelles jours après jours. J'ai l’espoir que notre expérience de terrain saura convaincre les électeurs au-delà des logiques de réseaux ou de partis.

 

Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de Singapour ?

La quarantaine, la réduction des possibilités de voyages hors de Singapour ou de recevoir des visiteurs, l'impossibilité de se rassembler à plus de 8 (théâtre, concert, événements sportifs) a créé un réel isolement. Cet isolement est notre défi actuel et il semblerait qu’il doive se prolonger quelques années. Il peut prendre plusieurs formes :

- Les jeunes étudiants/VIE/stagiaires ou jeunes travailleurs qui se retrouvent dans une “coloc” par défaut et qui n'ont pas toujours la possibilité de socialiser professionnellement et personnellement ;

- Les parents ayant des enfants étudiants hors de Singapour mais ne pouvant pas les voir. La famille en France peut parfois aider mais beaucoup d'étudiants ne sont pas en France ;

- Les nouveaux venus dont le conjoint se trouve parfois très isolé avec par exemple des enfants en bas âge non scolarisés (souvent pour raison financière) ;

- Les situation liées à un décès : j’ai malheureusement autour de moi un certain nombre d’exemples de personnes ayant perdu un proche mais qui pour des raisons de visa, de quarantaine, de manque de jours de vacances, de pression professionnelle n’ont pu accompagner la famille dans le deuil ou ne le faire que partiellement.

Il existe bien d’autres exemples compliqués qui demandent une attention particulière en période de Covid : divorces, retour en France (problème de visa pour les couples mixtes) déménagement lié à la perte d’un emploi ou encore l’impact financier mais aussi psychologique d’un chômage prolongé, etc.

Il existe des structures de soutien plus ou moins formelles et des ressources à utiliser. Tachons de les mobiliser au maximum pour lutter contre cet isolement.

Le Passeport Vaccinal génère des espoirs, mais nous ne savons pas encore s’il sera réaliste et applicable.

 

Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?

Au-delà de ses responsabilités en matière sociale, éducative et de soutien consulaire, le conseiller est le représentant des Français (pas de La France) : un porte-voix. Et surtout le porte-voix de tous les Français ! L'idée est donc de rassembler et d’écouter. Depuis les dernières élections, le profil démographique des Français de Singapour a beaucoup changé : plus jeune, plus entrepreneur, en contrat local, plus socialement diversifié. Ces changements doivent pousser les conseillers à se réinventer pour mieux connecter avec cet élargissement des catégories socio-professionnelles : ces "nouveaux venus", ayant des besoins et contraintes différents demandent aussi à être mieux représentés.

De mon point de vue, ces élections ressemblent à des élections municipales. C’est d'ailleurs pourquoi je n’insiste pas sur leur dimension partisane. Le dogme de parti m’interroge : comment peut-on être 100% d’accord avec la ligne et les gens d’un parti ? C’est pour moi impossible.

Pour revenir à la mission principale de conseiller, il faut bien connaître la vie locale, les acteurs (institutionnels et autres) moteurs de la communauté, et être en contact régulier avec ses différentes composantes - plus ou moins visibles. Encore une fois, je considère que le plus important, c’est de se connecter avec les nouveaux venus de notre communauté et de mettre “l’humain” au cœur de nos relations. Éviter la défiance vis-à-vis des institutions françaises ou autres et favoriser la coopération. A l’instar de notre planète, notre communauté doit trouver son équilibre.

 

affiche electorale

 

 

Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme ?

Parler de programme pour les Consulaires me semble un peu présomptueux étant donné le rôle principalement consultatif des Conseillers. Avec plus d'humilité, je parlerai plutôt d’engagements ou d’intentions :

Sur l'environnement d’abord ! Avec le lancement du GreenPlan du Gouvernement

Singapourien et par notre poids démographique et économique, nous avons la chance unique de nous inscrire comme une communauté partenaire de premier plan.

Je pense à plusieurs exemples comme :

  • Inciter les écoles du réseau francophone à suivre “l’Eco Stewardship Program” qui vise à accroître la sensibilisation aux problèmes environnementaux dans l'éducation. ;
  • Inviter ces mêmes écoles à réduire de deux tiers leurs émissions de CO2 et de “food waste” => 20% des écoles à Singapour doivent être Carbon neutral d’ici 2030. Les administrations ont elles aussi des objectifs intéressants en ce qui concerne une gestion plus écologique de leurs bâtiments et de leurs achats.
  • Promouvoir les initiatives individuelles : nettoyages, tri, recyclage, économie circulaire, dons, compost, architecture, agriculture relocalisée, etc. C'est un point sur lequel je vois beaucoup de Français actifs.

Par ailleurs, en lien avec l’action sociale des conseillers, la partie “Green Economy” du Green Plan offre aussi des opportunités d’emplois, d’entrepreneuriat et de croissance pour nos entreprises, ici et en France.

Sur la base du volontariat, adoptons-nous aussi des objectifs singapouriens tangibles comme la réduction de la consommation d’eau à 130 litres par jour par habitant ... et vous vous en êtes où ?

Comme nous, Singapour appréhende l'écologie de manière pragmatique et avec bon sens.

Les idées proposées ci-dessus s’accompagnent souvent d’incitations fiscales et de structures d’accompagnement. A nous de saisir ces opportunités et de participer activement à la transition de notre pays d’accueil !

Bien entendu nos engagements ne se limitent pas seulement à suivre ce que fait le Gouvernement singapourien.

Sur l’action sociale, je reviens à ce que je disais précédemment, il faut consolider et accroître nos actions d’entraides :

  • Pour l’emploi : jeunes actifs, stagiaires, nouveaux chômeurs, conjoints non français à la recherche d’un emploi. Beaucoup de réseaux existent, tâchons de les renforcer, de les rendre accessibles à tous et d’assurer leur efficacité ;
  • Pour identifier et aider les personnes en plus grande difficulté pour leurs démarches administratives et leur éviter la marginalisation ;
  • Pour les associations, qui souffrent financièrement en ces temps de Covid et qui pourraient potentiellement bénéficier de subventions et/ou sponsors ;
  • Pour la santé : le Covid soulève la question de l'inégalité dans l'accès aux soins à Singapour. Comme beaucoup de nos compatriotes en contrat local, je n’ai plus accès à la Sécurité Sociale française ni à la CFE, comment alors se préparer au mieux en cas d'inattendu ?

Sur l’enseignement, les écoles du réseau francophones sont un pilier essentiel de notre communauté. Il est important de :

  • Préserver une transparence sur la commission des bourses scolaires et assurance d’une allocation juste ;
  • Guider les Français mais aussi la communauté internationale sur le fonctionnement, les coûts et les bénéfices de l'enseignement Français à Singapour (IFS mais aussi les écoles du réseau francophone).
  • Communiquer sur les alternatives au système d'enseignement français à Singapour (coûts, bourses, débouchés) en écoles locales et internationales
  • Participer de manière active à la préparation de "l'après Singapour" en matière éducative mais aussi administrative pour ceux qui partent étudier ailleurs
  • En tant que parent d’enfants étudiant à l'IFS, je continuerai bien entendu à m'impliquer dans les différents forums mis à notre disposition.

Sur les affaires consulaires :

  • Aider les nouveaux venus à Singapour et spécialement les plus seuls pour toutes les démarches consulaires et administratives en collaboration avec les services du consulat
  • Communiquer en matière de sécurité : Covid et autres risques sanitaires (Dengue), Sécurité dans les pays des zones alentours, risques financiers en améliorant la sensibilisation à ces problématiques. Maintenir un niveau d’information de nos concitoyens en créant des conseils dédiés à ces sujets prioritaires à l’image du Conseil Scientifique créé durant la crise du Covid.
  • Préparer et accompagner ceux qui retournent en France (par choix ou par obligation) pour leurs démarches administratives.
  • Maintenir une permanence à l'écoute des besoins urgents de nos compatriotes

 

 

elections consulairesLes Conseillers des Français de l’étranger (ex Conseillers consulaires) sont des élus de proximité qui connaissent, soutiennent, représentent la communauté́ française à l'étranger et sont des acteurs facilitant le lien entre les Français et l’Ambassade, mais aussi avec les parlementaires élus à l'étranger. Ils ont un rôle local indéniable. Leur mission est aussi politique, puisqu’ils sont Grands Électeurs des 12 Sénateurs représentant les Français établis hors de France. Les Conseillers des Français de l’étranger sont élus au suffrage universel direct par les Français de leur circonscription pour un mandat de 6 ans.

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Catherine Zaccaria

Catherine Zaccaria

Éducatrice et enseignante, Catherine réoriente ses activités au fil des années. Elle est aujourd'hui Rédactrice en chef de l'édition singapourienne de Lepetitjournal.com.
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